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lundi 29 mai 2017

Mé 67

Chronique d'un traumatisme


Coll. Jean-Pierre Sainton
Source LAMECA

Revenons sur les événements de Mai 67 en Guadeloupe : contexte économique, social et politique, ainsi que les faits marquants du début de l'année 1967 ...


Le contexte politique 

La décolonisation sert de toile de fond. De nombreuses manifestations ont eu lieu contre la colonisation comme à Sétif en 1945, à Madagascar en 1947 ou à Djibouti en 1966, qui ont toutes été réprimées sévèrement. L’Algérie gagne son indépendance en 1962. 
En France et aux Antilles, la situation est identique, tant et si bien que le Président Charles De Gaulle (élu en 1958 avec la nouvelle République) signe en 1960 une ordonnance visant à déplacer tout fonctionnaire sympathisant de cette cause. 
En 1961 sont créés le Front Antillo-Guyanais pour l’Autonomie, l’AGEG (Association Générale des Etudiants Guadeloupéens), l’AGEM (Association Générale des Etudiants Martiniquais) et l’UEG (Union des Etudiants Guyanais). 
1962 : publication du manifeste de l’OJAM (Organisation de la Jeunesse Anticolonialiste de la Martinique)
En 1963 c’est l’ouverture du BUMIDOM qui organise l’émigration  des habitants des départements d’outre-mer vers la France, vidant les Antilles de ses forces vives, et la création  à Paris, du Groupe d’Organisation Nationale de la Guadeloupe (GONG).
En Guadeloupe, des grèves sont aussi réprimées dans le sang, comme en 1952 à Moule.
La question du statut de l’île se pose au sein plusieurs milieux sociaux, car malgré la départementalisation la situation coloniale n’a pas changé.
En 1965 est crée le Front Guadeloupéen pour l’Autonomie, soutenu par le GONG et diverses personnalités politiques et journalistiques locales. On note aussi l’essoufflement du Parti Communiste Français et du Parti Communiste Guadeloupéen (PCG).


Le contexte économique en Guadeloupe 

En Guadeloupe, comme dans les autres anciennes colonies, la situation est critique. On assiste à de nombreuses fermetures d’usines : Roujol (Petit-Bourg) en 1963, Pirogue (Marie-Galante) en 1964, Courcelles (Sainte-Anne) et Marquisat (Capesterre) en 1966. Seul espoir pour sauver du chômage  ceux qui choisissent de rester sur l’île : l’industrie du bâtiment. 
A cette situation économique fragile, la Guadeloupe va connaître  en 1964 et 1966 deux catastrophes naturelles. Le cyclone Cléo qui ravage complètement l’industrie de la banane, et le cyclone Inès, qui va dévaster les faubourgs désolés de Pointe-à-Pitre. 
Le GONG va alors se démarquer des politiques des élus locaux, ses militants seront au premier rang pour apporter soutien et assistance au peuple démuni, de façon beaucoup plus volontaire et efficace.


Les premiers mois de l'année 1967

Extrait - Affiche coll.
"Mai 1967 en Guadeloupe"
Source LAMECA
Trois thèmes marquent le début de l’année : les élections législatives, les violences et les grèves. 
Les élections, manifestement frauduleuses, permettent de hisser à des postes clés de l’appareil républicain des personnes en faveur de l’assimilation. Les candidats "du peuple" ne sont pas élus, telle Gerty Archimède battue à Basse-Terre. 
Le 20 mars, une grave altercation à Basse-Terre entre un commerçant et un marchand de rue déclenche 2 jours d’émeutes intenses. Les manifestants et les politiques sont unanimes pour demander la condamnation du commerçant, Vladimir Srnsky, partisan du parti gaulliste au pouvoir. Le 23 mars au soir, une bombe explose devant un magasin de Pointe-à-Pitre. L’attentat est attribué au GONG par les autorités. Ces événements créent des tensions supplémentaires. 
Enfin, le bâtiment est en grève le 23 mars. N’aboutissant à rien, le mouvement est reconduit au 26 mai. Le 1 mai, le GONG démontre son influence par un défilé pacifique à Capesterre Belle-Eau, suivi par un nombre important de jeunes. Les services de l’Etat décident alors de décréter le GONG comme ennemi numéro 1…
Le 24 mai, les ouvriers du bâtiment se mettent en grève 
Des négociations sont engagées dès le 26 mai à la chambre de commerce de Pointe à Pitre entre représentants des ouvriers et représentants du patronat pour une augmentation de 2% de salaire, qui n’aboutissent pas. Avec l’arrivée de renforts de la Compagnie Républicaine de Sécurité (CRS), la tension est à son paroxysme. Des émeutes ont lieu et vont durer 2 jours dans Pointe à Pitre pour se solder par plusieurs morts et arrestations.



Bibliographie 
  • Pierre Sainton, Vie et survie d’un fils de Guadeloupe, Les éditions Nestor, 2008.
  • Paul Tomiche, Luttes syndicales et politiques en Guadeloupe : la répressionTome 2, Mai 67, L’Harmattan, 2008. 
  • Etudes Guadeloupéennes, N°10, Mai 67, Au nom de la Vérité et de la Justice, 2008.
  • Raymond Gama et Jean-Pierre Sainton, Mé 67 : Mémoire d'un événement, seconde Ed, Port-Louis, Ed. Lèspwisavann, 2011.
  • Jean-Pierre Sainton, La décolonisation improbable, Ed. Jasor, 2012.
  • Jacques Dumont, L’amère patrie, fayard, 2010.
  • Rosan Girard, Pour un sursaut Guadeloupéen, l’Harmattan, 1979
  • Le procès des Guadeloupéens - 18 patriotes devant la Cour de Sûreté de L'Etat français (19 février - 1er mars 1968), l’Harmattan, 2010.

En ligne 
  • Béatrice Gurrey, En Guadeloupe, la tragédie de "Mé 67" refoulée, in Le Monde, 26/05/2009.
  • Sur le site de la Médiathèque Caraïbe, retrouvez un dossier sur "Mai 67 en Guadeloupe" contenant des collections de tracts et d'images d'époque, ainsi qu'une introduction sur les événements par le docteur en histoire et professeur d'histoire contemporaine à l'Université des Antilles : Jean-Pierre Sainton.

Bonne lecture !
S. R. et A. S.

Lien vers l'article : http://blog.manioc.org/2017/05/me-67.html

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