lundi 13 juillet 2020

Du commandant Mortenol au général Vigilant...

Une première dans les armées françaises


Perçu comme un rendez-vous rituel et festif entre les citoyens et leur armée, le 14- Juillet renvoie volontiers à cette journée révolutionnaire de 1789 qui vit le peuple mettre à bas ce symbole de l'arbitraire royal qu'était la prison-forteresse de la Bastille. Un siècle plus tard, le 14 juillet 1880 devint la date mythique à partir de laquelle la devise républicaine prit place avec assurance sur les frontons des bâtiments publics. Liberté,Egalité, Fraternité...

Autant d’étapes historiques et de points de repères symboliques qui semblent s’illustrer, à l'occasion de la fête nationale, dans la nomination du général Jean-Marc Vigilant à la direction de l’École de guerre. D’origine martiniquaise, cet officier général de l’armée de l’air, nommé par décret du président de la République, prendra ses fonctions le 27 juillet prochain à la tête de cette grande institution d’enseignement militaire supérieur abritée au sein de l’École militaire de Paris. Une première !
Au chapitre des symboles et des avancées républicaines, fort mobilisé en ce moment, comment ne pas songer au précédent incarné par cet autre militaire d’origine jamaïcaine, le général Colin Powell, chef d’Etat-major de l’armée des États-Unis entre 1989 et 1993, puis Secrétaire d’Etat (ministre des Affaires étrangères), de 2001 à 2003, soit sous les deux mandats des présidents Bush père et fils ? Mais c’est aussi le souvenir d’un militaire guadeloupéen, qui prit une part décisive dans la défense anti-aérienne de Paris durant la Première Guerre mondiale, que ravive opportunément la nomination du général Vigilant.

Camille Mortenol, s’il quitta l’armée avec le grade de capitaine de vaisseau (l’équivalent d’un colonel dans les autres armes), n’en demeure pas moins le premier noir et premier antillais - à avoir intégré l’Ecole polytechnique, en 1880. C’était il y a 140 ans… Mais « Il est plus difficile de désagréger un atome qu'un préjugé », disait Einstein. 

Camille Mortenol













A lire


Manioc Focus Manioc. "Hommage au commandant Mortenol"

POA


Lien vers l'article : http://blog.manioc.org/2020/07/du-commandant-mortenol-au-general.html

vendredi 26 juin 2020

Matrimoine afro-américano-caribéen

Legs et transmissions, au féminin !

Le blog Manioc vous invite à la découverte du projet Matrimoine afro-américano-caribéen (MAAC) et de son tout récent site web : https://matrimoine.art/. Porté par une équipe multidisciplinaire et internationale d'universitaires en collaboration avec des artistes, ce projet innovant de recherche/action a déjà abouti à la livraison de riches contenus diffusés sur le site et accessibles librement : portraits, expositions photographiques, entretiens filmés, immersion 3D...  Karine Bénac, coordinatrice scientifique du projet en Martinique, nous présente le projet plus en détail...

Projet et partenaires

Le projet 2019-2021 est intégré à la Chaire Interuniversitaire d’Études Caribéennes de l'Agence universitaire de la francophonie (AUF), dans l'axe : Mémoire collective et résilience. Il ambitionne de concevoir, alimenter et mettre en ligne une plateforme scientifique et pédagogique numérique réunissant des textes, des vidéos, une exposition photographique en réalité virtuelle, des activités pédagogiques ainsi qu’une bibliographie active et passive sur l'héritage culturel des femmes et ses usages dans la production contemporaine. Il est porté par le directeur de l’École d’Infotronique d’Haïti, Patrick Attié. Outre le financement de l'AUF, le projet a également obtenu le soutien de la Direction des affaires culturelles de Martinique (DAC) en 2020. 
La direction scientifique du projet est assurée par Daniel Rodrigues en collaboration avec des universitaires dans des laboratoires en Guyane, en France hexagonale ou encore au Portugal. Voir les acteurs, partenaires et territoires

Brève présentation du projet scientifique

La notion de « matrimoine » renvoie à la réhabilitation d'un terme tombé en désuétude et questionne les rapports de pouvoir qui sous-tendent la constitution du patrimoine à travers les siècles et sa préservation. Elle interroge le processus d’« invisibilisation » des apports culturels féminins.

Dans le contexte caribéen, la dimension genrée de la problématique croise celle de d’un héritage socio-culturel post-colonial complexe à appréhender. Il renvoie historiquement à la mixité d’héritages culturels issus des métropoles, à des héritages culturels issus des mobilités forcées depuis l’Afrique noire et, plus tardivement, des échanges opérés au sein du bassin caribéen ou encore des « redécouvertes » des héritages culturels issus d’Afrique Noire. 

La notion de matrimoine « afro-américano-caribéen » vise à revaloriser des productions culturelles doublement « invisibilisées » : celles de femmes (premier niveau) et (second niveau) de productions issues de populations marginalisées par la domination coloniale. On trouve à l’intersection de ces deux processus un rapport de pouvoir spécifique qu’il conviendra d’explorer méthodiquement. Ainsi, les productions culturelles de chorégraphes, performeuses ou écrivaines afro-caribéennes réfléchissent-elles à la construction et à l’exposition de nouveaux corps de femmes « caribéens » affranchis des représentations essentialisantes et stigmatisantes généralement associées au corps des femmes noires depuis la colonisation, mais également de nouvelles relations à des modèles inspirants.
Dans le cadre de cette enquête, on s’intéressera donc à la transmission de biens et représentations culturelles qui façonne l’héritage culturel des femmes artistes de la Martinique et plus globalement des Amériques. Cependant, au-delà de cet héritage comme transmission, la notion de matrimoine afro-américano-caribéen appelle également à interroger la façon dont ces héritages culturels sont réappropriés, travaillés, dans un processus de création artistique novateur appelé lui aussi à se transmettre… ou pas. Le matrimoine afro-américano-caribéen n’est pas qu’un héritage, il est également une production contemporaine dont les conditions de réalisation méritent d’être éclairées. Qu’est ce qui se joue dans la création artistique dans ces territoires ? Y-a-t-il transmission ? Qu’est ce qui est transmis ? Les problématiques des rapports sociaux de sexe, d’identité sexuée exercent-elles une influence dans la démarche artistique et plus globalement dans la création au féminin ? 

Réalisations

Le travail mené a consisté à recueillir la parole des artistes et leurs portraits et à en proposer une restitution au public grâce à un protocole artistique mais également scientifique. Aussi l’approche choisie combine-t-elle portraits photos et vidéos, entretiens qualitatifs, sous la direction conjointe de professionnels (notamment de la photographe Anja Beutler) et des universitaires de l’équipe. Il s’agit également d’associer les étudiant.es de l’Université des Antilles en les impliquant dans la recherche qualitative, profitant là de l’occasion de les intéresser à la notion de matrimoine, et d’évaluer sa contemporanéité auprès d’un jeune public. Plusieurs travaux complémentaires ont donc été menés.

>> Exposition photo de Anja Beutler
Anja Beutler a conçu et réalisé une exposition de portraits de femmes artistes de l’espace afro-américano-caribéen créant avec les héritages des cultures croisées dans cette aire géographique. Cette exposition consacrée aux artistes afro-descendantes – mais pas que ! – a été  mise en ligne en avril 2020. L’exposition sera prochainement proposée en version papier et en réalité augmentée ; elle offrira aux artistes et au public des possibilités d’échanges autour de photographies visant à saisir les relations souvent inattendues ou mouvantes entre les artistes, leur travail de création et leur(s) identité (s) de femmes artistes dans l’espace afro-americano-caribéen. Le concept consiste à combiner deux portraits de chaque artiste et se trouve décrit dans un document produit par la photographe et mis en ligne sur la plate-forme.
Il s’agit là de la poursuite d’un travail que la photographe Anja Beutler a entamé lors de sa participation au colloque international interdisciplinaire « DOM et francophonie. Femmes intellectuelles et artistes d’expression française : origines et constructions identitaires », sous la responsabilité scientifique de Karine Bénac-Giroux et Beya Dhraief. Ce colloque, soutenu par le Ministère des Outre-Mer, s’est déroulé à l’Université Nanterre le 31 août 2018, dans le cadre du CIRFF 2018, 8ème Congrès International des Recherches Féministes dans la Francophonie. 
L’exposition de portraits des femmes participant au colloque est désormais accessible en ligne sur la plateforme

>> Interview- portraits de femmes- artistes issues dans un premier temps des Arts du spectacle essentiellement
Il s’agit ici de voir et d’entendre les artistes se présenter dans un format court et dynamique allant à l’essentiel. Les vidéos ont été tournées et mises en ligne par la bibliothèque numérique MANIOC de l’université des Antilles, partenaire du projet. Cela favorisera leur diffusion dans le monde académique caribéen, mais également auprès du grand public. Ces vidéos sont accessibles également depuis la plateforme numérique en coopération avec Manioc.org.

Il s’agit d’interviews de :
- Karine Bénac,
- Estelle Butin,
- Joëlle Kabile,
- Annabel Guérédrat, 
- Anaïs Hervouet,
- Alexandra Deglise,
- Estelle Butin,
- Josiane Antourel, 
- Emilie Alves,
- Daniely Francisque,
- Nathalie Azer,
- Lucette Salibur,
- Astrid Mercier.

>> Entretiens biographiques avec des artistes femmes à la Martinique.
Le projet MAAC vise non seulement à redécouvrir la notion de matrimoine mais aussi à interroger les représentations des artistes autour du matrimoine afro-caribéen, de la notion d’héritage culturel, dans une perspective a priori intersectionnelle. L’entretien biographique, en ce qu’il offre de liberté d’expression à l’enquêté, parait la méthode la plus appropriée pour approcher la complexité des parcours d’artistes, en termes de création et réflexivité sur leur propre histoire. Un corpus a déjà été constitué. Une vingtaine d’entretiens biographiques ont été réalisés par les étudiant.es sous la responsabilité de Michel Tondellier avec des artistes plus ou moins connues installées à la Martinique.

Rendez-vous sur https://matrimoine.art/ pour explorer les contenus. Bonne découverte !


Karine Bénac, Laboratoire caribéen de sciences sociales (LC2S), laboratoire CNRS de l'Université des Antilles.

AP

Lien vers l'article : http://blog.manioc.org/2020/06/matrimoine-afro-americano-caribeen.html

mercredi 3 juin 2020

A chacun son bagne (déportés, transportés, relégués)

Histoire des bagnes


La bibliothèque numérique Manioc a numérisé de nombreux ouvrages sur le bagne en Guyane : des ouvrages décrivant le bagne, des témoignages, des récits de bagnards et des images. Mais les bagnards n'ont pas tous le même statut et ne viennent pas tous en Guyane pour la même raison. Après avoir fait un historique du bagne pour expliquer l'origine des bagnes dans les colonies, cet article se centrera davantage sur les bagnes en Guyane.

Galère

Les bagnes portuaires prennent le relais des galères royales dans lesquelles les condamnés remplissaient les fonctions de rameurs sur les vaisseaux de l'État. Les progrès de la navigation à voile rendent obsolètes les galères dès le début du XVIIIème siècle. La condamnation aux galères était liée à la peine d'infamie : à perpétuité, elle entraînait la mort civile et la confiscation des biens. Les galériens ont pris ensuite le nom de forçats, hommes condamnés à des travaux obligés, forcés et qui exigent de la vigueur, de la force. Sous l'Ancien Régime, on imprimait sur l'épaule des condamnés une marque indélébile au fer rouge, d'abord G.A.L. puis T.F. ou T.P. (travaux à perpétuité).
Forçat à perpétuité
Louis XV, par l'ordonnance du 27 septembre 1748, supprime les galères. Les galériens (appelés chiourmes) ont intégré les bagnes portuaires créés pour l'occasion, d'abord flottants (les anciennes galères couplées à des vaisseaux), ensuite sur la terre ferme, comme les bagnes de Brest et de Toulon. La Marine Royale conserve la garde des forçats, employés à des travaux de terrassement, de construction.

Les conditions de vie des forçats étaient déplorables, ils étaient enchaînés par deux, dormaient sur des bat-flancs toujours reliés par une manille, la nourriture comportait peu de viande et était surtout à base de légumes secs. L'état sanitaire était également très mauvais.

 Vers 1830, les critiques tant du personnel politique que de la société civile abondent. Par exemple, le Docteur Lauvergne, médecin du bagne de Toulon les exprime en ces termes : "Les bagnes sont une œuvre aussi contraires à l'amélioration des condamnés que funeste aux intérêts de la société."  Le fait que tous les prisonniers, quelles que soient leur condamnation ou la durée de leur peine soient envoyés au bagne est également critiqué. Les forçats sont accusés de prendre le travail de la population des ports, d'y amener de l'insécurité et de coûter trop cher à la Marine. Le 12 novembre 1850, le chef de l'État adresse ce message : "Six mille condamnés renfermés dans nos bagnes de Toulon, de Brest et de Rochefort, grèvent notre budget d'une somme énorme, se dépravent de plus en plus et menacent incessamment la société. Il me semble possible de rendre la peine des travaux forcés plus efficace, plus moralisatrice et moins dispendieuse, et en même temps plus humaine, en l'utilisant aux progrès de la colonisation française."
A partir de ces années-là, les politiques souhaitent l'éloignement des criminels hors de France métropolitaine. Cette transportation est également justifiée par l'utopie de valoriser le développement de la colonie grâce au travail des bagnards, ce travail forcé étant perçu comme un outil de rédemption du condamné.

Précisions sur les termes de déportation, transportation, relégation


La déportation sous François 1er, en 1540, est une alternative à la peine de mort et s'effectue vers le Canada. En 1557, sous Henri II, les criminels sont déportés en Corse. Sous Louis XIV, la déportation est envisagée comme peine alternative aux galères pour les vagabonds, dans le but d'exploiter les colonies. Le lieu de destination est la Louisiane. Pendant la Révolution de 1789, deux lois instituent la déportation : la loi pour la déportation des prêtres réfractaires vers la Guyane en 1792, puis l'année suivante, la loi pour incivisme vers Madagascar et déportation des révolutionnaires à partir de 1795 vers la Guyane (cf plus bas). 


Quatre peines peuvent être purgées dans les pénitenciers coloniaux :
  • la déportation des condamnés politiques, loi du 8 juin 1850 ;
  • la transportation des condamnés aux travaux forcés, décret du 27 mars 1852 ;
  • la réclusion des individus d'origine africaine ou asiatique, condamnés par les tribunaux de la Guyane, la Martinique, la Guadeloupe et la Réunion, décret du 20 août 1853 ;
  • la relégation des récidivistes, loi du 27 mai 1885.
Ainsi, il faut distinguer la déportation, peine pour des crimes politiques, d'une part de la transportation qui est le mode d'exécution des travaux forcés, prononcé pour les condamnés de droit commun, et d'autre part de la relégation qui s'applique à partir de la loi du 27 mai 1885 aux récidivistes. En particulier, les déportés ne sont pas astreints au travail.

Histoire du bagne de Guyane

On parle du bagne en Guyane mais en réalité, il existe de nombreux pénitenciers disséminés sur le territoire. 

Néanmoins, le bagne en Guyane a d'abord servi de lieu de déportation aux Révolutionnaires. En 1795, les révolutionnaires Billaud-Varenne et Collot d'Herbois sont déportés. Et en 1797, 16 autres révolutionnaires sont déportés. François Barbé de Marbois en fait également partie et a publié des années plus tard : Journal d'un déporté non jugé, ou déportation en violation des lois, décrétée le 18 fructidor an V (4 septembre 1797)

Le 31 mars 1852, la frégate l'Allier part de Brest avec à son bord 298 condamnés provenant des bagnes de Brest et de Rochefort et 3 déportés politiques. 

A partir de 1852, 3000 bagnards seront envoyés en Guyane.

Après la signature de trois décrets, le 30 mai 1854, sous le Second Empire, une loi relative aux travaux forcés officialise la création du bagne de Cayenne. L'objectif de la loi est triple : elle permet donc de débarrasser les bagnes portuaires métropolitains de leurs forçats ; du fait de l'abolition de l'esclavage en 1848, elle fournit à la colonie une main d'œuvre abondante et bon marché ; elle autorise enfin les transportés les plus méritants à s'installer sur place au terme de leur peine. En effet, les libérés sont appelés à rester dans la colonie et à devenir concessionnaire, c'est-à-dire qu'ils reçoivent un terrain rural ou urbain à valoriser. Dans la transportation, il y a également la notion de rédemption par le travail.

Débarquement à Cayenne

Les transportés sont astreints aux travaux forcés et parqués dans des camps, à Cayenne, puis à partir de 1858, à Saint-Laurent du Maroni, bientôt le principal point d'accueil des transportés en Guyane. Cette ville, construite par et pour les bagnards, devient commune pénitentiaire en 1880, c'est-à-dire que son conseil municipal est entièrement composé de membres de l'administration pénitentiaire. Les taux de mortalité sont particulièrement importants, tant pour les forçats que pour le personnel pénitentiaire car les pénitenciers sont construits dans des lieux insalubres, où sévissent alors la fièvre jaune et le paludisme. C'est par exemple le cas de la ville de Guisanbourg (ou Guizanbourg) sur l'Approuague, créée en 1832 et qui est l'un des trois ateliers disciplinaires de la colonie où sont envoyés les esclaves insoumis ou considérés comme dangereux. Cette ville est délaissée ensuite au profit de Regina. En 1856, 63% de la population pénale du bagne de la Montagne d'Argent décède d'une épidémie de fièvre jaune. Ce camp caféier, dans l'Est de la Guyane est d'ailleurs surnommé le "Camp de la Mort". Ces écarts de mortalité témoignent néanmoins du fait que la malnutrition, la dureté du travail et l'inadéquation de la vêture participent largement à cette hécatombe.
Selon le principe du "doublage", les survivants ont l'obligation de résider dans la colonie autant de temps que le nombre d'années d'emprisonnement, voire toute leur vie si leur peine est supérieure à 8 ans. Ils reçoivent un lot de terres pour leur subsistance. Le plus souvent, il s'agit donc d'un aller sans retour, une véritable "guillotine sèche", titre de l'ouvrage du célèbre évadé René Belbenoît (1938).

La transportation n'est pas seulement masculine et en 1859, les premières femmes sont envoyées au bagne des femmes à Mana. Cependant, jusqu'à la fermeture des bagnes de femmes en 1907, le départ en Guyane est fondé sur le volontariat : les condamnées peuvent faire le choix - majoritaire - de purger leur peine de travaux forcés dans une prison hexagonale. Le but principal de cette transportation féminine est de former des couples de bagnards et de participer au peuplement de la colonie. L'Administration s'efforce même d'attirer des détenues d'Afrique du Nord pour former des couples musulmans avec les bagnards dits "arabes". Les religieuses dirigent ces bagnes et organisent les rencontres avec les forçats libérés, dans un kiosque dédié à Saint-Laurent-du-Maroni. Cette politique matrimoniale reste cependant largement un échec.

En 1867, on compte déjà 18000 transportés depuis l'ouverture des bagnes de Guyane. Cette année-là, la Nouvelle-Calédonie est également désignée comme colonie pénale et reçoit les transportés de "race" européenne ayant une peine inférieure à 8 ans jusqu'en 1897, date à laquelle le gouverneur Feillet, nommé en 1894 décide de "fermer le robinet d'eau sale" (le bagne a fonctionné jusqu'en 1924). Pendant vingt ans, les bagnes de Guyane sont réservés aux détenus des colonies et ne sont rouverts aux Européens qu'en 1887. 

La relégation

La loi de relégation du 27 mai 1885 signifie l'internement à perpétuité des condamnés récidivistes sur le sol d'une colonie. C'est une loi d'extrême sévérité qui condamne les petits larcins de la misère. Elle repose sur le présupposé d'un "gène criminel" et l'existence "d'incorrigibles". Il s'agit d'un important retournement idéologique : on ne cherche plus la réhabilitation d'un criminel mais seulement à l'éloigner de la métropole où il est un corps criminel contaminant. Par ailleurs, cette loi vient compenser la loi sur la liberté conditionnelle, considérée par les opposants à la République comme excessivement clémente. La Guyane et la Nouvelle-Calédonie sont désignées comme lieu de relégation collective. Les relégués qui bénéficient de moyens financiers pour se prendre en charge sur place et qui ont de bons antécédents en détention bénéficient du régime de la relégation individuelle. Ils sont libres de travailler ou peuvent bénéficier d'une concession à la condition de ne pas quitter la colonie. Tous les autres, c'est-à-dire l'immense majorité d'entre eux, sont placés au régime de la relégation collective. Puisque l'État doit subvenir à leur entretien, ils doivent en contrepartie travailler pour son compte. Ils sont donc internés au sein d'un dépôt, encadrés par des agents de l'administration pénitentiaire et astreints à des travaux forcés. La relégation, tout comme la transportation cherchent donc à favoriser leur installation dans la colonie.



Camp de la relégation à Saint-Jean-du-Maroni


Quelques détenus célèbres

  • Le capitaine Alfred Dreyfus, enfermé sur l'île du Diable de 1896 à 1899.
  • Un détenu devenu célèbre grâce au récit de son évasion : Henri Charrière, surnommé Papillon (à cause d'un tatouage) et qui a donné le titre du livre qu'il a écrit ainsi que du film réalisé ensuite.
  • Guillaume Seznec.

Fin du bagne


A partir des années 1920, les critiques affluent contre le bagne. Les élus locaux font front contre ce qu'ils considèrent comme une souillure pour leur territoire, et en premier lieu le député Jean Galmot. L'enquête d'Albert Londres, Au bagne, parue en 1923 est retentissante et précède un grand nombre de séjours de journalistes dans la colonie jusqu'à la Deuxième Guerre Mondiale. Elle conduit au règlement de 1925 améliorant les conditions de détention et assouplissant le régime disciplinaire. Les critiques internationales se multiplient alors que la France est le dernier grand État à entretenir des bagnes coloniaux. Les États-Unis d'Amérique, dont le public lit avec passion les récits d'évadés du bagne, s'indignent particulièrement de la présence sur leur continent d'une institution qu'ils jugent brutale et colonialiste.

A l'initiative du guyanais Gaston Monnerville, petit-fils d'esclave guyanais, devenu sous-secrétaire d'État aux colonies, les bagnes coloniaux français sont abolis en 1938 (transportation vers le bagne) et définitivement supprimés en 1945 (détention au bagne). Pendant la Seconde Guerre Mondiale, près de la moitié des bagnards meurent de malnutrition ou de mauvais traitements, avec un commandement qui s'appuie sur des logiques concentrationnaires. En août 1946, 145 détenus sont rapatriés de Guyane à Marseille. Les derniers bagnards rapatriés quittent la Guyane le 1er août 1953. En tout, plus de 3000 bagnards ont été rapatriés.

Au total, la Guyane aura accueilli 52000 transportés et 16000 relégués.

Ressources et références

Livres anciens sur Manioc.org 

Ouvrages sur le bagne 

Il est possible également de trouver des ouvrages sur ce thème dans les différentes bibliothèques : 

Pour aller plus loin

  • Article de blog En 2014, Manioc avait recensé tous ses documents sur l'histoire du bagne. 


Je remercie mes relecteurs qui ont également complété l'article avec des éléments très intéressants.

A.F. 


Avertissement :
Certains de ces ouvrages reflètent des courants de pensée caractéristiques de leur époque, mais qui seraient aujourd'hui jugés condamnables. Ils n'en appartiennent pas moins à l'histoire et sont susceptibles de présenter un intérêt scientifique ou historique. Le sens de notre démarche éditoriale consiste ainsi à permettre l'accès à ces œuvres sans pour autant cautionner le contenu.


Lien vers l'article : http://blog.manioc.org/2020/06/a-chacun-son-bagne-deportes-transportes.html

lundi 20 avril 2020

Flibustiers, corsaires, boucaniers, pirates, forbans de la Caraïbe

Histoire et légendes des gens de mer dans les collections de Manioc

S'ils ont sillonné les mers et océans du monde depuis des millénaires, les "gens de mer" ont joué un rôle de premier plan, du XVIe siècle au XIXe siècle dans la Caraïbe. Souvent confondus dans la catégorie de "pirates" qui a inspiré les auteurs de littérature, de films ou encore plus récemment l'univers des jeux vidéos, ils sont flibustiers, corsaires, boucaniers ou forbans... Manioc vous propose quelques éclairages et un parcours dans ses riches collections.

Qui sont-ils.elles ? 

Marie Read
Source : Les frères de La Coste, Flibustiers et Corsaires (p. 41)
Parmi les "gens de mer" qui embarquèrent depuis les ports français (Dieppe, Saint-Malo, La Rochelle...) et européens vers les Antilles à partir de la fin du XVIe siècle, mais surtout aux XVIIe et XVIIIe siècles, certains fuient les persécutions religieuses (protestants, juifs), d'autres (criminels, vagabonds, orphelins) sont initialement "engagés" dans des conditions proches de l'esclavage, ou sont "expédiés" par les métropoles. Enfin, d'autres encore, d'origine souvent modeste, partent en quête d'aventure, de fortune ou pour le moins sont guidés par l'espoir d'un destin meilleur. Certains, embarqués volontairement ou faits prisonniers pour leurs compétences (médicales par exemple) ou leurs activités religieuses partagent la vie à bord. 
Dès après les débuts de la traite transatlantique, on retrouvera également sur les équipages des "Marrons", Africains déportés en esclavage dans la Caraïbe qui ont fui les plantations ou ont pu survivre à des naufrages près des côtes. La présence sporadique d'Amérindiens apparaît dans les documents historiques. 
Quelques très rares femmes marquent l'histoire de la piraterie dans la Caraïbe telles que Marie Read, Anne Bonnie ou encore Anne Dieu-le-veut et Jacquotte Delahaye dont les étonnants destins mériteraient d'être explorés... Certaines se sont fait passer pour des hommes, d'autres ont pu être admises sans travestissement.

Flibustiers, corsaire, boucaniers, forbans, pirates, quelles différences ?

Ces termes reflètent des distinctions importantes, mais des réalités qui rendent les frontières poreuses dans la Caraïbe ; d'une part les définitions et usages ont pu changer au cours du temps, d'autre part nombreux sont les gens de mer qui ont pratiqué plusieurs activités ou changé de statut au cours de leur vie.
La vie des corsaires. - La prise d'un cutter
Source : Les frères de La Coste, Flibustiers et Corsaires (p. 310)
Le terme "Flibustiers", spécifique à la Caraïbe, est longtemps employé de façon large pour désigner tous les gens de mer jusqu'à la fin du XVIIe siècle. L'activité maritime se déploie dans les premiers temps autour de l'activité commerciale sur laquelle l'Etat s'appuie. La marine royale ne commence à structurer sa propre flotte qu'au XVIIe siècle et cette dernière ne suffit généralement pas à former des convois dans le contexte des affrontements européens qui se livrent dans la Caraïbe. 
Ceux qui disposent d'une lettre de marque et sont autorisés à attaquer en temps de guerre sont appelés "Corsaire". L'activité est réglementée, tant pour ce qui concerne le déroulement des combats que le statut des prisonniers, jusqu'au partage des prises dont une part est réservée au roi. Flibustier est parfois employé comme synonyme de corsaire probablement du fait des activités au statut multiple de certains marins. Les flibustiers français s'attaquaient généralement aux bateaux qui n'étaient pas de leur nation, particulièrement les Espagnols. Ils agissaient parfois pour leur compte, parfois comme corsaires. Qu'ils soient alors mandatés ou non, leurs attaques ont longtemps servi les intérêts de l'Etat affaiblissant les flottes ennemies. 
Portrait de François l'Olonnais
Source : Les aventuriers et les boucaniers d'Amérique
Selon Caroline Laurent [1] : "Les flibustiers se métamorphosent ainsi en véritables bras armés des puissances européennes (particulièrement britannique, espagnole et française) dans cette zone caribéenne qui est considérée comme terra nullius, “territoire sans maître”, jusqu’au XVIIIe siècle, temps de la mainmise effective des empires sur le bassin caribéen."
Parmi les flibustiers, certains abandonnèrent la mer définitivement -rapidement ou après une longue carrière- pour exploiter la terre "les habitants" (d'où provient le terme "habitation"). On nomma "Boucaniers" ceux qui profitant du fait que les Espagnols avaient fait venir du gibier sur ces terres, vivaient ensemble de la chasse et de la fabrication de produits à partir du cuir. Boucaniers viendrait du terme amérindien "boucan" qui désignerait une technique de cuisson fumée*. Certains furent tour à tour au grès de leurs destins, flibustiers et boucaniers avant de s'installer comme habitants. Ces trois catégories se côtoyaient et se retrouvaient dans des lieux considérés comme bases de la flibuste, à l'instar de l'île de la tortue à Saint Domingue, (aujourd'hui Haïti), repère devenu légendaire.
Ce n'est qu'à la fin du XVIIe siècle que poindront les premières politiques pour faire cesser les activités non réglementées dont les acteurs seront perçus comme hors-la-loi, "forbans", "pirates". Le commerce des esclaves devient également bien plus rentable que les autres opérations jusqu'alors menées par les flibustiers. 
« Au XVIIIe l’Amirauté royale cherche à faire disparaître la flibuste. Le ministre de la Marine fit publier une ordonnance royale, datée du 5 septembre 1718, accordant amnistie pleine et entière aux « forbans » qui se rendraient en France pour vivre en honnêtes bourgeois. » (Besson, p. 28) [2]
D'autres initiatives furent prises pour les inciter à s'installer sur les terres des colonies de la Caraïbe tels que les envois massifs de femmes :
« Au fur et à mesure que les Antilles se peuplèrent d'habitants, les boucaniers et les flibustiers disparurent ; certains de leurs capitaines se firent ermites, abandonnant la Coutume de la Côte pour se faire chefs des différents quartiers de Saint-Domingue ; ce fut l’art du gouverneur Jean Baptiste Ducasse d’opérer ces transformations »  (Besson, p. 22) [3]
« Pour transformer les intrépides conquérants de Saint-Domingue, narre M. de La Vaissière dans son ouvrage sur cette colonie perdue, le gouverneur Ogeron invoqua le secours d’un sexe puissant qui sait pourtant calmer l’humeur et augmenter le penchant pour la sociabilité. Ogeron et Ducasse firent, en effet, venir de France, d’humbles orphelines pour soumettre ces êtres orgueilleux accoutumés à la révolte et pour les changer en époux sensibles, en pères de famille vertueux. » (Besson, p.22-23 ) [3]

Sélection de documents historiques sur l'histoire des flibustiers

Drapeau à tête de mort, surnoms de capitaines comme "Monbars l'exterminateur" et noms de bateaux tels le "Sans Pitié" ou le "Sans quartier" destinés à effrayer l'adversaire, organisation et règles spécifiques de type confrérie à l'instar des "Frères de la côte"... ; tout ceci n'est pas sorti de l'imaginaire des écrivain.es, auteur.es de BD, réalisateur.trices mais bel et bien des sources qui les ont inspirées. 
Pavillons et flame du navire forban nommé le Sanpitié
Source : Les frères de La Coste, Flibustiers et Corsaires (p. 236)
Il existe peu de récits écrits par des témoins directs de la vie à bord. S'ils doivent être complétés par d'autres sources, ils n'en restent pas moins précieux et bien souvent passionnants. Le plus connu est sans conteste celui d'Alexandre-Olivier Exquemelin, parfois orthographié "Exquemeling", "Oexmelin" ou "Exmelin". Son premier texte,  Histoire d'avanturiers qui se sont signalez dans les Indes, publié pour la première fois en 1678 dans sa version néerlandaise, connaîtra un grand succès dès sa publication : traductions, multiples éditions et réédition (quelques éditions sont disponibles sur Manioc [4], [5]). Ce succès traversera les siècles ; l'ouvrage reste encore de nos jours fréquemment réédité. L'un des plus anciens récits (1620) racontant notamment la vie à bord puis à terre aux côté des Amérindiens en Martinique est le manuscrit connu sous le nom "L'anonyme de Carpentras" [6]. Le journal du flibustier Raveneau de Lussan, probablement rédigé à la fin du XVIIe siècle est également un témoignage précieux [7]. Il raconte en plus de 450 pages, sa jeunesse, son embarquement puis les pérégrinations de la vie des flibustiers dans la Caraïbe et l'Amérique, évoquant capitaines et autres personnages clés, narrant la vie en mer et à terre, avec notamment de nombreux passages sur les Amérindiens. Parmi les ouvrages anciens, Manioc dispose dans ses collections du témoignage du jésuite Jean-Baptiste Le Pers (vers 1715), qui résida à l'île de la Tortue, repaire de la flibuste [8].
SI vous souhaitez en connaître davantage sur les flibustiers et autres gens de mer célèbres, sur leurs pratiques, codes et règles, Manioc vous propose de lire l'ouvrage de Maurice Besson sur les frères de la côte [3]. C'est un ouvrage facile d'accès, qui se lit comme un roman tout en s'appuyant sur une documentation fournie. L'auteur y narre les coutumes de la flibuste et dresse la biographie des plus célèbres de ces hommes et femmes qui ont sillonné la Caraïbe pendant plusieurs siècles.

*Manioc enquêtera prochainement sur l'origine du terme "Boucan" car il semblerait que l'origine amérindienne du terme soit une erreur largement véhiculée, à suivre...

Documents cités



Plusieurs centaines d'ouvrages anciens dans Manioc traitent de la flibuste, rendez-vous sur http://manioc.org pour poursuivre vos recherches !

AP






Lien vers l'article : http://blog.manioc.org/2020/04/flibustiers-corsaires-boucaniers.html

jeudi 2 avril 2020

Enquête sur l'origine du mot "Balaou" et ses emplois

Balaou : un poisson, un navire...


Balaou
Bernard Bourlès - Ichtyotaxidermie (poissons.net)*
Cette semaine, le blog Manioc accueille la contribution de Jean Henrio.  Né en 1942, à Port-Louis, près de Lorient dans le Morbihan, Jean Henrio écrit, sous le nom de plume de Jeff Falmor, des ouvrages sur la mer qui le conduisent à se documenter sur l'origine et l'emploi de certains termes. Son dernier ouvrage Au temps héroïque de la marine à voile (édition Locus Solus, 2019) livre par exemple le fruit de ses recherches sur les termes "boucan" et "tafia". Il partage aujourd'hui avec les lecteurs de Manioc, son enquête sur le "balaou". 

Balaau, balaou : le poisson


Balaau : mot du langage des Caraïbes, c’est-à-dire des aborigènes vivant aux Antilles avant la colonisation, désignant un  petit poisson très apprécié, ressemblant quelque peu à l’orphie. Selon le Dictionnaire classique d’histoire naturelle [1], édition de 1822, balaau devait se prononcer balao et non balaou. Mais l’usage confirmera néanmoins la prononciation balaou, qui s’est également imposée très tôt dans l’orthographe usuelle : 
« Il y a… un autre petit poisson, que l’on nomme dans la Martinique balaou, qui est long comme une sardine : il a à la mâchoire inférieure un bec de cartilage assez fort, menu, et pointu comme une aiguille, et long comme le doigt… ». Père Dutertre, Histoire générale des Antilles [2], 1667.
« J’ai parlé du balaou sans le faire connaître… Ce poisson ressemble assez à la sardine, excepté qu’il a le dos plus carré. Sa tête est comme celle de l’orphie, c’est-à-dire qu’il a un avant-bec de deux à trois pouces de long ». Père Labat, Nouveau voyage aux isles de l’Amérique [3], 1724.

Certains auteurs ont écrit balahou, avec un « h » : 
« … balahou… espèce de hareng dont la tête se termine par un bec long et mince, semblable à une aiguille à tricoter… ». J-Baptiste de Chanvalon, Voyage à la Martinique [4], 1763.

Balaou : nom donné par les marins bretons, pêchant le thon blanc dans l’Atlantique, à un genre d’orphie, c’est-à-dire d’« aiguillette », ressemblant quelque peu au véritable balaou, dont la présence, signalée par une agitation d’oiseaux de mer, à la verticale de l’eau, indiquait la présence éventuelle d’un banc de thons en mal de nourriture.
«  Quelque temps après, un matelot se précipite vers l’avant en criant : «  des balaous, des balaous au vent » ! (il s’agit d’un petit poisson (Scomberesox saurus)  qui est une nourriture recherchée par le thon) ; un autre homme crie : «  Thons sous le vent, jouant sur l’eau » ! Le patron observe la mer de ce côté, en effet, on voit de fort remous à la surface de l’eau, par instants aussi plusieurs petits poissons qui sautent en l’air. Evidemment il se passe là une lutte sauvage. Rapidement le patron met le cap sur les remous ». Albert Krebs, Le thon [5], 1936.

Balaeau, Balaou : les navires 


Goélettes balaou au mouillage.
Jean-Jérôme Baugean [8]

Balaeau : nom donné à une pirogue servant à la chasse à la baleine, dont la forme, toute en longueur, rappelait celle du poisson précédemment désigné. 

« La biscayenne de l’Espérance fut perdue. Pour la remplacer, on acheta d’un vaisseau américain un balaeau, espèce d’embarcation légère destinée à la pêche de la baleine ». Jacques-Julien Houtou de La Billardière, Relation du voyage à la recherche de La Pérouse [6],1799.

Balaou : nom donné à la Martinique, une goélette dont la longueur de mâture était impressionnante par rapport à la coque. Et qui, dans sa disproportion apparente, rappelait également le poisson appelé balaau, qui est tout en longueur.
« BALAOU, s. m. Petite goélette en usage en Amérique , commune dans les Antilles. — On donne aussi le nom de balaou à un petit poisson long qui ressemble assez aux aiguillettes. » Jean-Baptiste Philibert  Willaumez, Dictionnaire de Marine, 1820 [7].


Documents cités


*Nous n'avons malheureusement pas trouvé de gravure ancienne du balaou pour illustrer cet article, si vous avez connaissance d'une référence en libre accès, n'hésitez pas à nous la communiquer manioc.org[at]gmail.com

[1] Dictionnaire classique d'histoire naturelle. Tome 2, AS-CAC, par Messieurs Audouin,... Ad. Brongniart... et Bory de saint-Vincent, Paris,  1822-1831, p. 140.
[3] Nouveau voyage aux isles de l’Amérique, par le Père Labat, La Haye, 1924. Tome 1 ; Tome 2. Une édition de 1742 en huit tomes (publiée Chez Guillaume Cavelier père) ainsi qu'une édition  publiée de 1931 en deux tomes (publiée aux éditions Duchartre) sont disponibles sur Manioc.
[5] Le thon (Germon). Sa pêche et son Utilisation sur les côtes françaises de l'Atlantique, par Albert Krebs ; préface d’Auguste DupouySociété et éditions géographiques, maritimes et coloniales, 1936.
[6] Relation du voyage à la recherche de La Pérouse, fait par ordre de l'Assemblée constituante pendant les années 1791, 1792 et pendant la 1re et la 2e année de la République françoise. Tome 1, Tome 2, par Jacques Julien Houtou La Billardière, Paris, G. H. J. Janse, 1799.
[7] Dictionnaire de Marine, par Jean-Baptiste Philibert  Willaumez, Paris, Bachelier, libraire pour la marine, 1820. Manioc, collection Archives départementales de Guadeloupe.
[8] Recueil de petites marines..., par Jean-Jérôme Baugean, Douarnenez, le Chasse-Marée, 1987. Reprod. en fac-sim. de l'éd. de Paris, Ostervald, 1817.


Auteur de l'article : Jean Henrio dit Jeff Falmor

Contribution, publication Manioc : AP


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