vendredi 14 septembre 2018

Manioc et « l’art du partage »



Quand le numérique favorise l’accès libre à la connaissance. 


Cette semaine Manioc profite des Journées européennes du patrimoine pour évoquer sa mission de partage du patrimoine.



La 35e édition des Journées européennes du patrimoine se déroule les 15 et 16 septembre 2018 sur le thème de « l’art du partage ». Le partage, c’est le fondement même de l’existence de Manioc. Depuis 2006, notre plateforme de contenu numérique enrichit ses collections de livres anciens et rassemble des documents textuels, sonores, iconographiques concernant l'histoire culturelle, sociale, économique ou politique du bassin Caraïbe. 

En 2015, Manioc organisait des journées « patrimoine en partage » en Guadeloupe, Guyane et Martinique, pour réunir des acteurs du patrimoine culturel et inviter à découvrir les collections numérisées sur la Guyane, l'Amazonie et la Caraïbe. 
 

Manioc vous invite à (ré)écouter les échanges qui se sont déroulés en mai 2015 à la Martinique entre Anny Désiré (conseillère livre et lecture Direction des affaires culturelles), Sylvain Houdebert (Directeur des bibliothèques de l'université des Antilles), Emmanuel Nossin (Président de TRAMIL, programme sur l'usage des plantes médicinales), Olivier Dehoorne (Directeur de la revue Études caribéennes), Dominique Ozonne (Responsable du fonds ancien de la bibliothèque Schœlcher), Dominique Rogers (Maître de conférence en histoire), Olivier Largen (Banque numérique des patrimoines martiniquais). 

Pour le ministère de la Culture, les Journées européennes du patrimoine sous ce thème de « l’art du partage » visent à « mener une réflexion sur ce que les éléments du patrimoine national présentent de commun, et de spécifique par rapport au reste du patrimoine » d’un espace plus large. C’est exactement ce que peuvent permettre les dizaines de milliers de documents rassemblés par Manioc et accessibles librement pour tous les curieux, passionnés et professionnels de l’histoire et du patrimoine culturel.
Manioc vous souhaite de belles Journées européennes du patrimoine !




En savoir plus sur Manioc et la Journée "Patrimoine en partage"

Présentation de Manioc.
Article de la bibliothèque universitaire sur la journée Patrimoine en partage.
Présentation des journées « Patrimoine en partage » sur le bloc Manioc en Martinique le mardi 5 mai 2015, en Guadeloupe lundi 18 et mardi 19 mai 2015  et en Guyane mardi 2 et mercredi 3 juin 2015.

Papier d'introduction de Patrick Odent-Allet pour la journée Patrimoine en partage. rencontre avec les acteurs de la bibliothèque numérique Manioc  et la Captation de la journée Patrimoine en partage : rencontre avec les acteurs de la bibliothèque numérique Manioc.

En savoir plus sur les Journées européennes du patrimoine 2018

Programme JEP2018 de Guadeloupe, de Guyane, et de Martinique.

J.P.

Lien vers l'article : http://blog.manioc.org/2018/09/manioc-et-lart-du-partage.html

mercredi 5 septembre 2018

Focus sur l'immigration en Guyane après l'esclavage

Madériens, Africains, Indiens, Chinois, Antillais, Européens... Des quatre coins du monde vers la Guyane



Gravure tirée de l'ouvrage
"La Guyane française : notes et souvenirs..."
Cette semaine Manioc vous propose un focus sur l'immigration guyanaise entre 1848, date de l'abolition de l'esclavage, et 1946, veille de la départementalisation.

Au lendemain de l'abolition de l'esclavage une politique migratoire est organisée par la France. En effet, pour préserver leurs plantations, les planteurs prônent l'introduction de travailleurs étrangers comme main d'œuvre afin de remplacer le départ des nouveaux libres qui ont quitté les habitations de roucou et/ou de canne à sucre.


Les premiers immigrés à arriver en Guyane en 1849 sont les Madériens, ressortissants portugais, déjà installés en Guyane britannique (actuel Guyana). La promesse d'une prime de 200 F et d'un supplément de 50 F par enfant permet à 202 Madériens de débarquer dans la colonie entre octobre 1849 et 1850. Mais ce flux d'immigrés s'amenuise suite à la diminution des primes accordées, ramenées à 75 F. En dépit de cette première immigration, le manque de main d'œuvre est toujours aussi important. La trouvant trop chère, les propriétaires préfèrent se tourner vers une organisation d'immigrants Africains. Ceux-ci arrivent à la colonie à partir de 1854. Elle s'établit en 2 phases : la première est composée de 1114 libres africains recrutés entre 1854 et 1857 (ils étaient originaires du littoral du golfe de Guinée) ; la seconde de 714 "captifs" (c'est-à-dire des travailleurs qui au moment de leur recrutement étaient prisonniers ou esclaves) recrutés entre 1858 et 1859, tous originaires de la région du littoral gabonais. Notons que les captifs étaient rachetés et affranchis moyennant un contrat de travail de 10 ans.


Les conditions d'immigration dans la colonie guyanaise : 
  • L'immigrant devait avoir connaissance des conditions du contrat d'engagement.
  • Il était conduit vers la colonie aux frais du Trésor public ou de la caisse locale d'immigration.
  • Il devait être immatriculé et enregistré par le commissaire à l'immigration.
  • Il était obligatoirement soumis aux contrôles sanitaires puis confié à un "engagiste".
  • L'engagé et "l'engagiste" signaient un contrat d'engagement pour une durée de 5 à 7 ans. Au terme du contrat, il pouvait opter pour son rapatriement aux frais de la colonie, soit un réengagement lui donnant droit à une prime.
  • Le contrat limitait la durée de la journée de travail à 9h30. Un livret permettait de contrôler la régularité de leur condition de travail et de leur déplacement dans la colonie.
Illustrations de vagues migratoires successives en Guyane (de g. à d.) : missionnaire catholique Français, famille d'esclaves, bagnard et couple d'Indiens (Inde). Source : Manioc. 

Cet engagement n'était pas "idyllique", de nombreuses failles et infractions sont à noter : mauvaise connaissance des conditions d'engagement par les immigrés (surtout concernant la durée d'engagement), problèmes d'affectations, clauses du contrat non respectée ... Leur sort est très difficile, car en plus de la durée de contrat de travail, ils étaient débiteurs de la somme versée pour leur prétendue libération, à savoir un quart de leur salaire prélevé tous les mois. Par exemple, les travailleurs africains n'avaient pas de droits civils ni civiques durant leur durée d'engagement. Pour se marier, il leur fallait l'aval du gouverneur. Progressivement cette immigration africaine est dénoncée dans les milieux abolitionnistes européens, notamment en Angleterre qui la considère comme une suite de l'esclavage en Afrique. Ainsi, sous la pression anglaise, Napoléon III interdit cette immigration à partir de 1862.

En échange de l'arrêt de l'immigration Africaine, Napoléon III signe un traité avec l'Angleterre, autorisant les français à engager des travailleurs indiens. Auparavant les engagements d'Indiens se déroulaient aux comptoirs français de Pondichéry et de Karikal. La première vague d'immigrants arrive en Guyane de 1856 à 1861, comptabilisant 1834 indiens. La seconde vague d'immigrés arrive entre 1864 et 1871.  Alors que le contrat stipulait qu'ils seraient exclusivement employés aux travaux agricoles, beaucoup d'Indiens furent astreints dans les exploitations de mines d'or.
"Dès leur arrivée en Guyane, ils étaient acheminés vers les placers. Trompés, ils ne pouvaient plus repartir. Beaucoup d'entre eux, découragés,, avec le mépris de la vie et de la douleur [...] se suicidaient facilement. Pour éviter de travailler dans les conditions d'exploitation aussi atroces, ils se faisaient souvent des écorchures sur lesquelles ils appliquaient pendant plusieurs heures une pièce de monnaie, trempée dans de l'eau salée. Avec un éclat de bois, ils élargissaient encore la plaie [...] ;  ou bien ils se rendaient aveugles en s'introduisant une solution de chaux sous la paupière.  Dans de telles conditions, dysenterie et fièvres diverses faisaient aisément des ravages. (in Jude Sahai, De l'immigration tamoule à la Guyane, Carbet : revue martiniquaise de sciences sociales, n° 9, 1989, p. 106)."
Illustrations de vagues migratoires successives en Guyane (de g. à d.) : groupe stylisé d'explorateurs Européens et d'Indiens, une Cayennaise d'origine hindoue et une Cayennaise en toilette. Source : Manioc.

On comptabilise environ une vingtaine de convois d'Indiens vers la Guyane. Cette immigration vers la Guyane s'est interrompue à partir du 12 juillet 1877 lorsque le gouvernement de l'Inde s'alarma du taux de mortalité élevé et des mauvaises conditions de travail. On compte plus de 4000 Indiens morts dans la colonie en l'espace de 20 ans.  
"[...] après l'abolition de l'esclavage, les immigrants tamouls furent en définitive affectés essentiellement dans les mines d'or où ils furent décimés dans la plus totale indifférence des autorités coloniales. [...] syphilis, paludisme, dysenterie et béri-béri ont été les causes principales de mortalité. Surexploités par les engagistes, les travailleurs Indiens n'intégraient l'hôpital que quand ils n'étaient plus d'aucun rendement, c'et-à-dire le plus souvent pour y mourir." (iJude Sahai, De l'immigration tamoule à la Guyane, Carbet : revue martiniquaise de sciences sociales, n° 9, 1989, p. 107).


L'immigration chinoise, elle, débute en août 1856 mais ne répond pas aux besoins en main-d'œuvre agricole des propriétaires car la majorité des Chinois sont artisans. Notons également une immigration de Martiniquais au début du XXème siècle suite à l'éruption de la Montagne Pelée. En effet, le gouverneur de la Guyane espérait faire venir près de 20 000 Martiniquais pour occuper la région de Kourou. Ce projet n'aboutit qu'imparfaitement : environ 600 insulaires seulement vinrent s'installer en Guyane.


"Mines d'or"
Avec la découverte de l'or en 1855, l'orpaillage devient la principale activité économique de la colonie guyanaise. Une activité qui est demandeuse en main-d'œuvre. Cette main d'œuvre spontanée venait des Antilles françaises, de Sainte-Lucie, de la Dominique, du Brésil et d'Europe. 


Face à cette immigration spontanée, il ne faut pas oublier celle du bagne. En effet, l'histoire de la Guyane est étroitement liée à celle du bagne. Elle accueille les premiers proscrits de la révolution. Puis le second Empire et la troisième république y envoyèrent leurs exclus : condamnés politiques ou de droits communs. De 1852 à 1918, la Guyane reçoit 1852 déportés dont le plus célèbre le capitaine Dreyfus. Notons que l'année 1852 marque aussi le débarquement de milliers de transportés.  En effet, selon la loi du 30 mai 1854, les peines de travaux forcés sont désormais purgées dans une colonie. Par exemple, les condamnés à moins de 8 ans de travaux forcés étaient tenus à la fin de leur peine de résider dans la colonie durant un temps égal à celui de leur condamnation : c'est ce qu'on appelait le doublage. Et si leur peine était supérieure à 8 ans, ils devaient résider à vie dans la colonie. C'est ainsi, qu'apparut en Guyane la population des "libérés". Ajoutons à cela la population carcérale qui purgeait déjà leur peine en France et qui arrivait en Guyane (ou Nouvelle-Calédonie) la finir (phénomène appelé "transportation"). Ce flux constant d'hommes venant des prisons françaises ou des autres colonies vinrent gonfler le nombre de l'immigration pénale. 


Ainsi l'abolition de l'esclavage bouleversera en profondeur le système économique guyanais tant les besoins en main d'œuvre étaient importants et récurrents. Malgré le recours à l'immigration, celle-ci ne parvint pas à répondre à la nécessité économique de la colonie, mais recomposa la société guyanaise en une société plurielle et multiculturelle. Ainsi à la veille de la départementalisation, la Guyane compte une population cosmopolite.

Cette diversité ne doit cependant pas masquer la réalité : ces vagues successives ne sont que le reflet de l'échec du peuplement de la Guyane. Une grande partie de ces populations n'ont pas fait souche et ont préféré retourner dans leur pays d'origine, tandis qu'une autre partie a été emportée par la mortalité élevée qui caractérisa pendant longtemps la démographie de la colonie.


"Vue de Cayenne"

Livres anciens sur Manioc.org :

Sur le catalogue collectif des périodiques Caraïbe - Amazonie :

  • Jude Sahai, De l'immigration tamoule à la Guyane, Carbet : revue martiniquaise de sciences sociales, n° 9, 1989, p. 101-108.

Pour aller plus loin : 


Bonne lecture !
C.P. et X.H.


Lien vers l'article : http://blog.manioc.org/2018/09/focus-sur-limmigration-en-guyane-apres.html

jeudi 28 juin 2018

La Guyane à l'épreuve de la chambre noire de Vano

Vano Coupra témoin de son temps

Lors de la 4e édition des Rencontres photographiques de Guyane en novembre 2015, un hommage a été rendu au photographe Vano Coupra. Cette célébration a consacré la dimension patrimoniale de ce travail photographique. 
L'Université de Guyane n’a pas manqué, à cette occasion, de participer à cette célébration en proposant à la communauté universitaire et à tous les curieux une conférence de l'historien Serge Mam Lam Fouck intitulée Sous l'éclairage de Vano, 30 années en Guyane.
En 2016, le Service patrimoine de la municipalité de Saint-Laurent du Maroni, conjointement avec l'association "La tête dans les images", firent de même en proposant une exposition rétrospective sous le titre Résonances guyanaises années 70, 80, 90.



La chambre noire de Vano : une histoire charnelle de la Guyane 

A l'occasion de la toute récente disparition de Vano
Coupra, la bibliothèque numérique Manioc souhaite donc contribuer à son tour à la diffusion de ce patrimoine guyanais en vous invitant à visionner l'intervention de Serge Mam Lam Fouck et à découvrir, au travers de l’œuvre de Vano, une histoire (individuelle et collective), des traditions (locales et nationales), une mémoire (notamment familiale) rendue visible en vue de sa transmission, une réalité charnelle et sensible en somme qui s’est donnée à voir dans l’atelier du photographe.


Pour aller plus loin

  • Luiz Eduardo Robinson Achutti, L'homme sur la photo : manuel de photo-ethnographie 
  • Véronique Hébrard (coord.), L'image comme source pour les sciences humaines 
  • Gisèle Freund, Photographie et société

C.B.




Lien vers l'article : http://blog.manioc.org/2018/06/la-guyane-lepreuve-de-la-chambre-noire.html

mardi 26 juin 2018

Invasions de sargasses ? Une vieille affaire !

L'arc antillais régulièrement confronté à des échouages massifs de sargasses sur les côtes 

Au-delà des questions sanitaires, écologiques et économiques que ces événements induisent, Manioc revient sur les précédents historiques où les algues terrorisaient déjà les marins qui les ont entourées de toute une mythologie.
Source : Manioc

S'aventurer en haute mer, de même qu'à l'intérieur des masses continentales (Afrique équatoriale, Amazonie et Andes, déserts d'Asie centrale), a longtemps été réservé à quelques-uns dont les témoignages n'engageaient que leur bonne foi. D'où une réserve quasi-inépuisable de demi-vérités, de légendes, de contrefaits et de mythes tenaces. Tout le monde, ou presque, connaît par exemple les dangereuses Amazones qui auraient été aperçues le long du fleuve éponyme. Mais, parfois, ces racontars prennent corps. C'est le cas des sargasses dont la mer semble être connue depuis la plus haute Antiquité :
« De même que les anciens parlaient des terres transocéaniques où peut-être les Phéniciens, les Grecs, les Carthaginois et les Arabes avaient abordé, ils parlaient de la mer d'herbe et de la mer coagulée, qui, elle, avait été sûrement vue par des navigateurs de ces nationalités. Dans le Périple de Scylax de Caryande composé probablement au temps de Darius Ier, il est dit « qu'on ne peut naviguer au delà de l'île de Cerné, car la mer est embarrassée par de la vase et des herbes ». Les Carthaginois de Gadès, naviguant au delà des colonnes d'Hercule et poussés par un vent d'Est, constatent que la mer est pleine de varech et y trouvent des thons en abondance qui, salés et enfermés dans des vases, sont expédiés à Carthage. 
Le Carthaginois Hamilcon, dont le voyage est raconté par Festus Avienus, dit que dans l'Ouest et le Nord-Ouest de l'Atlantique il y a des « algues nombreuses au-dessous des flots qui, par entrecroisement, forment mille obstacles. Aucun souffle ne pousse le navire en avant. Les flots restent immobiles et paresseux. Des algues sont semées en quantité innombrable sur l'abîme, et souvent elles arrêtent la marche des vaisseaux qu'elles retiennent comme avec des joncs ». Avienus ajoute que ces algues diminuent la violence des vagues, effet plusieurs fois confirmé dans la suite et qui a dû contribuer à la croyance de la mer stagnante et gluante. Strabon constate comme les Carthaginois de Gadès et; plus tard, Christophe Colomb, l'abondance des thons dans ces parages, et attribue la graisse très estimée de ces poissons à leur nourriture provenant « d'un chêne dont les racines sont au fond de la mer et dont le feuillage porte de gros fruits ». Théophraste écrit que l'algue croît dans la mer qui s'étend au delà des Colonnes d'Hercule et atteint des proportions gigantesques. Il distingue le fucus des côtes du fucus du large, c'est-à-dire la sargasse. 
En ce qui concerne les premiers siècles de l'ère chrétienne, Jornandès, historien des Goths, dit que si les régions lointaines de l'Océan ne sont pas connues, c'est parce que « les algues arrêtent la marche des vaisseaux et que les vents n'ont pas de force ». Mais les Arabes, grands et habiles navigateurs, voguaient sur la « Mer Ténébreuse » ; le géographe Edrisi a conservé le récit des huit Arabes, tous de la même famille, qui partis d'Aschbona (Lisbonne) à une époque antérieure à 1147, naviguèrent dans une mer « épaisse », au large des Açores et au travers des herbes marines. Au XIIIe et au XIVe siècles, tous les navigateurs qui vont à la recherche d'Antila, des Sept Cités, de toutes les îles de Saint-Brandan, parlent des herbes qui recouvrent la mer à l'Ouest des Açores, leur point de départ habituel, et ce sont évidemment ces herbes qui entretenaient la croyance de la proximité de la terre. »
Jean Baptiste Etienne Charcot, Christophe Colomb vu par un marin, p. 117-129
Carte de tous les itinéraires de Cristophe Colomb dans leurs rapports avec la mer des Sargasses, Source : Manioc

Autant de précédents que confirmera Christophe Colomb dans son carnet de bord. Au cours de son premier voyage aller, est noté à l'entrée du 16 septembre que là « on commença à voir de très nombreuses touffes d'herbes très vertes qui semblaient, selon l'Amiral, s'être détachées depuis peu de la terre, ce pourquoi tous jugeaient qu'ils étaient près de quelque île ». Le lendemain, « à l'aube de ce lundi, ils virent encore plus d'herbes qui semblaient des herbes fluviales ; et, au milieu d'elles, ils trouvèrent un
Source : Manioc
crabe vivant que garda l'Amiral, disant que c'était là un signe certain de terre  »
. Mais c'est le 21 septembre qu'
« ils trouvèrent tant d'herbe sur la mer qu'elle en semblait caillée, et elle venait de l'ouest [...]. Pendant une partie [du lendemain], il n'y eut plus d'herbe, ensuite elle réapparut, très épaisse ». Ce qui ne manqua pas d'effrayer les marins. Colomb note au 23 septembre :  « Comme la mer était tranquille et étale, l'équipage murmurait et disait : puisqu'en ces parages il n'y avait pas de grosse mer, jamais il n'y aurait de vent pour retourner en Espagne. »

Une crainte qui, on l'a vu, vient de loin et qui va se prolonger encore longtemps, au point de faire des sargasses le moteur d'un contre-courant. Ainsi, selon Le grand routier de mer publié en 1619 : « depuis l'herbe Sargasso le vent est toujours Nord Est, & les courants ont leur flux vers les Antilles qui sont devant la Nouvelle Espagne, qui est la cause pourquoi les navires multiplient si peu en leur cours depuis ladite herbe Sargasso: & si les courants viennent à rencontrer les navires en ce cours, il advient bien qu'ils soient poussés à rebours du vent mais rarement » (p. 15). Circonspect, l'auteur note la rareté du phénomène, sans doute pour ne pas l'avoir lui-même expérimenté, mais la mer des Sargasses s'entache d'une mauvaise réputation. Les nombreux îlots, écueils, bas-fonds et brisants indiqués sur les cartes des XVIIe et XVIIIe siècles, entre l'archipel des Açores et les Antilles, se trouvent encore sur des atlas du XIXe siècle. En 1802, les Espagnols signalent toujours des brisants, des vigies et des écueils dans cette partie de l'océan Atlantique jusque vers 1860. Ce n'est qu'avec les expéditions scientifiques au tournant du XXe siècle que tombent les dernières incertitudes, notamment sur la question de la profondeur qui rend impossible tout haut fonds.


Source : Manioc


Pour aller plus loin :
X. H.

Lien vers l'article : http://blog.manioc.org/2018/06/invasions-de-sargasses-une-vieille.html

samedi 2 juin 2018

Coopération Caraïbe : les bibliothèques et l'open access

Rendez-vous à Santo Domingo du 3 au 7 juin 2018 pour le 48e congrès ACURIL !

Annonce de la tenue du congrès en République dominicaine
Les professionnels des bibliothèques, de la documentation, des archives et des musées de la Caraïbe se retrouvent cette année à Santo Domingo en République dominicaine autour de la question du libre accès. Plein feux sur un programme captivant annonciateur de riches échanges ! Vous souhaitez participer ? Consultez le site internet du congrès pour connaître les modalités pratiques.
Le blog profite également de l'événement pour mettre à l'honneur les collections en libre accès de la bibliothèque numérique Manioc sur la République dominicaine.

Le développement du libre accès pour un accès plus équitable aux ressources culturelles, patrimoniales et scientifiques de la Caraïbe

L'équipe de la bibliothèque numérique Manioc ne pouvait que se réjouir que la présidente 2017-2018 d'ACURIL, Kumaree Ramtahal, choisisse le libre accès comme thème majeur de ce congrès annuel. Au-delà des sombres récupérations dont le concept est aujourd'hui victime -d'ailleurs abordées lors de ce congrès-, les mouvements pour le libre accès sont fondés sur la volonté d'un accès plus équitable aux ressources culturelles, patrimoniales et scientifiques. Les Antilles et la Guyane françaises ont très tôt pris position en faveur du libre accès en signant l'initiative de Budapest puis en créant la bibliothèque numérique Manioc pour impulser des dynamiques régionales (numérisation, création de revues en open access, bases de données spécialisées..) et fédérer les ressources des entrepôts scientifiques en libre accès comme HAL Antilles et HAL Guyane. Au-delà d'une meilleure accessibilité -préoccupation historique des bibliothèques-, ces mouvements ont favorisé la production de ressources plurielles en lien direct avec les problématiques des territoires de la Caraïbe et de l'Amazonie.
 

ACURIL 2018 : demandez le programme !

Autour du thème principal, le libre accès, les participants à ACURIL pourront :
  • Découvrir des ressources en libre accès d'une grande diversité sur la Caraïbe  : plateforme de revues universitaires comme DOAJ, entrepôts de publications scientifiques nationaux ou thématiques, bibliothèques numériques spécialisées comme la Bibliothèque virtuelle de Santé, livres audio pour les enfants, ressources pédagogiques...
  • Réfléchir à partir de retour d'expériences locales issues de très nombreux territoires de la Caraïbe, de secteurs, disciplines et thèmes éclectiques : services de référence, formation des usagers et personnels...
  • Partager les réflexions autour de projets en cours.
    A noter à ce propos, la présentation d'Isabelle Mette sur la préservation des archives littéraires dans la Caraïbe. Récemment arrivée à la direction de la Bibliothèque universitaire du campus de Schoelcher en Martinique, Isabelle Mette est responsable du programme COLLEX-Caraïbe (Collection d'excellence pour la recherche) pour les bibliothèques de l'Université des Antilles. Le développement des archives littéraires est un axe majeur de ce programme COLLEX-Caraïbe. Le volet diffusion numérique en libre accès sera assuré par la bibliothèque numérique Manioc. A suivre donc... De belles surprises en perspective pour les lecteurs et internautes...
ACURIL 2018 fait également une large place à la question des catastrophes naturelles. Les territoires de la Caraïbe ont été particulièrement affectés par les ouragans Irma et Maria. Le programme du congrès prévoit :
  • un après-midi placé sous le signe de la solidarité avec les bibliothèques touchées par les ouragans : témoignages, échanges, rencontres...
  • des interventions en plénière et ateliers pour mieux se préparer à faire face aux catastrophes naturelles, avant, pendant et après. Préserver et sauvegarder les personnes mais aussi les collections qui constituent un patrimoine essentiel pour les populations actuelles et les générations à venir.
Consultez le programme du congrès ACURIL en ligne (fr)
Téléchargez l'application (en espagnol ou en anglais uniquement). 

Sélection documentaire Manioc : République dominicaine 

Conférences filmées :

Quelques ouvrages anciens
Bon congrès à tous !

AP

Lien vers l'article : http://blog.manioc.org/2018/06/cooperation-caraibe-les-bibliotheques.html