mercredi 10 octobre 2018

Cuba et la Guerre de 10 ans [1868-1878] : la première indépendance ?

La "guerra de los diez años", dix ans d’insurrections anticoloniales et antiesclavagistes.


Il y a 150 ans jour pour jour, un épisode majeur de l’histoire cubaine débutait : le 10 octobre 1868, Carlos Manuel de Céspedes, riche propriétaire terrien, libérait et armait ses esclaves en les invitant à combattre à ses côtés ; il marquait ainsi le début officiel d’une guerre anticoloniale contre l’Espagne.

10 octobre 1868, le Cri de Yara
Carlos-Manuel Cespedes
source Manioc
Dans la première moitié du XIXe siècle, l’Espagne perdit une importante partie de son empire après la proclamation des républiques aux Amériques latines en 1821 ; elle reporta alors d’autant plus son attention sur Cuba tant pour son intérêt économique que pour nourrir la conscience nationale du pays. Mais sur l’île, le renforcement du pouvoir militaire, l’augmentation fiscale et l’échec de réformes politiques en cours contribuèrent à développer un mouvement anticolonialiste. C’est ainsi que le 10 octobre 1868, Carlos Manuel de Céspedes, propriétaire à Bayamo, ayant suivi des études de droit à Barcelone, réunit ses esclaves sur sa propriété, les affranchit, proclama l’indépendance et la lutte pour "Cuba libre" et prit la tête de l’insurrection. L’indépendance était le point principal du programme, mais Céspedes prônait aussi la suppression de l’esclavage.

Comme d’autres Cubains de la région de Manzanillo, Céspedes appartenait à un groupe qui s’était mué en une loge maçonnique. La rébellion avait ainsi été préparée discrètement et de longue date. Les troupes composées de paysans pauvres et d'esclaves libérés marchèrent victorieusement sur Yara, Jiguaní et Bayamo dans l’est de l’île, dirigées par des propriétaires terriens comme Céspedes ou Francisco Aguilera.

Ce n’est pas étonnant que les hostilités aient démarré dans cette partie de l’île. L’est subissait fortement la crise économique et le durcissement de la politique fiscale. Les esclaves y étaient moins nombreux que dans l’ouest et la population libre de couleur plus importante. Aussi contrairement à l’Ouest cubain, l’esclavage ne constituait pas un pivot aussi central de l’économie et la peur d’une révolte servile à l’image de celle d’Haïti était moins prégnante. 
La révolte s’étendit ensuite à l’ouest, vers Camagüey, menée notamment par deux hommes issus de riches familles de planteurs, Salvador Cisneros Betancourt et Ignacio Agramonte rejoints par Manuel de Quesada. Dans l’ouest de l’île fortement dépendant du travail servile et qui avait connu un bond économique dans la première moitié du XIXe siècle, le mouvement anticolonialiste et abolitionniste fut moins bien accueilli. Le faible soutien des élites terriennes contribua à la radicalisation du mouvement ; les insurgés libérèrent de force les esclaves pillant et incendiant les plantations sur leurs passages. À partir de novembre 1868, la réaction de l’armée espagnole empêcha une plus grande progression du mouvement anticolonialiste.

10 avril 1869, la Constitution de Guáimaro

Les insurgés se constituèrent en comités locaux, le plus important, Bayamo, devint le siège du gouvernement insurrectionnel. La constitution de Guáimaro faisait de Cuba une république indépendante de l’Espagne et elle était basée sur le principe de division des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire. Céspedes fut élu en avril 1869 président de la République, tandis que Aguilera, Izaguirre, Mendoz et Agramonte devenaient secrétaires d’états (à la Guerre, à l’économie, de l’intérieur, des relations internationales). La constitution prévoyait en outre que ses habitants étaient tous libres. Cette affirmation de l’égalité de tous les hommes s’accompagna de la nomination de Blancs créoles, d’Espagnols et de personnes de couleur libres à des postes municipaux. 

Quelques figures de l'insurrection cubaine

Ignacio Agramonte
Francisco Aguilera
Máximo Gómez
Manuel de Quesada

 Mais très vite, l’hésitation fut de mise au sujet de la libération des esclaves. La crainte que la rébellion anticoloniale se mût en une guerre "raciale" des Noirs contre les Blancs fut présente tant chez l’ennemi espagnol qu’au sein du mouvement insurrectionnel. De fait, pour lutter contre les insurgés, les forces espagnoles agitèrent le spectre de la révolution haïtienne propageant la peur d’une guerre "de race" et invitèrent la population lassée à choisir plutôt la paix sous l’empire espagnol. Ajoutez à cette peur, la faim, les pénuries et les destructions. Au fil du temps, le moral des troupes révolutionnaires s’en ressentit ; les désertions et les redditions d'insurgés se multiplièrent. 


10 février 1878, le pacte de Zanjón
Antonio Maceo.
Nació el14 de julio 1845 -
Murió el 7 de diciembre de 1896
source Manioc
La république perdura 10 ans. Mais la trop grande division des pouvoirs qui entravait son bon fonctionnement, la crainte que la révolution indépendante ne devienne une révolution de couleur, la force tactique du général Campos nommé gouverneur de Cuba par le roi espagnol à partir de 1876 acheva la jeune république. En février 1878, un pacte vint officialiser une paix entre les deux camps, sans indépendance et sans abolition pour les révolutionnaires.

Certains des insurgés refusèrent de reconnaître le traité. Ce fut le cas notamment d’Antonio Maceo, homme de couleur né de petits exploitants libres. Promu général de l’armée de libération cubaine pendant la guerre, Maceo refusa catégoriquement la paix sans abolition dans sa Protesta de Baragua le 15 mars 1878. Il lutta quelques mois encore avant de devoir quitter l’île.

Même si cette première tentative se solda par la défaite des indépendantistes cubains, la guerre de Dix ans ne fut pas sans conséquence politique et elle transforma profondément les relations sociales. Le maintien de l’esclavage fut vécu comme une injustice sociale contre l’autorité espagnole et cela nourrit les désirs indépendantistes. Dans le même temps, l’émancipation de 16000 esclaves qui avaient participé aux insurrections engagea Cuba vers la voie de l’abolition totale et définitive qui intervient dans les faits en 1887.


Livres anciens sur Manioc.org

 Pour aller plus loin

  J.P.


Lien vers l'article : http://blog.manioc.org/2018/10/cuba-et-la-guerre-de-10-ans-1868-1878.html

lundi 24 septembre 2018

Oktob' rivé...

Octobre, mois du créole

Manioc et la BU des Antilles apportent leur contribution au Mois du créole 2018...


Depuis 1983, octobre est, partout dans le monde, le Mois du créole. Un seul chiffre suffit à donner une portée internationale à cet élément du patrimoine culturel immatériel célébré chaque année : il existe aujourd’hui de par le monde près de 20 millions de créolophones à base lexicale française. Très actifs dans la célébration de cet événement, les créolophones du Canada nous livrent, sur un site Internet dédié, moult informations éclairantes, comme par exemple l'origine de ce "Créole Day" reconnu et parrainé par l'UNESCO.

La bibliothèque universitaire du campus de Schoelcher, selon une tradition bien établie et fort courue, contribue au Mois du créole a sa manière en accueillant dans ses murs le "Festival Contes et Musique dans la cité", qui fête cette année sa 12ème édition. Selon l'usage adopté par ce festival, l'affiche réunit conteurs créolophones et francophones. Mardi 9 octobre à 18h45, Jean-Claude DUVERGER et ROBERT SEVEN-CROWS BOURDON se partageront ainsi les honneurs du plateau. Le premier, conteur et comédien martiniquais, est une figure réputée de la vie culturelle de notre territoire. "Quand je suis devenu un « diseur de contes », j’ai voulu les mettre  surtout  au service des miens. J’ai dit ce que je voulais dire à travers ce que l’on appelle maintenant le conte contemporain ou le conte social. J’ai choisi de conter la réalité...", dit-il. Le deuxième, pour sa part, puise dans l'imaginaire métissé de sa double culture acadienne et amérindienne la force de ses contes et légendes qu'il accompagne au tambour ou à la guitare. "Pour les Premières Nations, le conte a toujours été la fondation orale de la transmission de la culture", souligne-t-il. Plus d'informations sur cette soirée sur le site de la BU.

Parmi les ressources en créole dans Manioc, signalons "Mé Papa Galmot nous", chant de soutien fervent composé par les partisans de Jean Galmot. Mais qui était ce Galmot qui suscita un tel élan d'inspiration vernaculaire ?

in Affaire Galmot, 1928
Aventurier et homme d'affaires français aux valeurs humanistes et progressistes, élu député de la Guyane en 1919, son ascension politique, aiguisant les haines de ses adversaires, se fracassa sur "l'Affaire des rhums" -une imputation d'escroquerie autour du commerce des rhums fournis à l'armée qui, après sa détention dans une prison française, se solda par un non-lieu. La ferveur autour de cet homme politique qui dérangea quelques intérêts établis dans cette Guyane dont il s'était éprise, culmina au moment de "l'Affaire Galmot". A la suite de l'épisode des rhums rapporté plus haut, Galmot tenta un retour en politique en Guyane à la faveur d'élections législatives mais mourût brutalement dans des circonstances suspectes, pour le plus grand bénéfice de ses adversaires. A l'issue des violences qui marquèrent, à Cayenne, l'annonce du décès, des émeutiers furent jugés en métropole, puis acquittés, avec comme avocat le jeune Gaston Monnerville qui fit de ces assises un procès politique : celui du colonialisme...

Outre ce chant en créole, cette affaire suscita une large production de tracts, papiers de propagande, écrits officiels ou militants recensés dans le dossier Affaire Galmot accessible sur Manioc. Le portail de revues scientifiques en accès libre OpenEdition, présente un extrait d'ouvrage, intitulé "Jean Galmot guyanais", qui complètera vos connaissances sur ce personnage singulier.

Pour accompagner ce Mois du créole 2018, nous vous proposons en outre, ci-dessous, une sélection de vidéos disponibles sur le site de votre bibliothèque numérique préférée. Manioc, i bon memm !



POA



Lien vers l'article : http://blog.manioc.org/2018/09/oktob-rive.html

vendredi 14 septembre 2018

Manioc et « l’art du partage »



Quand le numérique favorise l’accès libre à la connaissance. 


Cette semaine Manioc profite des Journées européennes du patrimoine pour évoquer sa mission de partage du patrimoine.



La 35e édition des Journées européennes du patrimoine se déroule les 15 et 16 septembre 2018 sur le thème de « l’art du partage ». Le partage, c’est le fondement même de l’existence de Manioc. Depuis 2006, notre plateforme de contenu numérique enrichit ses collections de livres anciens et rassemble des documents textuels, sonores, iconographiques concernant l'histoire culturelle, sociale, économique ou politique du bassin Caraïbe. 

En 2015, Manioc organisait des journées « patrimoine en partage » en Guadeloupe, Guyane et Martinique, pour réunir des acteurs du patrimoine culturel et inviter à découvrir les collections numérisées sur la Guyane, l'Amazonie et la Caraïbe. 
 

Manioc vous invite à (ré)écouter les échanges qui se sont déroulés en mai 2015 à la Martinique entre Anny Désiré (conseillère livre et lecture Direction des affaires culturelles), Sylvain Houdebert (Directeur des bibliothèques de l'université des Antilles), Emmanuel Nossin (Président de TRAMIL, programme sur l'usage des plantes médicinales), Olivier Dehoorne (Directeur de la revue Études caribéennes), Dominique Ozonne (Responsable du fonds ancien de la bibliothèque Schœlcher), Dominique Rogers (Maître de conférence en histoire), Olivier Largen (Banque numérique des patrimoines martiniquais). 

Pour le ministère de la Culture, les Journées européennes du patrimoine sous ce thème de « l’art du partage » visent à « mener une réflexion sur ce que les éléments du patrimoine national présentent de commun, et de spécifique par rapport au reste du patrimoine » d’un espace plus large. C’est exactement ce que peuvent permettre les dizaines de milliers de documents rassemblés par Manioc et accessibles librement pour tous les curieux, passionnés et professionnels de l’histoire et du patrimoine culturel.
Manioc vous souhaite de belles Journées européennes du patrimoine !




En savoir plus sur Manioc et la Journée "Patrimoine en partage"

Présentation de Manioc.
Article de la bibliothèque universitaire sur la journée Patrimoine en partage.
Présentation des journées « Patrimoine en partage » sur le bloc Manioc en Martinique le mardi 5 mai 2015, en Guadeloupe lundi 18 et mardi 19 mai 2015  et en Guyane mardi 2 et mercredi 3 juin 2015.

Papier d'introduction de Patrick Odent-Allet pour la journée Patrimoine en partage. rencontre avec les acteurs de la bibliothèque numérique Manioc  et la Captation de la journée Patrimoine en partage : rencontre avec les acteurs de la bibliothèque numérique Manioc.

En savoir plus sur les Journées européennes du patrimoine 2018

Programme JEP2018 de Guadeloupe, de Guyane, et de Martinique.

J.P.

Lien vers l'article : http://blog.manioc.org/2018/09/manioc-et-lart-du-partage.html

mercredi 5 septembre 2018

Focus sur l'immigration en Guyane après l'esclavage

Madériens, Africains, Indiens, Chinois, Antillais, Européens... Des quatre coins du monde vers la Guyane



Gravure tirée de l'ouvrage
"La Guyane française : notes et souvenirs..."
Cette semaine Manioc vous propose un focus sur l'immigration guyanaise entre 1848, date de l'abolition de l'esclavage, et 1946, veille de la départementalisation.

Au lendemain de l'abolition de l'esclavage une politique migratoire est organisée par la France. En effet, pour préserver leurs plantations, les planteurs prônent l'introduction de travailleurs étrangers comme main d'œuvre afin de remplacer le départ des nouveaux libres qui ont quitté les habitations de roucou et/ou de canne à sucre.


Les premiers immigrés à arriver en Guyane en 1849 sont les Madériens, ressortissants portugais, déjà installés en Guyane britannique (actuel Guyana). La promesse d'une prime de 200 F et d'un supplément de 50 F par enfant permet à 202 Madériens de débarquer dans la colonie entre octobre 1849 et 1850. Mais ce flux d'immigrés s'amenuise suite à la diminution des primes accordées, ramenées à 75 F. En dépit de cette première immigration, le manque de main d'œuvre est toujours aussi important. La trouvant trop chère, les propriétaires préfèrent se tourner vers une organisation d'immigrants Africains. Ceux-ci arrivent à la colonie à partir de 1854. Elle s'établit en 2 phases : la première est composée de 1114 libres africains recrutés entre 1854 et 1857 (ils étaient originaires du littoral du golfe de Guinée) ; la seconde de 714 "captifs" (c'est-à-dire des travailleurs qui au moment de leur recrutement étaient prisonniers ou esclaves) recrutés entre 1858 et 1859, tous originaires de la région du littoral gabonais. Notons que les captifs étaient rachetés et affranchis moyennant un contrat de travail de 10 ans.


Les conditions d'immigration dans la colonie guyanaise : 
  • L'immigrant devait avoir connaissance des conditions du contrat d'engagement.
  • Il était conduit vers la colonie aux frais du Trésor public ou de la caisse locale d'immigration.
  • Il devait être immatriculé et enregistré par le commissaire à l'immigration.
  • Il était obligatoirement soumis aux contrôles sanitaires puis confié à un "engagiste".
  • L'engagé et "l'engagiste" signaient un contrat d'engagement pour une durée de 5 à 7 ans. Au terme du contrat, il pouvait opter pour son rapatriement aux frais de la colonie, soit un réengagement lui donnant droit à une prime.
  • Le contrat limitait la durée de la journée de travail à 9h30. Un livret permettait de contrôler la régularité de leur condition de travail et de leur déplacement dans la colonie.
Illustrations de vagues migratoires successives en Guyane (de g. à d.) : missionnaire catholique Français, famille d'esclaves, bagnard et couple d'Indiens (Inde). Source : Manioc. 

Cet engagement n'était pas "idyllique", de nombreuses failles et infractions sont à noter : mauvaise connaissance des conditions d'engagement par les immigrés (surtout concernant la durée d'engagement), problèmes d'affectations, clauses du contrat non respectée ... Leur sort est très difficile, car en plus de la durée de contrat de travail, ils étaient débiteurs de la somme versée pour leur prétendue libération, à savoir un quart de leur salaire prélevé tous les mois. Par exemple, les travailleurs africains n'avaient pas de droits civils ni civiques durant leur durée d'engagement. Pour se marier, il leur fallait l'aval du gouverneur. Progressivement cette immigration africaine est dénoncée dans les milieux abolitionnistes européens, notamment en Angleterre qui la considère comme une suite de l'esclavage en Afrique. Ainsi, sous la pression anglaise, Napoléon III interdit cette immigration à partir de 1862.

En échange de l'arrêt de l'immigration Africaine, Napoléon III signe un traité avec l'Angleterre, autorisant les français à engager des travailleurs indiens. Auparavant les engagements d'Indiens se déroulaient aux comptoirs français de Pondichéry et de Karikal. La première vague d'immigrants arrive en Guyane de 1856 à 1861, comptabilisant 1834 indiens. La seconde vague d'immigrés arrive entre 1864 et 1871.  Alors que le contrat stipulait qu'ils seraient exclusivement employés aux travaux agricoles, beaucoup d'Indiens furent astreints dans les exploitations de mines d'or.
"Dès leur arrivée en Guyane, ils étaient acheminés vers les placers. Trompés, ils ne pouvaient plus repartir. Beaucoup d'entre eux, découragés,, avec le mépris de la vie et de la douleur [...] se suicidaient facilement. Pour éviter de travailler dans les conditions d'exploitation aussi atroces, ils se faisaient souvent des écorchures sur lesquelles ils appliquaient pendant plusieurs heures une pièce de monnaie, trempée dans de l'eau salée. Avec un éclat de bois, ils élargissaient encore la plaie [...] ;  ou bien ils se rendaient aveugles en s'introduisant une solution de chaux sous la paupière.  Dans de telles conditions, dysenterie et fièvres diverses faisaient aisément des ravages. (in Jude Sahai, De l'immigration tamoule à la Guyane, Carbet : revue martiniquaise de sciences sociales, n° 9, 1989, p. 106)."
Illustrations de vagues migratoires successives en Guyane (de g. à d.) : groupe stylisé d'explorateurs Européens et d'Indiens, une Cayennaise d'origine hindoue et une Cayennaise en toilette. Source : Manioc.

On comptabilise environ une vingtaine de convois d'Indiens vers la Guyane. Cette immigration vers la Guyane s'est interrompue à partir du 12 juillet 1877 lorsque le gouvernement de l'Inde s'alarma du taux de mortalité élevé et des mauvaises conditions de travail. On compte plus de 4000 Indiens morts dans la colonie en l'espace de 20 ans.  
"[...] après l'abolition de l'esclavage, les immigrants tamouls furent en définitive affectés essentiellement dans les mines d'or où ils furent décimés dans la plus totale indifférence des autorités coloniales. [...] syphilis, paludisme, dysenterie et béri-béri ont été les causes principales de mortalité. Surexploités par les engagistes, les travailleurs Indiens n'intégraient l'hôpital que quand ils n'étaient plus d'aucun rendement, c'et-à-dire le plus souvent pour y mourir." (iJude Sahai, De l'immigration tamoule à la Guyane, Carbet : revue martiniquaise de sciences sociales, n° 9, 1989, p. 107).


L'immigration chinoise, elle, débute en août 1856 mais ne répond pas aux besoins en main-d'œuvre agricole des propriétaires car la majorité des Chinois sont artisans. Notons également une immigration de Martiniquais au début du XXème siècle suite à l'éruption de la Montagne Pelée. En effet, le gouverneur de la Guyane espérait faire venir près de 20 000 Martiniquais pour occuper la région de Kourou. Ce projet n'aboutit qu'imparfaitement : environ 600 insulaires seulement vinrent s'installer en Guyane.


"Mines d'or"
Avec la découverte de l'or en 1855, l'orpaillage devient la principale activité économique de la colonie guyanaise. Une activité qui est demandeuse en main-d'œuvre. Cette main d'œuvre spontanée venait des Antilles françaises, de Sainte-Lucie, de la Dominique, du Brésil et d'Europe. 


Face à cette immigration spontanée, il ne faut pas oublier celle du bagne. En effet, l'histoire de la Guyane est étroitement liée à celle du bagne. Elle accueille les premiers proscrits de la révolution. Puis le second Empire et la troisième république y envoyèrent leurs exclus : condamnés politiques ou de droits communs. De 1852 à 1918, la Guyane reçoit 1852 déportés dont le plus célèbre le capitaine Dreyfus. Notons que l'année 1852 marque aussi le débarquement de milliers de transportés.  En effet, selon la loi du 30 mai 1854, les peines de travaux forcés sont désormais purgées dans une colonie. Par exemple, les condamnés à moins de 8 ans de travaux forcés étaient tenus à la fin de leur peine de résider dans la colonie durant un temps égal à celui de leur condamnation : c'est ce qu'on appelait le doublage. Et si leur peine était supérieure à 8 ans, ils devaient résider à vie dans la colonie. C'est ainsi, qu'apparut en Guyane la population des "libérés". Ajoutons à cela la population carcérale qui purgeait déjà leur peine en France et qui arrivait en Guyane (ou Nouvelle-Calédonie) la finir (phénomène appelé "transportation"). Ce flux constant d'hommes venant des prisons françaises ou des autres colonies vinrent gonfler le nombre de l'immigration pénale. 


Ainsi l'abolition de l'esclavage bouleversera en profondeur le système économique guyanais tant les besoins en main d'œuvre étaient importants et récurrents. Malgré le recours à l'immigration, celle-ci ne parvint pas à répondre à la nécessité économique de la colonie, mais recomposa la société guyanaise en une société plurielle et multiculturelle. Ainsi à la veille de la départementalisation, la Guyane compte une population cosmopolite.

Cette diversité ne doit cependant pas masquer la réalité : ces vagues successives ne sont que le reflet de l'échec du peuplement de la Guyane. Une grande partie de ces populations n'ont pas fait souche et ont préféré retourner dans leur pays d'origine, tandis qu'une autre partie a été emportée par la mortalité élevée qui caractérisa pendant longtemps la démographie de la colonie.


"Vue de Cayenne"

Livres anciens sur Manioc.org :

Sur le catalogue collectif des périodiques Caraïbe - Amazonie :

  • Jude Sahai, De l'immigration tamoule à la Guyane, Carbet : revue martiniquaise de sciences sociales, n° 9, 1989, p. 101-108.

Pour aller plus loin : 


Bonne lecture !
C.P. et X.H.


Lien vers l'article : http://blog.manioc.org/2018/09/focus-sur-limmigration-en-guyane-apres.html

jeudi 28 juin 2018

La Guyane à l'épreuve de la chambre noire de Vano

Vano Coupra témoin de son temps

Lors de la 4e édition des Rencontres photographiques de Guyane en novembre 2015, un hommage a été rendu au photographe Vano Coupra. Cette célébration a consacré la dimension patrimoniale de ce travail photographique. 
L'Université de Guyane n’a pas manqué, à cette occasion, de participer à cette célébration en proposant à la communauté universitaire et à tous les curieux une conférence de l'historien Serge Mam Lam Fouck intitulée Sous l'éclairage de Vano, 30 années en Guyane.
En 2016, le Service patrimoine de la municipalité de Saint-Laurent du Maroni, conjointement avec l'association "La tête dans les images", firent de même en proposant une exposition rétrospective sous le titre Résonances guyanaises années 70, 80, 90.



La chambre noire de Vano : une histoire charnelle de la Guyane 

A l'occasion de la toute récente disparition de Vano
Coupra, la bibliothèque numérique Manioc souhaite donc contribuer à son tour à la diffusion de ce patrimoine guyanais en vous invitant à visionner l'intervention de Serge Mam Lam Fouck et à découvrir, au travers de l’œuvre de Vano, une histoire (individuelle et collective), des traditions (locales et nationales), une mémoire (notamment familiale) rendue visible en vue de sa transmission, une réalité charnelle et sensible en somme qui s’est donnée à voir dans l’atelier du photographe.


Pour aller plus loin

  • Luiz Eduardo Robinson Achutti, L'homme sur la photo : manuel de photo-ethnographie 
  • Véronique Hébrard (coord.), L'image comme source pour les sciences humaines 
  • Gisèle Freund, Photographie et société

C.B.




Lien vers l'article : http://blog.manioc.org/2018/06/la-guyane-lepreuve-de-la-chambre-noire.html