Dessinons ensemble le futur de la bibliothèque numérique Manioc !

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Donnez votre avis et partagez vos idées pour construire avec nous la prochaine version de la bibliothèque numérique Manioc.
Pour que la future version soit plus adaptée à vos besoins, il nous faut mieux connaître vos pratiques, vos besoins et vos attentes. L'enquête est ouverte jusqu'au 10 juillet. Les résultats seront consultables en temps réel.
Répondez à l'enquête (en quelques minutes, moins de 10 questions).

jeudi 28 juin 2018

La Guyane à l'épreuve de la chambre noire de Vano

Vano Coupra témoin de son temps

Lors de la 4e édition des Rencontres photographiques de Guyane en novembre 2015, un hommage a été rendu au photographe Vano Coupra. Cette célébration a consacré la dimension patrimoniale de ce travail photographique. 
L'Université de Guyane n’a pas manqué, à cette occasion, de participer à cette célébration en proposant à la communauté universitaire et à tous les curieux une conférence de l'historien Serge Mam Lam Fouck intitulée Sous l'éclairage de Vano, 30 années en Guyane.
En 2016, le Service patrimoine de la municipalité de Saint-Laurent du Maroni, conjointement avec l'association "La tête dans les images", firent de même en proposant une exposition rétrospective sous le titre Résonances guyanaises années 70, 80, 90.



La chambre noire de Vano : une histoire charnelle de la Guyane 

A l'occasion de la toute récente disparition de Vano
Coupra, la bibliothèque numérique Manioc souhaite donc contribuer à son tour à la diffusion de ce patrimoine guyanais en vous invitant à visionner l'intervention de Serge Mam Lam Fouck et à découvrir, au travers de l’œuvre de Vano, une histoire (individuelle et collective), des traditions (locales et nationales), une mémoire (notamment familiale) rendue visible en vue de sa transmission, une réalité charnelle et sensible en somme qui s’est donnée à voir dans l’atelier du photographe.


Pour aller plus loin

  • Luiz Eduardo Robinson Achutti, L'homme sur la photo : manuel de photo-ethnographie 
  • Véronique Hébrard (coord.), L'image comme source pour les sciences humaines 
  • Gisèle Freund, Photographie et société

C.B.




Lien vers l'article : http://blog.manioc.org/2018/06/la-guyane-lepreuve-de-la-chambre-noire.html

mardi 26 juin 2018

Invasions de sargasses ? Une vieille affaire !

L'arc antillais régulièrement confronté à des échouages massifs de sargasses sur les côtes 

Au-delà des questions sanitaires, écologiques et économiques que ces événements induisent, Manioc revient sur les précédents historiques où les algues terrorisaient déjà les marins qui les ont entourées de toute une mythologie.
Source : Manioc

S'aventurer en haute mer, de même qu'à l'intérieur des masses continentales (Afrique équatoriale, Amazonie et Andes, déserts d'Asie centrale), a longtemps été réservé à quelques-uns dont les témoignages n'engageaient que leur bonne foi. D'où une réserve quasi-inépuisable de demi-vérités, de légendes, de contrefaits et de mythes tenaces. Tout le monde, ou presque, connaît par exemple les dangereuses Amazones qui auraient été aperçues le long du fleuve éponyme. Mais, parfois, ces racontars prennent corps. C'est le cas des sargasses dont la mer semble être connue depuis la plus haute Antiquité :
« De même que les anciens parlaient des terres transocéaniques où peut-être les Phéniciens, les Grecs, les Carthaginois et les Arabes avaient abordé, ils parlaient de la mer d'herbe et de la mer coagulée, qui, elle, avait été sûrement vue par des navigateurs de ces nationalités. Dans le Périple de Scylax de Caryande composé probablement au temps de Darius Ier, il est dit « qu'on ne peut naviguer au delà de l'île de Cerné, car la mer est embarrassée par de la vase et des herbes ». Les Carthaginois de Gadès, naviguant au delà des colonnes d'Hercule et poussés par un vent d'Est, constatent que la mer est pleine de varech et y trouvent des thons en abondance qui, salés et enfermés dans des vases, sont expédiés à Carthage. 
Le Carthaginois Hamilcon, dont le voyage est raconté par Festus Avienus, dit que dans l'Ouest et le Nord-Ouest de l'Atlantique il y a des « algues nombreuses au-dessous des flots qui, par entrecroisement, forment mille obstacles. Aucun souffle ne pousse le navire en avant. Les flots restent immobiles et paresseux. Des algues sont semées en quantité innombrable sur l'abîme, et souvent elles arrêtent la marche des vaisseaux qu'elles retiennent comme avec des joncs ». Avienus ajoute que ces algues diminuent la violence des vagues, effet plusieurs fois confirmé dans la suite et qui a dû contribuer à la croyance de la mer stagnante et gluante. Strabon constate comme les Carthaginois de Gadès et; plus tard, Christophe Colomb, l'abondance des thons dans ces parages, et attribue la graisse très estimée de ces poissons à leur nourriture provenant « d'un chêne dont les racines sont au fond de la mer et dont le feuillage porte de gros fruits ». Théophraste écrit que l'algue croît dans la mer qui s'étend au delà des Colonnes d'Hercule et atteint des proportions gigantesques. Il distingue le fucus des côtes du fucus du large, c'est-à-dire la sargasse. 
En ce qui concerne les premiers siècles de l'ère chrétienne, Jornandès, historien des Goths, dit que si les régions lointaines de l'Océan ne sont pas connues, c'est parce que « les algues arrêtent la marche des vaisseaux et que les vents n'ont pas de force ». Mais les Arabes, grands et habiles navigateurs, voguaient sur la « Mer Ténébreuse » ; le géographe Edrisi a conservé le récit des huit Arabes, tous de la même famille, qui partis d'Aschbona (Lisbonne) à une époque antérieure à 1147, naviguèrent dans une mer « épaisse », au large des Açores et au travers des herbes marines. Au XIIIe et au XIVe siècles, tous les navigateurs qui vont à la recherche d'Antila, des Sept Cités, de toutes les îles de Saint-Brandan, parlent des herbes qui recouvrent la mer à l'Ouest des Açores, leur point de départ habituel, et ce sont évidemment ces herbes qui entretenaient la croyance de la proximité de la terre. »
Jean Baptiste Etienne Charcot, Christophe Colomb vu par un marin, p. 117-129
Carte de tous les itinéraires de Cristophe Colomb dans leurs rapports avec la mer des Sargasses, Source : Manioc

Autant de précédents que confirmera Christophe Colomb dans son carnet de bord. Au cours de son premier voyage aller, est noté à l'entrée du 16 septembre que là « on commença à voir de très nombreuses touffes d'herbes très vertes qui semblaient, selon l'Amiral, s'être détachées depuis peu de la terre, ce pourquoi tous jugeaient qu'ils étaient près de quelque île ». Le lendemain, « à l'aube de ce lundi, ils virent encore plus d'herbes qui semblaient des herbes fluviales ; et, au milieu d'elles, ils trouvèrent un
Source : Manioc
crabe vivant que garda l'Amiral, disant que c'était là un signe certain de terre  »
. Mais c'est le 21 septembre qu'
« ils trouvèrent tant d'herbe sur la mer qu'elle en semblait caillée, et elle venait de l'ouest [...]. Pendant une partie [du lendemain], il n'y eut plus d'herbe, ensuite elle réapparut, très épaisse ». Ce qui ne manqua pas d'effrayer les marins. Colomb note au 23 septembre :  « Comme la mer était tranquille et étale, l'équipage murmurait et disait : puisqu'en ces parages il n'y avait pas de grosse mer, jamais il n'y aurait de vent pour retourner en Espagne. »

Une crainte qui, on l'a vu, vient de loin et qui va se prolonger encore longtemps, au point de faire des sargasses le moteur d'un contre-courant. Ainsi, selon Le grand routier de mer publié en 1619 : « depuis l'herbe Sargasso le vent est toujours Nord Est, & les courants ont leur flux vers les Antilles qui sont devant la Nouvelle Espagne, qui est la cause pourquoi les navires multiplient si peu en leur cours depuis ladite herbe Sargasso: & si les courants viennent à rencontrer les navires en ce cours, il advient bien qu'ils soient poussés à rebours du vent mais rarement » (p. 15). Circonspect, l'auteur note la rareté du phénomène, sans doute pour ne pas l'avoir lui-même expérimenté, mais la mer des Sargasses s'entache d'une mauvaise réputation. Les nombreux îlots, écueils, bas-fonds et brisants indiqués sur les cartes des XVIIe et XVIIIe siècles, entre l'archipel des Açores et les Antilles, se trouvent encore sur des atlas du XIXe siècle. En 1802, les Espagnols signalent toujours des brisants, des vigies et des écueils dans cette partie de l'océan Atlantique jusque vers 1860. Ce n'est qu'avec les expéditions scientifiques au tournant du XXe siècle que tombent les dernières incertitudes, notamment sur la question de la profondeur qui rend impossible tout haut fonds.


Source : Manioc


Pour aller plus loin :
X. H.

Lien vers l'article : http://blog.manioc.org/2018/06/invasions-de-sargasses-une-vieille.html

samedi 2 juin 2018

Coopération Caraïbe : les bibliothèques et l'open access

Rendez-vous à Santo Domingo du 3 au 7 juin 2018 pour le 48e congrès ACURIL !

Annonce de la tenue du congrès en République dominicaine
Les professionnels des bibliothèques, de la documentation, des archives et des musées de la Caraïbe se retrouvent cette année à Santo Domingo en République dominicaine autour de la question du libre accès. Plein feux sur un programme captivant annonciateur de riches échanges ! Vous souhaitez participer ? Consultez le site internet du congrès pour connaître les modalités pratiques.
Le blog profite également de l'événement pour mettre à l'honneur les collections en libre accès de la bibliothèque numérique Manioc sur la République dominicaine.

Le développement du libre accès pour un accès plus équitable aux ressources culturelles, patrimoniales et scientifiques de la Caraïbe

L'équipe de la bibliothèque numérique Manioc ne pouvait que se réjouir que la présidente 2017-2018 d'ACURIL, Kumaree Ramtahal, choisisse le libre accès comme thème majeur de ce congrès annuel. Au-delà des sombres récupérations dont le concept est aujourd'hui victime -d'ailleurs abordées lors de ce congrès-, les mouvements pour le libre accès sont fondés sur la volonté d'un accès plus équitable aux ressources culturelles, patrimoniales et scientifiques. Les Antilles et la Guyane françaises ont très tôt pris position en faveur du libre accès en signant l'initiative de Budapest puis en créant la bibliothèque numérique Manioc pour impulser des dynamiques régionales (numérisation, création de revues en open access, bases de données spécialisées..) et fédérer les ressources des entrepôts scientifiques en libre accès comme HAL Antilles et HAL Guyane. Au-delà d'une meilleure accessibilité -préoccupation historique des bibliothèques-, ces mouvements ont favorisé la production de ressources plurielles en lien direct avec les problématiques des territoires de la Caraïbe et de l'Amazonie.
 

ACURIL 2018 : demandez le programme !

Autour du thème principal, le libre accès, les participants à ACURIL pourront :
  • Découvrir des ressources en libre accès d'une grande diversité sur la Caraïbe  : plateforme de revues universitaires comme DOAJ, entrepôts de publications scientifiques nationaux ou thématiques, bibliothèques numériques spécialisées comme la Bibliothèque virtuelle de Santé, livres audio pour les enfants, ressources pédagogiques...
  • Réfléchir à partir de retour d'expériences locales issues de très nombreux territoires de la Caraïbe, de secteurs, disciplines et thèmes éclectiques : services de référence, formation des usagers et personnels...
  • Partager les réflexions autour de projets en cours.
    A noter à ce propos, la présentation d'Isabelle Mette sur la préservation des archives littéraires dans la Caraïbe. Récemment arrivée à la direction de la Bibliothèque universitaire du campus de Schoelcher en Martinique, Isabelle Mette est responsable du programme COLLEX-Caraïbe (Collection d'excellence pour la recherche) pour les bibliothèques de l'Université des Antilles. Le développement des archives littéraires est un axe majeur de ce programme COLLEX-Caraïbe. Le volet diffusion numérique en libre accès sera assuré par la bibliothèque numérique Manioc. A suivre donc... De belles surprises en perspective pour les lecteurs et internautes...
ACURIL 2018 fait également une large place à la question des catastrophes naturelles. Les territoires de la Caraïbe ont été particulièrement affectés par les ouragans Irma et Maria. Le programme du congrès prévoit :
  • un après-midi placé sous le signe de la solidarité avec les bibliothèques touchées par les ouragans : témoignages, échanges, rencontres...
  • des interventions en plénière et ateliers pour mieux se préparer à faire face aux catastrophes naturelles, avant, pendant et après. Préserver et sauvegarder les personnes mais aussi les collections qui constituent un patrimoine essentiel pour les populations actuelles et les générations à venir.
Consultez le programme du congrès ACURIL en ligne (fr)
Téléchargez l'application (en espagnol ou en anglais uniquement). 

Sélection documentaire Manioc : République dominicaine 

Conférences filmées :

Quelques ouvrages anciens
Bon congrès à tous !

AP

Lien vers l'article : http://blog.manioc.org/2018/06/cooperation-caraibe-les-bibliotheques.html

mercredi 30 mai 2018

Erna Brooder : La redéfinition de l’imaginaire caribéen à partir de l’écriture

Dr. Erna Brodber, auteure, sociologue et militante sociale




Née le 20 avril 1940 dans le village de Woodside, à Saint Mary en Jamaïque, Erna Brodber obtient une licence, une maîtrise puis une distinction honorifique de Docteure en littérature à l'UWI (University of the West Indies). Militante, cultivée et créative, E. Brodber s'est imposée comme une voix majeure dans la littérature caribéenne au cours de sa carrière de presque quatre décennies. Ses récits distinctifs s'inspirent des traditions orales de la diaspora africaine, faisant écho à des sources aussi diverses que les contes populaires d'Anansi, l'araignée-dieu et les romans modernistes de James Joyce. E. Brodber est lauréate du prix Prince Claus (2006), de la médaille Musgrave (1999) et du Commonwealth Writers' Prize (1989).


 Erna Brodber "à gauche"
Erna Brodber " à gauche"





Manioc vous propose d’en découvrir plus sur cette écrivaine fascinante à travers nos collections et celle de la DLOC, « Digital Library of the Caribbean ».

Bibliographie 

Ouvrages de Erna Brodber  

  • Louisiana, New Beacon books – cop, 1994.   : cliquez-ici  
  • Myal, New Beacon Books – cop, 1988. : cliquez-ici  
  • Woodside, Pear Tree Grove P.O., University of the West Indies Press, 2004. cliquez-ici 
Retrouvez sur Manioc :
Retrouvez plus d’ouvrages de la Bibliothèque Universitaire des Antilles et de la Guyane à travers son portail numérique Kolibris :

  • June E Roberts, Reading Erna Brodber uniting the Black diaspora through folk culture and religion, Praeger Publishers, 2006.  
  • Erna Brodber, The second generation of freemen in Jamaica, 1907-1944, University Press of Florida – cop, 2004.  
  • Erna Brodber, Woodside : pear tree grove, University of the West Indies Press, 2004.
    Erna Brodber, Louisiana, New Beacon books – cop, 1994.
  • Erna Brodber, Myal, New Beacon Books – cop,1988.
  • Erna Brodber and J. Edward Greene, Reggae and cultural identity in Jamaica, Department of sociology, University of the West Indies – 1981. 
  • Erna Brodber, Jane and Louisa will soon come home Port of Spain, New Beacon Books – cop,1980.   


Lien : https://bit.ly/2su1UNQ

Bonne lecture ! 

M.F





Lien vers l'article : http://blog.manioc.org/2018/05/erna-brooder-la-redefinition-de.html

mardi 22 mai 2018

Mois des abolitions : Bissette, oublié de l'Histoire

Longtemps délaissée, reléguée dans l’ombre toute-puissante de son rival politique Victor Schoelcher, la figure d’Auguste Bissette est aujourd’hui célébrée dans la lutte abolitionniste. En ce mois de commémoration de l’abolition de l’esclavage, Manioc vous propose de revenir sur cette figure martiniquaise.


Source : Manioc
Cyrille Charles Auguste Bissette (1795-1858), métif (ce qui signifie qu’il a l’allure d’un descendant de Mulâtre et de Blanc) appartient à une famille renommée, doublement rattachée aux Mallevault, famille noble d’officiers de marine, et aux Tascher de la Pagerie, que l’on ne présente plus, mais cette position enviable masque l’absence complète de fortune personnelle. Issu de la bourgeoisie urbaine, ses écrits laissent penser qu’il a reçu une solide éducation.

Fin 1823, un opuscule anonyme circulant clandestinement en Martinique commence à agiter les représentants du pouvoir royal. L’objet, 32 pages reliés de rouge et édité à Paris, porte un titre sans ambiguïtés : De la situation des gens de couleur libres aux Antilles françaises. Ces « gens de couleur libres », s’ils pouvaient posséder des esclaves, accumuler du capital et jouir de leur liberté, restaient confinés dans une position sociale inférieure face à l’élite blanche. L’affaire aurait pu en rester là, le libelle ne soulevant aucun soubresaut en Guadeloupe et en Guyane, et ne comportait rien qui ne soit déjà connu et précédemment dénoncé. Toutefois, son style porte la dénonciation au rang littéraire dans un style très enlevé :
« La caste privilégiée persisterait-elle à conserver ses révoltantes prérogatives ? On ne devrait cependant pas oublier quelles ont été les funestes causes qui nous ont ravi la plus belle de nos colonies.
Il est donc essentiel de s’occuper du sort d’une classe aussi utile que laborieuse, et qui s’accroît de jour en jour. Les gens de couleur libres demandent donc, au nom de la justice et de l’humanité, la destruction des lois exceptionnelles qui les régissent (…). Au reste, elle n’a rien qui puisse la rabaisser au-dessous de celle des flibustiers, des boucaniers, des engagés ou des hommes flétris par l’opinion, qui ont composé la primitive population blanches des colonies, et dont les orgueilleux descendants forment aujourd’hui la caste privilégiée. »
Certains cadres blancs martiniquais croient y déceler une conspiration destinée à mettre fin à leurs privilèges et, in fine, à leur « race ». Aussi, pressé par des magistrats entreprenants, le gouverneur Donzelot fait arrêter la nuit du 22 décembre Bissette en compagnie de ces supposés complices Louis Fabien et Jean-Baptiste Volny. Tous les trois sont condamnés aux travaux forcés à perpétuité et au fer rouge (marque GAL pour galérien) « pour avoir colporté, distribué clandestinement, et lu à divers, un libelle tendant à renverser la législation établie ». À la même époque se produit en Jamaïque un événement similaire, l’affaire Lecesne et Escoffery, à laquelle le pouvoir britannique réagit de même. Les puissances coloniales cherchaient donc avant tout à étouffer les réformes progressistes.
Source : Manioc


Après un passage rapide au bagne de Brest, les trois hommes voient leur peine commuée en interdiction de séjour dans les Antilles pendant dix ans, période qu’ils mettent à profit pour faire reconnaître l’application du droit commun dans les colonies. Ainsi, de 1834 à 1842, Bissette animera à bout de bras la Revue des colonies qui fera beaucoup pour la reconnaissance de l’égalité raciale et de l’abolition de l'esclavage (
dans une moindre mesure), tout en l’acculant à la faillite. Cette publication verra donc les premiers affrontements idéologiques avec Victor Schoelcher pour le leadership du mouvement abolitionniste. Si Bissette rencontre d’indéniables succès électoraux, notamment grâce à son alliance avec Pécoul, grand Blanc libéral, la méfiance – pour ne pas dire la hargne – qu’il inspire à la majorité possédante conduira à sa perte. En effet, après avoir brocardé Schoelcher, métropolitain acquis aux préjugés locaux concernant les libres de couleur selon lui, et une fois passé la liesse de mai 1848, celui que les Martiniquais renommèrent affectueusement Papa Bissette fait l’erreur de repartir pour la France en janvier 1950, laissant ainsi le champ libre au camp schoelcherien de se structurer et de s’arroger les seuls mérites de la politique post-abolition. Si le pamphlet La vérité aux ouvriers et cultivateurs de Martinique porte un coup dur à l’intégrité de Bissette, sa compromission avec le régime du Second empire, amplifiée par sa parenté, une maladie qui le ronge et une situation financière précaire, achève de le déconsidérer complètement une fois la IIIème République proclamée. En effet, Schoelcher, intransigeant avec le régime impérial, revenu d’exil, contribuera largement à discréditer son rival qui tombe alors dans un oubli quasi général.

X.H. 

Pour aller plus loin :
 Sur Gallica :

Lien vers l'article : http://blog.manioc.org/2018/05/mois-des-abolitions-bissette-oublie-de.html