jeudi 1 décembre 2016

Manioc : la barbe !

  Revue de barbes...


Avec le décès de Fidel Castro, c'est tout un pan de l'histoire de la pilosité dominante qui disparait. Symbole de sagesse chez les Grecs, signe de ralliement d'une certaine gauche au mitan du 19ème siècle, marque visible de dévotion au Prophète dans la tradition musulmane, la barbe est le média intemporel par excellence. En hommage à cet attribut singulier-masculin, Manioc vous propose deux des meilleures barbes disponibles dans ses collections.


tirée de "Excursion dans l'Eldorado", 1904



Contre toute apparence, cet homme n'est pas le frère jumeau de Fidel Castro posant au coeur de la Sierra Maestra avant la bataille. Il s'agit de l'explorateur français Lucien Morisse, médecin de son état, qui parcourut l'Amazonie pendant des années. Il en tira notamment un travail d'étude dont on ne sait quel usage en fut fait, publié en 1908 dans un rapport intitulé : " Recherches et expériences sur le caoutchouc. Le latex, son utilisation directe dans l'industrie"...


















Ici, le style général est moins débraillé, la barbe plus en phase avec une conception plus assise de l'action publique. Il s'agit d' Ernest Deproge (1850-1921), avocat et député de la Martinique, qui commença à l'extrême gauche puis devint une des figures de l'assimilationnisme...



  












POA


Lien vers l'article : http://blog.manioc.org/2016/12/manioc-la-barbe.html

mardi 22 novembre 2016

Un gazetier de Hollande...

" Un Gazetier de Hollande". Heurs et malheurs des journalistes sous tous les régimes...


Évidemment, un titre pareil ne peut que piquer la curiosité des lecteurs de Manioc. Quoi, la chronique politique du moment s'invite donc désormais dans les pages de ce blog ? Et c'est sans la moindre vergogne qu'on s'autorise à évoquer, au détour d'une image tendancieuse, les rapports entre les journalistes d'un quotidien du soir et un chef d'Etat en exercice à la verbosité incontrôlable...?

 

photo Manioc tirée de "Les bagnes : histoires, types, murs , mystères", 1845

Brisons là : vous n'y êtes pas du tout ! Le "Gazetier de Hollande", comme est titrée cette image, n'est pas une allégorie de "Un président ne devrait pas dire ça...", ce récent succès éditorial fracassant (2016), même si ici les bonnes manières apparentes et les hauts plafonds voûtés peuvent rappeler les connivences de palais entre puissants et faiseurs d'opinion...

La réalité est bien plus cruelle pour ce journaliste (gazetier, à l’époque) qu'on voit ici extrait d'un cachot situé dans la forteresse du Mont Saint-Michel. La scène, dit-on, se passe sous le règne de Louis XIV, et ce journaliste hollandais était l'auteur d'écrits politiques si impertinents et pleins d'esprit critique contre le roi de France que ce dernier, souverainement agacé, finit, au mépris des frontières, par le faire embastiller d'autorité dans ce charmant coin de Normandie. Le sort de cet infortuné est même comparé à celui du fameux homme au masque de fer, ce prisonnier jamais identifié, victime de l'absolutisme royal et de ses fameuses lettres de cachet.

L'histoire reçoit quelques précisions factuelles, rapportées dans "Les gazettes de Hollande et la presse clandestine aux 17è et 18è siècles" : cet homme, pamphlétaire de son état, a bien été capturé mais en 1745, sous Louis XV. Français publiant en Hollande, il connut effectivement les rigueurs du Mont Saint-Michel pour avoir commis des écrits déplaisant aux puissants. Dans l'un des ses livres, il ose ainsi affirmer : "On ne trouvera point chez [lui] cette basse partialité qui dégrade les ouvrages de ce genre." Un pamphlétaire ne devrait pas dire ça...

POA

Lien vers l'article : http://blog.manioc.org/2016/11/le-gazetier-de-hollande.html

lundi 21 novembre 2016

L'aventurier François-Joseph Laveau

L'aventurier de la Guyane



Cette année, Manioc vous propose tous les mois le portrait d'un explorateur. Pour ce deuxième numéro, nous avons choisi de vous faire découvrir l'aventurier : François-Joseph Laveau. 


Portrait de
François-Joseph Laveau
Passionné par les voyages, le jeune François-Joseph Laveau monte à Paris pour rencontrer le célèbre explorateur Henri Coudreau, dans le but d'intégrer sa prochaine expédition. Ainsi, il embarque pour un voyage de quatre ans en Guyane. Ces années lui permettront de s’aguerrir et de se faire connaitre dans le milieu de l'exploration.
De retour à Paris, le Jardin zoologique d'acclimatation lui propose de ramener des "Indiens Caraïbes" dans le but d'être montré au public lors des "exhibitions ethnographiques". Il repart donc en Guyane, mais il tombe malade et renonce à remonter le Maroni. Il décide alors de recruter des Galibis [Kali'na] et des Arawaks [Lokono] dans les villages alentour. Ainsi une trentaine de personnes (hommes, femmes et enfants) embarquent pour Paris. A leurs arrivées, ils sont parqués dans un enclos. Durant les visites, ils sont contraints de se donner en spectacle. Les mauvaises conditions d'hygiène les affaiblissent, certains tombent malades et d'autres décèdent sur place. La décision est alors prise de les renvoyer en Guyane. En dépit de cet échec, les deux voyages vers la Guyane confortent Labeau : son avenir est là-bas. Fini la vie parisienne, il rêve d'aventures et de faire fortune. 

De retour en Guyane, François-Joseph Laveau ouvre un bazar. Mais il fait faillite, et rentre en France avec femme et enfants. Là-bas, il devient tenancier d'hôtel à Vienne puis à Macon. Mais l'appel de l'or est plus fort. Il retourne dès 1905 à Saint-Laurent en laissant sa famille pour y ouvrir une gargote. 

En 1910, Laveau quitte son commerce pour regagner Paris en faisant des petits boulots. Mais rien n'entrave son rêve de devenir un grand explorateur. C'est ainsi qu'il propose d'organiser une grande mission d'études économiques et géographiques sur le Haut-Maroni auprès de plusieurs ministères. Seul, le Ministère des Colonies lui verse une aide de 3000 francs en 1911. Mais la mission de Laveau est repoussée à plusieurs reprises en 1911 et 1912. Alerté, le Ministère des Colonies ouvre un enquête et constate les mensonges apporté par Laveau lors de la présentation de son projet : il n'est "ni membre fondateur", ni "Lauréat de la Société de Géographie" comme il le prétendait. Ajoutons à cela le portrait peu flatteur que dresse la veuve d'Henri Coudreau. Le Ministère annule donc sa mission en mars 1913 et demande le remboursement intégrale de la somme perçue.

Malgré les recherches de la police, aucun signe de vie de l'explorateur. Il s'était déjà embarqué à bord du paquebot Venezuela en route vers la Guyane, accompagné par son fils et deux anciens militaires :  Louis Doreau et Bournac.
En septembre 1914, une mission Laveau quitte Saint-Laurent en direction des monts Tumuc-Humac. Une mission de deux ans qui se termine tragiquement. En effet, l'équipe perd tout d'abord Doreau emporté par la maladie, et en mai 1915, la pirogue ramenant une partie de l'équipe se renverse. Laveau perd son fils, ses collections, ses notes, ses relevés et l'or récolté. Il est rapatrié à Paris aux frais du Ministère des Colonies. Notons que son voyage sera retranscrit par Gilles Normand dans son ouvrage : Au pays de l'or.
Malgré son humiliation par l'Office colonial, on retrouve les traces de François-Joseph Laveau à Saint-Laurent vers les années 1920, sans-doute pour une nouvelle expédition. Mais, il rentre à Paris, sans le moindre sou et travaille comme employé de commerce. Il décède le 8 avril 1929. 

Retrouvez sur notre blog, les articles sur la thématique des explorations :


Bonne Lecture !
C.P.

Lien vers l'article : http://blog.manioc.org/2016/11/laventurier-francois-joseph-laveau.html

jeudi 10 novembre 2016

Armistice : guerre et paix...


Le 11 novembre est la date commémorant l'armistice de 1918, mettant fin aux combats de la Première Guerre mondiale et accordant un répit de vingt ans à la planète avant le déferlement de la boucherie suivante.

Depuis l'élection du nouveau président américain, certains -allez savoir pourquoi-, se prennent même à évoquer l'hypothèse d'un troisième conflit de mêmes dimensions...A l'adresse de ces incurables défaitistes, Manioc propose en cette veille d'Armistice quelques clins d'œil empreints d'humanité et de fraternité- sans oublier les souvenirs pénibles...

 

Avouons d'emblée notre préférence pour cette scène illustrant l'entente cordiale entre civils et militaires, même si l'arrière-plan ne laisse aucun doute :  ce théâtre n'est pas celui de la Grande Guerre ; il s'agit ici d'un officier militaire ému à l'extrême en reconnaissant un de ses anciens soldats parmi les forçats... (Les bagnes : histoires, mœurs, mystères, 1845)

 


Ce corps-à-corps carcéral n'est pas sans rappeler cette autre relation  fusionnelle entre frères d'armes. Côte à côte, le commandant  Marchand  et le capitaine Baratier en totale harmonie à l'époque des différentes expéditions et missions d'exploration coloniales en Afrique.  Le second est d'ailleurs mort pour la France en 1917 (Histoire des coloniesfrançaises, 1931).










C’est ici l’occasion de convoquer également le souvenir du commandant Mortenol, ancien élève de l'Ecole polytechnique. Comme officier supérieur, ce natif de Guadeloupe prit une part active à la défense antiaérienne de Paris en 1915. Les biographies les plus exhaustives le concernant précisent également qu’il  participa à plusieurs reprises aux campagnes de guerre menées par la France sous la 3ème République dans le cadre de sa politique coloniale, notamment à Madagascar auprès du "pacificateur" Gallieni (image tirée de Contribution de la Guadeloupe à la pensée française, 1936)...


Mais au-delà de l'émotion et des passions mal contrôlées, laissons la parole aux spécialistes...A l’occasion d’une conférence donnée à la BU Martinique en 2016, l’historienne Sabine Andrivon-Milton est revenue sur le cas de ces soldats antillo-guyanais de la Grande Guerre. Regardez la vidéo. !

POA

Lien vers l'article : http://blog.manioc.org/2016/11/armistice-guerre-et-paix.html

mercredi 19 octobre 2016

Focus : Albert Londres

Albert Londres, grand reporter du XXe siècle



Initiateur des grands reportages, Albert Londres travailla dans plusieurs journaux comme L'Excelsior, le Petit Parisien ou Journal. Son ouvrage le plus célèbre "Au Bagne" (1923) dénonce le régime pénitentiaire en Guyane. Grand passionné par les grandes causes humanitaires, il s'intéressa également à la traite des noirs. Retrouvez sur Manioc des ouvrages de ce grand reporter engagé.



Né à Vichy en novembre 1884, Albert Londres fait ses débuts dans le journalisme en 1906 dans le quotidien Le Matin. Réformé, il exerce comme correspondant de guerre. Il se rend à Reims en 1914, témoigne du bombardement de la ville. Il entre ensuite au Petit Journal, dans lequel il va publier de nombreux reportages avant de rejoindre L'Excelsior, qui l’envoie en URSS. En 1922, il se rend au Japon et en Chine et revient avec plusieurs articles qui connaîtront un vif succès. Il voyage également en Inde ou il rencontre Gandhi.

En 1923, il entreprend une grande enquête sur le bagne en Guyane. Il décrit sous plusieurs articles les conditions carcérales de cette "usine à malheur qui travaille sans matrice". Il dresse également les portraits de bagnards, dont celui d’Eugène Dieudonné, un évadé qui clame son innocence. Celui-ci avait été condamné lors du fameux procès de la bande à Bonnot. Albert Londres le fait revenir en France (il était en cavale au Brésil), plaide en sa faveur et obtient sa réhabilitation. Après le bagne en Guyane, il va s'intéresser au bagne militaire, dont il dénonce les abus.

En 1928, Albert Londres décide de s’intéresser au Tour de France 1928. Il parvient également à pénétrer dans l’univers des hôpitaux psychiatriques.
Ensuite le journaliste se rend au Sénégal et au Congo et y dénonce l’esclavage auquel sont soumis les ouvriers noirs sur les chantiers de construction des voies ferrées dans "Terre d'ébène".
C’est en rentrant de Shanghai, en 1932, où il était allé enquêter sur les "triades" chinoises et les réseaux de trafiquants, qu’Albert Londres trouve la mort dans l’incendie du paquebot Georges-PhilipparLe prix Albert Londres, crée par sa fille, perpétue encore sa mémoire et les valeurs du journalisme qu'il a toujours véhiculé. Ce prix couronne le meilleur reporter de l’année en presse écrite depuis 1933 et audiovisuelle depuis 1985.

"Notre métier n’est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie".
Albert Londres (1884-1932)

Ouvrages en ligne sur Manioc.org

Vidéo

Retrouvez sur le blog, un focus spécial sur le Bagne, regroupant tous les documents (vidéos, ouvrages anciens, articles, images) liés à cette thématique.

Bonne lecture !
C.P.


Lien vers l'article : http://blog.manioc.org/2016/10/focus-albert-londres.html