samedi 21 avril 2018

La France antarctique (1555-1560)

L'expédition Villegagnon à la source de deux grands classiques de la littérature de voyage

Sous le terme trompeur de France antarctique se cache la tentative insolite et malheureuse d'implanter une colonie française au Brésil, dans la baie de Rio de Janeiro.

Carte de l'Amérique du Sud d'après 
Sébastien Cabot. Source : Manioc
Les Portugais, qui n'entreprennent officiellement la colonisation du Brésil qu'en 1548, font face à une vraie concurrence des autres couronnes européennes. Suite à la première tentative française de prendre pied au Brésil (expédition de Gonneville en 1504), des marins, normands pour l'essentiel, naviguent déjà sur les côtes du Brésil, notamment pour faire commerce du bois de braise, de couleur rouge, alors recherché pour les teintures. Ces Français nouent des contacts avec les Tupinambas et établissent des bases que les Portugais s’efforcent de détruire. Avec le soutien royal, ces initiatives privées sont relayées par l'autorité de l’État depuis que François Ier a eu ce bon mot : « Le soleil luit pour moi comme pour tous les autres : je voudrais bien voir la clause du Testament d’Adam qui m’exclut du partage du monde ». Il obtient du pape Clément VII une interprétation plus souple du traité de Tordesillas auquel cette phrase fait référence : il est admis que le partage du monde signé en 1494 ne concerne que les terres alors connues et non « les terres ultérieurement découvertes par les autres couronnes »


L'expédition Villegagnon

N. D. de Villegagnon
Son fils Henri II souscrit à cette vision et appuie ses sujets désireux de prendre part à l'aventure coloniale. Henri II, peut-être sous l'influence de sa maîtresse Diane de Poitiers, charge l'amiral Gaspard de Coligny, ministre et homme de confiance, de monter une expédition sous couvert en direction du Brésil. Coligny s'en remet au chevalier de Malte et vice-amiral de Bretagne Nicolas Durand de Villegagnon (1510-1571). Les deux hommes, catholiques, sont favorables à un compromis avec les protestants et envisagent la future colonie comme un refuge pour les seconds, alors persécutés en France, et un modèle de concorde religieuse où chacun pourra pratiquer librement et ouvertement son culte.

Pour ne pas attirer la méfiance des milieux diplomatiques portugais - mais aussi par manque de moyens matériels et humains, seuls deux navires lèvent l'ancre un jour d'été 1555 du port du Havre pour arriver début novembre dans la baie de Guanabara. En butte aux Indiens et aux Portugais, Villegagnon se replie sur l'île de Serigipe où il fait construire par les colons et des Tamoios, une tribu alliée, le fort Coligny pour assurer la défense de la colonie.
La France antarctique. Source : Gallica
Une poignée d'hommes (ils sont 600 au départ) survivent alors sur cet ilôt sans ressources tout en apprenant au contact des Tamoios dont ils dépendent fortement pour leur approvisionnement et leur sécurité (attaques portugaises et d'autres tribus). La situation empire : Villegagnon fait régner une discipline de fer après avoir échappé à une conspiration, impose un rythme de travail de forçats et traverse une crise spirituelle. Désespéré, cherchant un moyen d'asseoir l'emprise humaine de la colonie, toujours animé par son désir d'utopie religieuse, il écrit en 1556 à Calvin, au côté duquel il a étudié le droit, pour lui demander des renforts. Depuis Genève, Calvin envoie un contingent qui débarque l'année suivante, avec quelques femmes. Alors que les premiers temps de cohabitation se déroulent dans une atmosphère apaisée, les vieilles querelles théologiques reprennent de plus belle entre les deux camps. Le point de rupture consommé est atteint à la Pentecôte à l'issue d'un débat sur l'eucharistie.  
Fin et échec de l'expédition. Manioc

Les calvinistes se réfugient alors sur la terre ferme, vivant parmi les Indiens, avant de retourner en Europe en 1558 où ils s'empresseront de dénigrer Villegagnon et dénoncer les exactions commises envers eux et les Indiens (voir à ce sujet : Pierre Richer, Réfutation des folles resveries et mensonges de Nicolas Durand, dit le chevalier de Villegaignon, 1562). Villegagnon confie le gouvernement du fort à son neveu et retourne à Paris en 1559 pour se défendre contre ces attaques, mais aussi pour se justifier auprès du Roi. Ce dernier a changé entre-temps : François II n'a que 15 ans et c'est sa mère, Catherine de Médicis, qui assure la régence. La France est tiraillée de l'intérieur, les conflits religieux deviennent pressants et la France antarctique est relayée à l'arrière-plan. D'autre part, pressés par les jésuites, les Portugais préparent l'offensive. Le 15 mars 1560, la forteresse tombe et l’aventure coloniale s'achève. La présence française au Brésil continue par l'intermédiaire d'escarmouches, d'incursions corsaires et de commerce interlope, jusqu'à inspirer des années plus tard l’expérience de la France équinoxiale - pérenne malgré les difficultés.

Le récit d'André Thevet

Palmier du Brésil. Manioc
Ornement. Manioc

Panapana (poisson non identifié). Manioc
Au-delà de cet échec et de la tonalité irréelle des événements, cette expédition est source d'une littérature de première main et de première importance. 
André Thevet, cordelier et futur cosmographe du roi, fait partie du premier voyage. Malade, il doit retourner en France avec ceux qui sont chargés de transmettre à Calvin les renforts demandés par Villegagnon. Il ne sera resté que six mois au Brésil. Pourtant, Singularitez de la France antarctique, publié dès 1557, fait forte impression. Toujours soucieux de faire primer l'expérience sur l'autorité, il n'hésite pas à bousculer certaines croyances enracinées depuis l'Antiquité ou colportées par des colons affabulateurs ou emportés par leurs jugements moraux. Sa description des Tupinambas, qui s'efforce de porter un regard distancié, offre toujours aux anthropologues contemporains une précieuse documentation sur les tribus perdues du littoral sud-américain. Il offre un tableau illustré des ressources animales et végétales et, parmi les premiers, ne parle pas de la forêt tropicale comme d'un "Enfert vert" mais en propose une vision idyllique et quelque peu idéalisée. Il n'échappe toutefois pas à la tendance générale de tomber dans le merveilleux dès que sa connaissance n'est plus empirique (reprise du portrait des Amazones supposées vivre le long du fleuve éponyme), mais sa description de l'anthropophagie rituelle fit sensation puisqu'il s'attache à en fournir une description neutre et détachée, sans indignation morale. Si le livre est un succès à sa parution, immédiatement traduit en plusieurs langues européennes, Thevet, un temps tenté par le protestantisme avant d'intégrer l'aile dure du catholicisme, fit face à cause de ce louvoiement à de nombreuses critiques et attaques.


Le récit de Jean de Léry

Le deuxième ouvrage directement tiré de l'expérience vécue au cours de ces années est l'Histoire d'un voyage faict en la terre du Brésil de Jean de Léry,
Danse des Tupinambas. Manioc
protestant arrivé avec le contingent de réformés en 1557. Remettant en cause certaines descriptions de Thevet, sur fond de querelle théologique, Léry procède à un patient recueil d'un année vécue dans la baie. Il s'inscrit dans la lignée des auteurs qui critiquent les atrocités commises par les colons, de préférence catholiques !, et s'attaque à l'ethnocentrisme à grand renfort d'anecdotes et de comparaisons qui trahissent son sens de l'humour (voir l'illustration de l'entrée "Anthropophages" ci-dessous). C'est dans cet ouvrage que Montaigne trouva l'inspiration pour son célèbre chapitre des Essais consacré aux
Anthropophages. Manioc
cannibales, et son influence est aux sources du mythe du Bon sauvage qui irrigua la pensée et les controverses des Lumières. Célébrés par Claude Lévi-Strauss et Alfred Métraux, Léry comme Thevet sont toujours édités et étudiés avec soin, intégrant ainsi les classiques de la littérature de voyage. En 2001, l'académicien Jean-Christope Ruffin fait revivre la France antarctique dans son roman Rouge Brésil qui doit beaucoup aux deux auteurs.



Pour aller plus loin :

Sur Manioc, des ouvrages anciens mais non contemporains des faits relatent en détail l'aventure de la France antarctique :

Sur Manioc, plusieurs ouvrages du XIXème siècle dresse un tableau plutôt sévère de cet épisode, parmi lesquels :
  • Ferdinand Jean Denis, Brésil, Paris : Firmin-Didot frères, 1837
Sur Gallica, il est possible de consulter les éditions originales des deux ouvrages majeurs résultant de cette épopée :
Enfin, pour en savoir plus sur la biographie de l'amiral Villegagnon :
X.H.

Lien vers l'article : http://blog.manioc.org/2018/04/la-france-antarctique-1555-1560.html

mercredi 14 mars 2018

Evènement Martinique : Édouard Glissant, l’éclat et l’obscur

Colloque international et transdisciplinaire organisé par L’Université des Antilles et Louisiana State University

Édouard Glissant, incontournable écrivain, poète et philosophe contemporain martiniquais, a beaucoup influencé la pensée scientifique de son ère. Il développe des concepts tels que ceux de la Relation, du Tout Monde et de la Créolisation, qui engendrent une dialectique entre les lieux, les cultures insulaires et les métropoles. La pensée de E. Glissant revisite la façon dont l’être caribéen intègre et retranscrit son histoire, une histoire biaisée par la traite négrière. E. Glissant pousse les penseurs et scientifiques de notre temps à interroger les éléments qui constituent les cultures caribéennes et à questionner la façon dont ces cultures peuvent être un incubateur pour une nouvelle approche du phénomène de la globalisation.


L’Université des Antilles, en collaboration avec la Louisiana State University présentera du 20 au 23 mars 2018 un colloque intitulé « Édouard Glissant, l’éclat et l’obscur » à l’Université des Antilles en Martinique.

Manioc vous propose de découvrir le programme de cet événement très attendu ci-dessous.

Édouard Glissant, l’éclat et l’obscur
Colloque international et transdisciplinaire organisé par
L’Université des Antilles et Louisiana State University
Du 20 au 23 mars 2018

Programme

Lundi 19 mars 2018 : Ode à Édouard Glissant : La plage ardente
09h00 à 13h30 : Matinée Poétique
Maison Édouard Glissant, Diamant

15h30 à 17h00 : Accueil et inscription
Bureau des Relations Internationales, Campus de Schœlcher à Édouard Glissant, La plage 
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Mardi 20 Mars 2018 : Une nouvelle région du monde: Amphithéâtre Hélène Sellaye Campus de Schœlcher

7h30 à 8h00 : Inscription des participants
8h00 à 9h00 : Ouverture officielle du colloque

Mr le Président de l’Université des Antilles
Mme la Vice-Présidente du Pôle Martinique
Mme le Doyen de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines Mme Sylvie GLISSANT, Directrice de l’Institut du Tout Monde Mr Gerry L’ÉTANG, Directeur du CRILLASH
Mme Dominique AURELIA, Vice-Présidente déléguée aux Relations Internationales
Mr Jean-Pierre SAINTON, Professeur, Université des Antilles
Mr Alexandre LEUPIN, Professeur, Louisiana State University, Baton Rouge (LA)

Présentation : Glissant Translation Project, Alexandre LEUPIN
Présentation : Library of Glissant Studies, Raphaël LAURO

9h00 à 11h00 : Conférences inaugurales

« Édouard Glissant, la narration du monde » Jacques COURSIL · Professeur émérite, Université des Antilles, 
Lauréat prix Édouard Glissant 2017
« La beauté de la beauté : Francis Pavy, le peintre créole d'une nouvelle région du monde » Alexandre LEUPIN · Professeur, LSU Directeur du Centre d’Études Françaises et Francophones

11h00 à 11h15 : Pause-café

11h15 à 13h00 : Terres ouvertes
Modérateur : Alexandre LEUPIN · Louisiana State University

« Étudier Édouard Glissant aux Antilles ou la paradoxale aporie de l’origine » Cécile BERTIN · Université des Antilles
« La Lézarde a débordé » Juliette ELOI-BLEZES · Agrégée de Lettres Modernes
« De la Martinique à l’Algérie : Édouard Glissant, Kateb Yacine et les autres » Benaouda LEBDAI · Université Le Mans

13h00 à 14h00 : Déjeuner libre

14h00 à 15h30 : Lieu clos, parole ouverte
Modératrice: Valérie LOICHOT · Emory University

« De/liberating the message- translation as trans/relation of knowledge »
Christine RAGUET · Paris 3 Sorbonne Nouvelle
« La dialectique Méditerranée-Caraïbe d’Édouard Glissant » Michelle ZERBA · Louisiana State University
Franck COLLIN · Université des Antilles

15h30 à 16h00 : Pause-café

16h00 à 17h30 : Le terrifiant est du gouffre
Modératrice : Juliette ELOI-BLEZES · Auteure de De la Lézarde à Ormerod. Une poétique de la répétition (2016)
« Penser le gouffre méditerranéen à travers l’œuvre d’Édouard Glissant »
Naima HACHAD · American University Washington DC
« L’écriture du tremblement : Glissant et la génétique des textes » A confirmer
Claudia AMIGO PINO · Université Sao Paulo
« Soleil de la Conscience, quand les images viatiques donnent à voir la pensée de la relation » Anaïs STAMPFLI · Université des Antilles

8h45 à 21h00 : Soirée
Inauguration expo GLISSANT Bibliothèque Universitaire « La chair de l’histoire » Performance de Fabienne KANOR · Auteure et réalisatrice

Cocktail dînatoire

Mercredi 21 mars 2018 : Bâtir la Tour : Amphithéâtre Hélène Sellaye · Campus de Schœlcher

7h30 à 8h00 : Inscription des participants
8h00 à 9h30 : L’intraitable beauté du Monde
Modératrice : Christine RAGUET · Paris 3 Sorbonne Nouvelle

« L’intraitable beauté de la créolisation chez Édouard Glissant » Hugues AZERAD · Magdalene College / University of Cambridge
« Beauté et justice » Jean-Pol MADOU · Université de Savoie Mont Blanc
« Poétiques féminines de la créolisation » Pauline AMY DE LA BRETEQUE · Paris 4 Sorbonne

9h00 à 10h30 : Conférence
« L’autre féminin dans l’œuvre d’Édouard Glissant » Corinne MENCÉ-CASTER · Paris 4 Sorbonne

10h30 à 11h00 : Pause-café

11h00 à 12h00 : Langues d’éclats
Modératrice : Liliane FARDIN · Université des Antilles

« Défense et illustration du théâtre dans le Discours Antillais ; une relation ambiguë » Kerry-Jane WALLART · Paris 4 Sorbonne
« Premiers éclats, traces obscures, textes enfouis » Axel ARTHERON · Université des Antilles Raphaël LAURO · Université Paris Ouest Nanterre

12h00 à 13h00 : « Il n’amène à rien d’avoir un peu de terre, quand toute la terre n’est pas à tous »
Modératrice : Cécile BERTIN-ÉLISABETH · Université des Antilles

« ‘Cela qui nous tient en poésie’ - ou la Tragédie de la perte : quêtes éthiques et épistémologiques dans la pensée d’Édouard Glissant » Nadia NAAMI· University of Miami
« Édouard Glissant au regard de la littérature yiddish moderne du XXème siècle : une perspective comparatiste heuristique » Cécile ROUSSELET · Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle
« L’éclat de l’histoire et l’obscur du canon : Glissant et l’histoire de la littérature au Brésil » Luz PINHEIRO · Université Fédérale do Espirito Santo/Fapes

14h00 à 16h00 : Acoma(s)
Modératrice : Corinne MENCÉ-CASTER · Paris 4 Sorbonne

« Pour une nouvelle théorie littéraire, Édouard Glissant et sa poétique de la relation » Ewa GROTOWSKA-DELIN · Université des Antilles
« Redécouvrir Le sel noir, une poétique de la fraternité ? » Liliane FARDIN · Université des Antilles
« Transoceanic Glissant » Anaya KABIR et Elina DJEBBARI · King’s College (London)

19h00 : Soirée
Les Foudres de Glissant, Habitation Saint Étienne.

Jeudi 22 mars 2018 : De Bezaudin, Martinique, au Tout-Monde : Maison du bèlè · Sainte-Marie

8h30-11h00 : Visite
Morne Bezaudin, Morne Macroix, Habitation Pied en l’air
Patricia CONFLON GROS-DÉSIR · Université des Antilles

11h15 à 12h00 : Le souffle, le paysage, la mémoire
Modératrice : Kerry-Jane WALLART · Paris 4 Sorbonne

« Renverser les gouffres : Édouard Glissant et l’éthique relationnelle de l’histoire et des mémoires de la traite » Loïc CERY · Institut du Tout-Monde

12h00 à 13h00 : « Naitre au monde »
Modératrice : Dominique AURÉLIA · Université des Antilles

« Les voix du détour dans la littérature contemporaine en langue française » Viviane PEREIRA · Université Fédérale du Paraná (Brésil)
« Édouard Glissant, une parole ouverte sur le monde » Mylène DANGLADES ·Université de Guyane
« Au clair obscur de la relation : l’architectonie poétique d’Édouard Glissant » Frédéric LEFRANÇOIS · Université des Antilles

13h00 à 14h00 : Déjeuner (offert par Osatour)
14h00 à 16h00 : Après-midi doctoral

Session 1 : Modérateurs : Alexandre LEUPIN et Christine RAGUET

« La relation aux Antilles dans la colonialité marseillaise, 1719-2015 » Philippe K. YERRO · Marseille
« La rhétorique d’Édouard Glissant : l’interpénétration des genres oratoires dans son œuvre romanesque » Mohammed LAMINE RHIMI · Université Islamique Muhammad Ibn Saoud de Riyad
« La littérature taïwanaise à la lumière des concepts d’Édouard Glissant » Yueh-ta CHEN· Université Catholique de Taiwan
« Interdisciplinarité » Mfonzié ZACHARIE-BLAISE · Université de Yaoundé
« common places : archipelagicand continental thoughts on Interdisplinarity” Miguel GUALDRON-RAMIREZ · DePaul University

Session 2 : Modérateur : Jacques COURSIL

« Le dépassement chez Édouard Glissant » Jeanne JÉGOUSSO · Louisiana State University
« Édouard Glissant’s sense of errancy » Benjamin P. DAVIS · Emory University
« Les enjeux majeurs de la langue vernaculaire dans la littérature caribéenne » Karine BELIZAR · Louisiana State University
« L’abyssatrice : entre Édouard Glissant et Fabienne Kanor Brenda MOORE · Emory University

Vendredi 23 mars 2018 : La Savane de la première nuit : Amphithéâtre Michel Louis / Amphithéâtre Hélène Sellaye Campus de Schœlcher

9h00 à 10h00 : Conférence musicale et poétique du chaos
Amphithéâtre Michel Louis · Campus de Schœlcher

« Jazz et créolisation » sur une idée de Coline TOUMSON Mario CANONGE / Luther FRANCOIS

10h00 à 11h00 : Conférence
Amphithéâtre Hélène Sellaye · Campus de Schœlcher

« Une Famille d’éléphants : les dessins d’Édouard Glissant » Valérie LOICHOT · Emory University

11h00 à 11h15 : Pause-café

11h15 à 12h45 : « C’est un cri qui prend l’air à partir de nos étincellements de brousse… »
Modérateur : Benaouda LEBDAI · Université Le Mans

« Édouard Glissant, le poète/Roberto Matta le peintre : lectures croisées sur le Monde, entre chaos-monde et échos-monde » Géraldine BANARÉ · Université des Antilles
« Pour une délecture de l’entour : la faille des couleurs chez Édouard Duval-Carrié et Édouard Glissant » Charly VERSTRAET · Emory University
« Édouard Glissant : Architecte de l’esthétique caribéenne » Patricia DONATIEN · Université des Antilles
« Quand le silence enfin s'emmêle au bruit : esquisse d’une esthétique musicale dans La Cohée du Lamentin »
Jean-Luc TAMBY · Conservatoire Rennes, Université de Rouen

12h45 à 13h45 : Déjeuner libre

13h45 à 15h15 : « et avec des lianes bleuies et des algues en arc-en-ciel. »
Modératrice : Myriam MOÏSE · Université des Antilles

« Fouiller l’antan, mesurer la terre’, relayer nos paroles » Serge DOMI · Sociologue (Martinique)
« Du paysage à la poétique de la terre : Dialogues entre la philopoétique d’Édouard Glissant et l’art contemporain » Michel MINGOTE · Université de Minas Gerais
« Pratiques cinématographiques et pensée d’Édouard Glissant » Guillaume ROBILLARD · Université Paris 1 Sorbonne
« Jaillit des troubles, la lumière » Valérie PEREZ · ESPE Guadeloupe, Université des Antilles

15h30 à 16h30 : Le lieu du Monde
Modérateur : Jean-Pierre SAINTON · Université des Antilles

« Édouard Glissant et l'économie politique dans le discours antillais » Christian SAAD · Université des Antilles
« Édouard Glissant, Géopoétique et mondialité » Véronique BRAUN DAHLET · Université de Sao Paulo
« Glissant ou un autre regard sur l'histoire : L'étude de Franc-Jeu » Monique MILIA-MARIE-LUCE ·Université des Antilles

16h30 à 17h00 : Conclusion
« L’éclat et l’obscur » » Jean-Pierre SAINTON · Université des Antilles

19h00 : Soirée de clôture et remise du prix Mycea

Hôtel l’Impératrice – Fort-de-France

Organisateurs


COMITÉ SCIENTIFIQUE
Cécile BERTIN-ÉLISABETH · Université des Antilles Sylvie GLISSANT · Directrice de l’Institut du Tout-Monde Alexandre LEUPIN · Louisiana State University
Valérie LOICHOT · Emory University, Atlanta (GA) Corinne MENCÉ-CASTER · Université Paris IV Sorbonne Jean-Pierre SAINTON · Université des Antilles

COMITÉ D’ORGANISATION
Axel ARTHERON · Université des Antilles Dominique AURELIA · Université des Antilles Patricia GROS-DÉSIR · Université des Antilles Myriam MOÏSE · Université des Antilles
Régine ROUVEL · Université des Antilles



Sélection documentaire Manioc


En 2014, notre blog publiait un recensement des documents de et sur Glissant signalés dans Manioc que nous vous invitons à redécouvrir : sélection 2014

Les collections de Manioc se sont depuis enrichies de nombreuses interventions sur l'oeuvre d'Edouard Glissant :


MF






Lien vers l'article : http://blog.manioc.org/2018/03/evenement-martinique-edouard-glissant.html

jeudi 8 mars 2018

Focus Manioc : Marthe Oulié, un destin atypique

À l'occasion de la journée internationale des droits de la femme, présentation d'une femme archéologue, écrivaine, exploratrice, navigatrice.



Marthe Oulié est la seconde femme écrivaine de la collection de livres anciens de Manioc avec Les Antilles, filles de France ; l'autre femme étant Clémence Cassius de Linval, ayant écrit Cœurs martiniquais sous le pseudonyme de Max Jean.

Marthe Oulié (1901-1941) étudie au lycée Molière à Paris et obtient son baccalauréat à seize ans. Elle suit de brillantes études supérieures à la Sorbonne et à l’École du Louvre et devient docteur ès lettres à vingt-deux ans ce qui lui vaut le surnom de la plus jeune archéologue de France. Elle publie sa thèse en 1926 : Le Cosmopolitisme du prince de Ligne, 1735-1814.

En 1925, elle part avec quatre autres jeunes filles pour une croisière sur la Méditerranée entre Marseille et Athènes. Cet équipage presque exclusivement féminin (il y a un jeune garçon) et très jeune (elles ont toutes à peine vingt ans) embarque à bord du voilier Bonita, vieux yawl sans moteur dont c'est le dernier voyage. Ces cinq femmes atypiques, nommées à l'époque des garçonnes, arborant cheveux courts, sont très émancipées de cœur et d'esprit. Outre Marthe Oulié qui deviendra voyageuse et conférencière infatigable malgré des problèmes de santé, sont présentes sur le bateau : Hermine de Saussure, universitaire et capitaine du Bonita ; Ella Maillart, second de bord et qui deviendra écrivaine-voyageuse ; Mariel Jean-Brunhes, géographe, future ethnologue et militante humaniste. Et enfin d'Yvonne de Saussure, sœur aînée d'Hermine accompagnée du seul garçon de l'équipage, par ailleurs frère benjamin des sœurs Saussure : Henri-Benedict.





 
Ces voyages  lui donneront l'occasion d'écrire d'autres ouvrages :

- La croisière de Perlette, 1700 milles dans la mer Égée, Paris : Hachette, 1926, écrit avec Hermine de Saussure et illustré par Henri-Benedict de Saussure
- Bidon 5, en rallye à travers le Sahara, Paris : E. Flammarion, 1931
- Jean Charcot, Paris : Gallimard, 1937

- Finlande, terre du courage, Paris : Flammarion, 1940.

A. F.


Lien vers l'article : http://blog.manioc.org/2018/03/focus-manioc-marthe-oulie-un-destin_57.html

mardi 6 mars 2018

De la femme-objet des livres anciens à la femme-auteure engagée des collections contemporaines

Regard sur l'évolution de la place des femmes dans les collections de Manioc


L'absence des femmes-auteures dans les collections de livres anciens numérisés (3 auteures recensées sur 2 000 livres) est représentative de la place minorée des femmes dans l'espace public pendant plusieurs siècles. Dans les territoires coloniaux de la Caraïbe et de l'Amazonie, les discriminations genrées s'ajoutaient aux discriminations raciales. La femme n'est présente dans ces ouvrages ancien (décrite, gravée, photographiée...) qu'à travers le regard -souvent fantasmé- de l'homme.
Le tour d'horizon des collections contemporaines de Manioc que nous proposons aujourd'hui à l'occasion de la journée de la femme, montre qu'en ce début de XXIe siècle, la situation a heureusement bien changé. 

Les femmes de la Caraïbe, qu'elles soient universitaires, artistes, écrivaines de fiction (...) se saisissent de questions qui touchent la condition féminine d'un point de vue historique et contemporain. La bibliothèque numérique Manioc a choisi de mettre en lumière une sélection de vidéos qui montre la diversité de ces engagements.

En scène !

Annabel Guérédrat, A freak for S.
De Saartjie Baartman, née esclave et devenue la Vénus noire ou Vénus Hottentote au corps exposé en phénomène de foire en Europe, à Valeska Gert, artiste provocatrice et danseuse de cabaret berlinoise des années 20, Annabel Guérédrat réinvestit des figures féminines aux destins atypiques. La performeuse crie la colère contre la dépossession et, avec une énergie vibrante, exubérante, sans limite, met son corps en scène pour invoquer une liberté intense, totaleSes performances questionnent les représentations et la relation au corps des femmes désapproprié/réapproprié.

Fiction : roman, BD

Les histoires de l'écrivaine haïtienne Kettly Mars, portées par des personnages complexes et ambigus dont le lecteur partage l'intimité parfois épouvantable, rappellent que les contextes de crise, de dictature (Saisons sauvages), de catastrophe, renforcent la vulnérabilité des femmes, nourrissent des systèmes qui encouragent leur domination et leur exploitation sexuelle dès l'enfance. Ainsi, Aux frontières de la soif (2012) dénonçait, déjà, l'exploitation sexuelle des enfants dans les camps. 
Mérine Céco, dans son roman La mazurka perdue des femmes-couresse fait revivre des voix de femmes des générations précédentes, rend hommage à celles qui ont dû faire face à des contexte socio-culturels difficiles et interroge cet héritage.
Les femmes auteures de Bandes dessinées, très marginales il y a une vingtaine d'années, ont parvenu à se faire une place dans l'univers des bulles :

  • Nadia Chonville, Patrick Odent-Allet, Laurence Baldetti, Nora Moretti, Krystel, Lareline Matiussi, Dimat, Béatrice Penco Sechi, La femme dans l'univers des bulles,  Animation culturelle à la bibliothèque universitaire (Martinique) dans le cadre du 3ème Festival de la Bd de la ville de Trinité, 16 octobre 2013.


Chercheuses : un regard sur des sujets longtemps minorés

L'implication des chercheuses dans toutes les disciplines apporte de nouvelles perspectives à la lecture des sociétés, de leurs histoires et de leurs héritages contemporains. Le regard de ces universitaires sur leurs aînées prend davantage en compte les contraintes sociales, les capacités d'action et les stratégies individuelles et collectives dont les femmes ont pu faire usage. Si les études en sciences sociales accordent une place de plus en plus importante aux phénomènes de reproduction et d'intériorisation des stéréotypes, aux inégalités et discriminations à l'égard des femmes dès l'enfance, la place qu'occupe aujourd'hui les chercheuses à l'université n'y est sans doute pas étrangère. 

Résistance, action : l'histoire des femmes revisitée

Construction des représentations du genre, discriminations et inégalités 

Dans l'éducation
Dans les médias
Violences

Bonne découverte !

A.P.










Lien vers l'article : http://blog.manioc.org/2018/03/regard-sur-levolution-de-la-place-des.html

mardi 27 février 2018

Focus Manioc : Le comte François Barbé de Marbois (1745-1837)

Un grand commis d'État, de l'Ancien Régime à la Restauration


En feuilletant nos nouvelles acquisitions en ouvrages numérisés, nous tombons sur plus d'une vingtaine d'ouvrages d'un certain François Barbé de Marbois. Né en 1745 dans une famille d'hommes de loi et de la vieille bourgeoisie lorraine, le comte Barbé de Marbois poursuivit une carrière de grand commis au service de la puissance publique pour quatre régimes successifs : l'Ancien Régime, la Révolution, l'Empire et la Restauration. Un exploit que peu ont accompli - on évoque souvent Talleyrand, tant la période était prompte à destituer les notables de la veille.
Source : Manioc

Par la protection du marquis de Castries, ministre de la Marine, le comte Barbé de Marbois se voit ouvrir à lui les portes d'une brillante carrière et de la noblesse. Il entre dans la diplomatie comme attaché de légation (1768 -1779), puis chargé d'affaires dans les états allemands. C'est au cours de son séjour aux États-Unis où il officie comme consul, qu'il épouse Elizabeth, la fille d'un ami, M. William Moore, banquier et président du Conseil exécutif de Pennsylvanie.

Grâce à son réseau d'ami haut placé (en plus du marquis de Castries on trouve le marquis La Luzerne, alors ministre de la Marine et des Colonies sous Louis XVI) Barbé de Marbois obtient, en 1785, la charge d'intendant général de Saint-Domingue, un poste colonial clé qu'il occupera jusqu'au tout début des troubles révolutionnaires de 1789. Voici ce qu'en dit une source Manioc (Justin Chrysostome Dorsainvil, Manuel d'histoire d'Haïti, Port-au-Prince : Procure des Frères de l'Instruction Chrétienne, 1934, p.61) :
L'Intendant, Barbé de Marbois, était un homme énergique, remarquablement doué, et qui, par son esprit d'ordre et sa fermeté, avait relevé, en moins de quatre ans, les finances de la colonie. En d'autres circonstances, il aurait pu contenir et endiguer les éléments de révolution ; mais il fut mollement soutenu par la métropole.
En octobre 1789, menacé dans sa vie par la jeunesse révoltée du Cap (on ne lui pardonnait pas la suppression, en 1787, du Conseil supérieur de cette ville), comprenant que la faiblesse du nouveau gouverneur rendait toute résistance impossible, il s'embarqua pour la France avec plusieurs officiers, ses amis, écœurés comme lui du désordre naissant.

Prévenu qu'il courait un risque d'emprisonnement, il quitte l'île en transitant par l'Amérique du Nord. À son retour en France, il est réintégré aux Affaires étrangères mais il échoue dans sa mission à Ratisbonne et Vienne pour tenter de neutraliser l'activisme des Girondins. S'il réchappe des rigueurs de la Terreur depuis ses terres où il s'est fait discret, suite au coup d'État du 18 fructidor (4 septembre 1797) il est déporté à Sinnamary en Guyane. De cet épisode douloureux, il tirera un journal riche en descriptions et informations sur la colonie pénitentiaire. Ce trésor documentaire fait du comte un célèbre prédécesseur du capitaine Dreyfus. Il y connaît un destin étonnant. Il réchappe de la maladie qui décime les déportés un à un avant de se voir autoriser par le nouvel administrateur à vivre à Cayenne. À la suite d'émeutes il se retrouve propulsé à la tête de la colonie. Grâce à ses vives protestations et les multiples démarches de sa femme, il est autorisé à rentrer en France après le coup d'État du 18 brumaire.

Source : Manioc

Après quoi, il repart dès 1803 outre-Atlantique pour négocier le traité de cession de la Louisiane, cet immense territoire vendu aux récents États-Unis par Napoléon Ier pour financer ses guerres européennes. Son expérience et sa réputation lui permettent d'accéder ensuite à la direction du ministère du Trésor avant d'être nommé par Napoléon premier président de la Cour des comptes, poste qu'il occupe jusqu'à sa retraite tardive des affaires publiques en 1833, à l'âge avancé de 89 ans. Il meurt à Paris trois ans plus tard.


Sur Manioc :

L'oeuvre de François Barbé de Marbois aux colonies d'Amérique :
François Barbé de Marbois, État des finances de Saint-Domingue : contenant le résumé des recettes & dépenses de toutes les caisses publiques depuis le 1er janvier 1788, jusqu'au 31 décembre de la même année, Paris, Imprimerie royale, 1790, 48 pages.
François Barbé de Marbois, Remontrances de Monsieur de Marbois, Intendant de Saint-Domingue, contre l'Arrêt d'enregistrement de l'acte intitulé : ordonnance de M. le gouverneur général, concernant la liberté du commerce pour la partie du sud de Saint-Domingue, [s.l.], [s.n.], 1789, 11 pages.
François Barbé de Marbois, Journal d'un déporté non jugé, ou Déportation en violation des lois, décrétée le 18 fructidor an V (4 septembre 1797), Tome I, Paris, Chatet, 1835, 272 pages.
François Barbé de Marbois, Journal d'un déporté non jugé, ou Déportation en violation des lois, décrétée le 18 fructidor an V (4 septembre 1797), Tome II, Paris, Chatet, 1835, 323 pages.


Sur la vie des déportés conventionnels et leur projet d'évasion de Sinnamary :
Isaac-Etienne de La Rue, Histoire du dix-huit fructidor ou Mémoires contenant la vérité sur les divers évènemens qui se rattachent à cette conjuration : précédés du tableau des factions qui déchirent la France depuis quarante ans, et terminés par quelques détails sur la Guyane considérées comme colonie. Deuxième partie, Paris : Demonville, 1821, 537 pages.

Sur l'oeuvre de François Barbé de Marbois au cours de sa déportation en Guyane :
Pierre-Marie-Sébastien Catineau Laroche, De la Guyane française, de son état physique, de son agriculture, de son régime intérieur et du projet de la peupler avec des laboureurs européens ou Examen d'un écrit de M. le marquis de Barbé-Marbois, sur le même sujet. Suivi de Considérations sur le commerce colonial de la France et sur l'administration spéciale de ses colonies, Paris, Imprimerie de C. J. Trouvé, 1822, 230 pages.


X. H.



















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