mardi 12 mars 2019

Sophie Doin et "La famille noire ou La traite de l'esclavage"

Écrivaine des mouvements antiesclavagistes et abolitionnistes du XIXe siècle.



Portrait de Sophie Doin
dans Kadish, Doris Y.,
Fathers, Daughters, and Slaves ...., p. 130.
Moins connue que certains de ses contemporains, Sophie Doin fait pourtant partie des écrivains français ayant contribué à la diffusion des idées antiesclavagistes et abolitionnistes du XIXe siècle. Elle a notamment publié en 1825 La famille noire ou La traite de l'esclavage. Manioc s'est intéressé à l'auteure et son oeuvre. 


Sophie Doin, femme de lettres protestante 

Sophie Elisabeth Doin (1800-1846), née Mamy, est issue d'une famille parisienne aisée et cultivée. En 1820, elle épouse Guillaume Tell Doin, médecin et homme de lettres. A une période où les sujets de la traite, de l'esclavage et de leurs abolitions sont populaires, Sophie Doin produit son ouvrage La famille noire ou La traite de l'esclavageLe livre s'organise en trois parties : une courte préface qui exprime son objectif (pp. v-viii), une introduction qui contextualise le thème (pp. 1-31) et une partie romanesque autour de la vie de Phénor, jeune africain, face à la traite et à l'esclavage (pp. 33-138). On trouve aussi en fin d'ouvrage les notes précisant certains éléments et les sources. 

La religion est au cœur de la pensée de Sophie Doin. Sur la page de couverture, elle cite un verset de Saint-Luc qui rend compte des valeurs au cœur de ses conceptions : "Traiter les hommes de la même manière que vous voudriez vous-même qu'ils vous traitassent" VI. 31. Protestante, elle interroge la moralité de ses semblables : "Mais, combien les chrétiens se montrèrent peu dignes de ce beau titre de chrétiens !" (p. 3) et elle remet en cause l'argument de la conversion employé par certains pour justifier de la traite et de la mise en esclavage des Africains : "les fourbes seuls oseront soutenir qu'en arrachant des esclaves de l'Afrique, ce sont des idolâtres qu'ils veulent convertir à la foi" (pp. 29-30).

Un ouvrage abolitionniste entre faits avérés et littérature

Sophie Doin se donne pour mission de diffuser les idées abolitionnistes sous forme littéraire pour les rendre accessibles au plus grand nombre. On peut ainsi lire dans la préface son souhait : "Rendre populaire la connaissance des malheurs inouïs qui, depuis plusieurs siècles, pèsent sur les malheureux Africains, c'est avancer l'aurore de leur régénération sur la terre ; c'est en portant dans tous les rangs l'horreur pour la traite qui les arrache à leur patrie, et pour l'esclavage dans lequel ils gémissent aux colonies, qu'on rendra vraiment efficace l'indignation qui doit soulever tout être pensant contre cet usage homicide. (...) il est nécessaire de les éclairer tous : tel a été le but de mes efforts.(p. VI, VII).

Elle insiste à plusieurs reprises sur le fait qu'elle rapporte la vérité, même si elle la donne sous une forme romancée. Dans la préface, elle écrit : "Ce livre n'est pas un roman, c'est l'histoire scrupuleusement fidèle des crimes qu'ont entraînés avec eux, dès leur origine, et que perpétuent de nos jours la traite et l'esclavage des noirs." (p. v) ; elle ajoute encore que "les indifférens, classe trop nombreuse, peuvent eux-mêmes lire ce petit livre comme on lit une nouvelle. Sous cette forme légère, la vérité percera dans toutes les classes". (sic) (p. vii) Même dans les notes regroupées en fin d 'ouvrages, elle rappelle que "Tous les traits affreux qui feront frémir les lecteurs sensibles sont de la plus exacte, de la plus scrupuleuse vérité (...). Cet ouvrage est une histoire impartiale bien plutôt qu'un roman. Toutes les circonstances qu'on y trouvera développées dans le cadre d'une nouvelle, sont historiques, sont appuyés sur les preuves les plus certaines, sont constatés par les ouvrages les plus recommandables." (pp. 140-141 note 3).

Les notes de fin d'ouvrages montrent que Sophie Doin lisait les productions de la Société de la morale Chrétienne dont son mari était un membre. Les membres de cette société projetaient de mettre en œuvre un évangile actif et utile ; ils militaient notamment pour l'abolition de la traite des Noirs et avaient créé un comité à cet effet. Sophie Doin s'appuie plus particulièrement sur trois références que vous pouvez consulter sur le site de la Bibliothèque nationale de France : 

Thomas Clarckson est probablement le plus connu d'entre eux. Non seulement il a consacré sa vie à combattre l'esclavage en Angleterre, mais il a aussi aidé à la création de la Société des amis des Noirs en 1788 en France. Il avait par ailleurs tenu une correspondance pendant 5 ans avec le roi Christophe en Haïti. Thomas Jowell (ou Fowell) Buxton, avait comme Clarckson participé à la fondation de l'Anti-Slavery Society en 1823 et s'était engagé pour l'abolition de l’esclavage dans les territoires britanniques aux côtés de William Wilberforce. M. Coquerel qui a rédigé l'introduction, était quant à lui l'un des secrétaires de la Société de la morale chrétienne. Enfin, Juste Chanlatte fut secrétaire du roi d'Haiti et rédacteur de presse ; il publia aussi 2 pièces de théâtre. L'histoire de la catastrophe de Saint-Domingue parut uniquement avec la mention de ses initiales. Une note indique : "M. J. C., orateur, historien et poëte, et l'un des écrivains les plus distingués du Nouveau-Monde."(sic) Sophie Doin, elle, décrit un "ouvrage admirable d'un noir" (p. 143) pour évoquer l'oeuvre de Juste Chanlatte.

Dans ses travaux, Doris Y. Kadish, professeur émérite en Women and French studies, souligne le fait que Sophie Doin s'appuie sur des sources diverses et complémentaires pour construire son oeuvre : écrits littéraires et non littéraires émanant d'Européens ou d'Haïtiens, Blancs ou Noirs... Sophie Doin semblait en effet accorder de l'importance à l'égalité raciale, au partage de l'autorité, à l'action humaine, au respect et à la réciprocité.

Mon Dieu protège... vue 10
L'espoir autour de la reconnaissance de l'indépendance d'Haïti

Quand en 1825, Charles X reconnait l'indépendance d'Haïti, Sophie Doin affirme la justesse de cette reconnaissance ; la note 30 débute ainsi : "Honneur au roi chrétien qui vient solennellement de reconnaître ton indépendance" (p. 147).

Haïti tient une place importante dans l'oeuvre de Sophie Doin. La première planche de l'ouvrage (illustration ci-contre) est une personnification de la France et d'Haïti. La légende indique "Mon dieu protège mon père. Mon Dieu veille sur les destinées d'Haïti." Cette incarnation de la France se retrouve aussi au sein du récit dans le personnage de Merville, blanc riche et cultivé qui vient en aide à Phénor et instruit son fils, personnification du destin à venir d'Haïti, avant de le laisser à sa destinée. 

Sophie Doin fait partie de ceux qui voyaient dans la reconnaissance par Charles X de l'indépendance d'Haïti, un symbole d'espoir pour les peuples opprimés. Elle fait ainsi dire à Merville : "la belle république d'Haïti , naguère elle n'était qu'une colonie peuplée d'esclaves, maintenant elle est libre et respectée, mais combien de victimes ont ensanglanté ses rivages avant qu'ait lui, pour elle, le beau jour de la liberté !" (p. 123). Elle achève son oeuvre sur ses lignes "et toi, Haïti ! ô que ta splendeur ne soit pas un brillant météore, mais un phare immortel de salut et de liberté !!!" (p. 138).

L'agentivité des rôles féminins


Sophie Doin conçoit la cohésion sociale autour des rôles complémentaires des hommes et des femmes : public et politique pour l'homme, moral et intellectuel pour les femmes. Dans ses œuvres, elle attribue des rôles importants à ces dernièresA ce titre, Néala, personnage féminin central de l'histoire est intéressant. Sophie Doin s'inspire en effet du récit autour d'une femme nommée Nealee dans Le Cri des Africains... de Thomas Clarkson, 1822, qui lui même tire son passage du récit de l'explorateur Mungo Park dans Travels in the interior districts of Africa... (première édition 1799). Mais les écrits de Sophie Doin se distinguent de ceux de ses contemporains par sa perception des rôles féminins. Doris Y Kadish n’hésite ainsi pas à dire qu'elle préfigure les féministes modernes. Ainsi, dans La famille noire, Néala fait montre de compassion et n'hésite pas à sacrifier sa liberté pour tenter de sauver la mère de Phénor. Elle sait aussi trouver les mots pour que ce dernier ne se laisse pas mourir de désespoir. Elle est encore celle qui refuse et lutte vainement contre les avances d'un maître peu scrupuleux. Le personnage de la femme chez Sophie Doin est actif, il valorise l'idéal de la mère et il est un modèle de tolérance et de compassion. 

Sophie Doin produit ainsi une oeuvre représentative voire conventionnelle des discours antiesclavagistes, imprégnée de notions caractéristiques de son époque ; mais, dans le même temps, elle offre une approche originale liée à sa sensibilité pour les inégalités et les injustices, nourrie par son expérience de minorité contrainte ou opprimée en tant que femme et protestante.

Livres anciens sur Manioc.org 

Pour aller plus loin

  • Debbasch, Yvan. Poésie et traite, l'opinion française sur le commerce négrier au début du XIXe siècle. In: Revue française d'histoire d'outre-mer, tome 48, n°172-173, troisième et quatrième trimestres 1961. pp. 311-352. 
  • Kadish, Doris Y., Fathers, Daughters, and Slaves in the Francophone World. Liverpool: Liverpool University Press, 2012.
  • Kadish, Doris Y. Haiti and Abolitionism in 1825: The Example of Sophie Doin. Yale French Studies, no. 107, 2005, pp. 108–130.
    J.P. 





    Lien vers l'article : http://blog.manioc.org/2019/03/sophie-doin-et-la-famille-noire-ou-la.html

    mercredi 27 février 2019

    Le carnaval à la Martinique dans les livres anciens

    De Saint-Pierre à Fort-de-France, de 1891 à 1935...



    Les livres anciens de Manioc regorgent de données sur les carnavals dans la Caraïbe et même au-delà. Cette année, le blog de Manioc se penche plus particulièrement sur les descriptions du carnaval à la Martinique.  

    Le carnaval, moment de liesse

    Dans Madinina "Reine des Antilles"... publié en 1931, le médecin colonial William Dufougeré rappelle que "le carnaval commence le dimanche qui suit le jour des Rois et ne prend fin que le mercredi des Cendres". (p. 142) 
    Ce qui marque tous les auteurs, c'est cette marée humaine colorée et grouillante. Dans Trois ans à la Martinique publié en 1891Louis Garaud, vice-recteur de Martinique, rédacteur d'un compte rendu de son séjour dans l'île, écrit : "Ici, la ville entière est descendue dans la rue ; la ville entière a pris le masque ; elle chante, elle danse, elle agite ses grelots". (p. 62) Dans le roman Cœurs martiniquaisClémence Cassius de Linval, issue d'une famille blanche créole de Saint-Pierre, et écrivant sous le pseudo Jean Max, raconte, elle aussi : "Partout des fleurs et des lumières, de la musique et des grelots. Le dimanche soir, les rues étaient abandonnées aux masques. C'était une marée montante de costumes extravagants , de déguisements étranges et bigarrés."  (p. 87). Dans Madinina "Reine des Antilles"..., William Dufougeré précise :
    "Jeunes et vieux y participent, et tout le monde s'amuse franchement ; c'est la vraie fête d'un peuple enjoué qui célèbre par des chansons et par des danses sa joie de vivre au milieu d'une nature exubérante, en oubliant pour quelques instants les soucis de la vie quotidienne." p. 144
    Ce temps de réjouissance est ponctué de rassemblements dans la rue, d'hommes, de femmes et d'enfants réunis dans les chants, la danse, et les rires. Que ce soit chez Louis Garaud, Maxime Petit ou d'autres écrivains, on retrouve l'idée de ce cortège joyeux. Dans Trois ans à la MartiniqueLouis Garaud écrit encore :
     "Au son de cette musique, l'innombrable cortège des hommes et des femmes marche en mesure, se tenant la main, se donnant le bras, se séparant, s'unissant, se rapprochant selon les mouvements de cette danse accidentée, au milieu des cris, des chants, des rires, dans un déhanchement endiablé, dans une ivresse sans frein. Ah! ce n'est pas le carnaval des riches! C'est le vrai peuple chez lui, souverain dans la rue, en fête extravagante, en joie débraillée (...)" p. 65.
    On retrouve des mots presque identiques dans Les colonies françaises : petite encyclopédie coloniale... de Maxime Petit publié en 1902 ; au point, qu'on peut se demander si le second ne s'est pas inspiré du premier pour rédiger ce paragraphe.
    "Il faut les voir, par exemple, le jour du carnaval. Au son d'une mélopée plaintive, à la phrase tombante et reprise sans intermittence avec quelques variantes, l'innombrable cortège des hommes et des femmes marche en mesure, se tenant par la main, se donnant le bras, se séparant, s'unissant, selon les mouvements de cette danse accidentée, au milieu des cris, des chants, des rires, dans une ivresse sans fin.p. 597
    Dans Madinina "Reine des Antilles"...William Dufougeré parle quant à lui de "vidée" (sic) : 
    "Le vidée n'est ni un défilé, ni un cortège, mais une cohue de masques qui suivent en chantant et en dansant un groupe de musiciens. Pressés les uns contre les autres, hommes et femmes s'agitent, dansent, se dandinent, gesticulent, lèvent les bras et reprennent en chœur le refrain à la mode." p. 147.

    Masques et costumes de carnaval 

    Les descriptions font la part belle aux masques et aux costumes. Dans le roman Cœurs martiniquaisClémence Cassius de Linval cite les dominos, les Pierrot, les Polichinelles, un clown enfariné, un don Quichotte, la mort, les diables... Elle mentionne aussi des déguisements somptueux comme celui d'un Henri IX, d'un François Ier, ou d'un triboulet (bouffon). Dans Madinina "Reine des Antilles"..., William Dufougeré dépeint les costumes de  bébé (p. 144) , des nègres gros sirop (p. 145), et du diable rouge (p.146).  Mais c'est auprès de Lafcadio Hearn que l'on trouve le plus de détails.  Ce dernier vécut un temps à Saint-Pierre comme correspondant du journal Harper's Monthly aux Antilles ; une partie de son oeuvre est ainsi directement inspirée de son passage dans la Caraïbe. Dans Esquisses martiniquaisesil s'attarde tout particulièrement sur les costumes. Il mentionne non seulement les capuchons pointus, les coiffures hautes et les caricatures de costumes de religieux, mais il précise aussi qu'on "voit certaines idées de costumes décidément locales qui méritent qu'on les note : le congo, le bébé ou ti manmaille, le ti nègue gouos sirop (petit nègre à la mélasse), et la diablesse." (sic) (p. 180). Il décrit ensuite avec minutie ces costumes locaux. C'est encore avec lui qu'on en apprend plus sur les masques : 
    "Parmi les masques que porte la foule des danseurs, il y en a très peu de grotesques ; en général ce sont simplement des masques en laiton bleu, ayant la forme d'une figure humaine ovale et régulière, et ils déguisent parfaitement bien celui qui les arbore, qui peut cependant voir très clairement derrière ce masque." p. 182. 
    Extrait de Fort-de-France, centre-ville. Carnaval : défilé de chars,
    parade et les spectateurs dans les rues

    Les chars du carnaval

    La cavalcade n'est pas composée que d'hommes et de femmes à pieds. Clémence Cassius de Linval dans Cœurs martiniquais (p. 89) relate aussi la présence de chars tout comme le fait un extrait du texte de Paul Boye dans le journal La Paix du 18 mars 1931 repris par Césaire Philémon dans Galeries martiniquaises... Pour ce dernier, il s'agit d'une partie du poème Souvenirs de Mi-Carême, occasion pour Paul Boye d'évoquer le carnaval à Saint-Pierre avec ce char marquant : 
    "Le char du rhum, du sucre et des cultures secondaires monté par les travailleurs de l'Habitation Pécoul. Juché sur une grosse barrique, le dieu Bacchus tient une bouteille de dimension à la main. Le char est orné de cannes superbes au vert feuillage, de fleurs, de lianes, de branches, de cacaoyers, de caféiers chargés de fruits." pp. 262-263.
    Ce char est suivi de la description de plusieurs autres : le char de la pêche, le char de la Musique, le char de l'Abeille.


    L'incontournable Bois-Bois / Bwa-Bwa

    Que serait le carnaval de la Martinique sans son Vaval ? Ce que l'on nomme désormais Vaval portait autrefois le nom de Bois-bois. Trois auteurs l'évoquent. Dans le roman Cœurs martiniquaisClémence Cassius de Linval précise : 
    "Ce mot, qui ne se rencontre dans aucun dictionnaire, représente à la Martinique, sous la forme d'un mannequin plus ou moins bien réussi, quelque vice ou quelque travers que le peuple sans pitié se croit, à cette époque, le droit de flétrit ainsi." p. 96
     Dans Esquisses martiniquaises de Lafcadio Hearn, on peut aussi lire :
    "Le bois-bois était un mannequin qui caricaturait l'incident le plus impopulaire dans la vie de la ville, ou dans la politique. Après avoir promené avec une feinte solennité à travers toutes les rues de Saint-Pierre, le bois-bois était enterré ou noyé et jeté à la mer." pp. 183-184
    Dans Madinina "Reine des Antilles"..., William Dufougeré, avant de détailler la représentation du bois-bois de l'année, explique de même :
     "Celui-ci n'est autre qu'un mannequin que l'on porte au bout d'un bâton. Mais ce mannequin a une physionomie propre, et ceux qui sont au courant des petits potins de la ville y reconnaissent telle ou telle personne, nouvelle victime de la malignité publique." p. 149 

    Les chansons politiques, satiriques et les chansons d'amour

    Le chant et la musique sont au cœur du carnaval, ils en rythment les vidés. Vous trouverez quelques bouts de paroles par exemple dans Trois ans à la Martinique de Louis Garaud (p. 66), dans Madinina "Reine des Antilles"... de William Dufougeré (pp. 145, 147, 149) ou dans  Les Antilles filles de France ... de Marthe Oulié (pp. 48, 53). Mais Le carnaval de St-Pierre... est sur ce sujet une perle publiée en 1930 par "un instituteur de la Martinique, M. Victor Coridun, musicographe" (p. 24). L'ouvrage mériterait un article à lui seul tant il est rare et précieux. En effet, Victor Coridun a entrepris de 1920 à 1925 un projet pour recueillir des chansons créoles dont il a donné pour certaines l'origine des paroles. Son ouvrage se décompose en plusieurs sections : chansons politiques, chansons satiriques, chansons d'amour... 45 chansons créoles, 53 pages de musique, le tout est précédé par des extraits d'auteurs qui évoquaient le carnaval ; on retrouve ainsi Trois ans à la Martinique de Louis Garaud, Esquisses martiniquaises de Lafcadio Hearn, Cœurs martiniquais de Clémence Cassius de Linval cités précédemment. 

    Dans Esquisses martiniquaises,  Lafcadio Hearn revient sur la création de ces chants en 1887 :
    "Ce sont deux grandes sociétés de danse rivales, les Sans-Souci et les Intrépides, qui composent et qui chantent des chansons de carnaval, -en général de cruelles satires, dont le sens local est inintelligible pour ceux qui ignorent l'incident qui a inspiré l’improvisation aux mots trop souvent grossiers ou obscènes, et dont les refrains seront répétés dans tous les tours de l'île (...) Et la victime d'une chanson de carnaval ne peut espérer qu'on oubliera jamais son forfait ou son erreur. On les célébrera encore longtemps après qu'il sera enterré." pp. 175-176. 

    La danse et les bals masqués 

    La période de carnaval se caractérise aussi par ses nombreux bals. Comme l'écrit Clémence Cassius de Linval dans Cœurs martiniquais : "les bals succédaient aux bals, les matinées musicales aux soirées." (p. 88) Après les vidés de l'après-midi vient le temps des soirées. Dans Madinina "Reine des Antilles"...William Dufougeré relate :
    "Le vidée ne prend fin que lorsque la nuit est venue ; ceux qui y ont participé vont en hâte se déshabiller et dîner, mais ce ne sera qu'un intermède de courte durée : princes et bébés, dominos et diables se rencontreront à nouveau dans les bals masqués qui dureront toute la nuit." p. 148
    Comme la chanson, la danse est au cœur du carnaval. Dans Esquisses martiniquaisesLafcadio Hearn offre une courte description de la danse la bouéné : "les danseurs s'avancent en vis-à-vis, ils s'étreignent, se pressent et se séparent pour s'étreindre de nouveau. C'est une danse fort ancienne, d'origine africaine." (pp. 182-183) Il conclut qu'il s'agit peut-être de celle que décrivait déjà Labat en 1722 avant d'en donner citation.

    Enfin, l'un des passages les plus importants consacrés au bal figure dans Trois ans à la Martinique. Louis Garaud consacre toute une partie au bal de masques dans le théâtre de Saint-Pierre pendant le carnaval. Il décrit l'orchestre, la foule compacte dansant d'un même mouvement, le quadrille. (pp. 301-307)


    De Saint-Pierre à Fort-de-France

    Le carnaval de Saint-Pierre de la Martinique a rempli la littérature jusqu'à ce que la grande éruption de 1902 vienne frapper la ville. Dans Les Antilles filles de France : Martinique, Guadeloupe, HaïtiMarthe Oulié donne une version peu élogieuse du carnaval de Fort-de-France pour se replonger dans le souvenir de Saint-Pierre (pp. 51-53) ; mais dans Madinina "Reine des Antilles"...William Dufougeré explique :
    "pendant plus de douze ans, il n'a plus été question du Carnaval, et les joyeuses fêtes populaires de jadis restaient à l'état de souvenir. Mais un quart de siècle s'est écoulé depuis l'année terrible, et comme aucun deuil n'est éternel, les générations nouvelles fêtent actuellement à Fort-de-France le Carnaval, comme on le fêtait jadis à Saint-Pierre." p. 144
    Manioc vous souhaite de passer un agréable temps de carnaval et vous laisse avec ce poème de M. ROSAL cité par Césaire Philémon dans Galeries martiniquaises... (p. 261)



    Livres anciens sur Manioc.org évoquant le carnaval à la Martinique

    Audio-vidéo sur Manioc.org

    Iconographie sur la Banque numérique des patrimoines martiniquais 

    La photographie  Fort-de-France, centre-ville. Carnaval : défilé de chars, parade et les spectateurs dans les rues est extraite de la Banque numérique des patrimoines martiniquais. Vous pouvez y retrouver d'autres iconographies en tapant le mot-clé carnaval. 

    Les précédents billet du blog Manioc sur le même thème



    Lien vers l'article : http://blog.manioc.org/2019/02/le-carnaval-la-martinique-dans-les.html

    mercredi 20 février 2019

    Les Villes des Petites Antilles #4 : Kingstown, Saint-George, Port-of-Spain

    Dernières escales

    L'équipe Manioc a décidé de découvrir les villes des Petites Antilles en exploitant les différents matériaux présents dans Manioc.org. Dans le précédent épisode, Manioc faisait escale à Saint-Pierre, Castries et Bridgetown. Dans ce périple d'îles en îles, nous allons pour finir parcourir Kingstown, Saint-Georges et Port-of-Spain.

    Kingstown, capitale de Saint-Vincent-et-les-Grenadines

    Vue de Kingstown, capitale de Saint-Vincent
    Nous laissons encore une fois parler les voyageurs et leurs impressions. La première  est celle contenue dans l'ouvrage Aux Antilles : hommes et choses de Robert Huchard lorsqu'il arrive à Saint-Vincent. 
    Sa description, 
    empreinte d'une forme de lassitude, est marquée par une certaine négativité, par un éloge du modèle colonial anglais et par des observations à la limite du racisme. Il est le témoignage de la façon de penser de l'époque (début du XXe siècle, c'est-à-dire, la période de la deuxième colonisation). Son écriture est très riche et colorée de détails, elle nous emporte et nous fait découvrir les subtilités de son voyage aux Antilles, les  parfums, les nuances capables d'être décelés par une âme sensible.

    « Vues de la mer, toutes ces villes des Antilles se ressemblent ; mêmes murailles fendillées et jaunes, mêmes toits de tôle, même impression de vétusté au milieu d'un paysage toujours le même, lui aussi, magnifique et monotone, toujours surprenant néanmoins. » p. 74 
    « Encore une nuit passée en mer. Encore au matin un surprenant réveil, une terre monte à l'horizon: Saint-Vincent. Les mêmes sommets, les mêmes montagnes, les mêmes sites : ciel, arbres, terrains grandissent, s'avancent. Les hauts cocotiers, à nouveau, font trembler, à l'extrémité de leurs longues tiges, leurs touffes de palmes vertes ; à nouveau aussi accourent des flottilles débarques nègres. L'île de Grenade s'est-elle donc prolongée jusqu'ici? C'est à le croire. Le climat, les types d'habitants, les lignes maîtresses du paysage: on retrouve tout, rien n'a changé.
    Toutefois certains bâtiments diffèrent quelque peu à Kingstown de ceux déjà vus dans les autres îles. Ils sont plus hauts, deux, trois étages parfois. Quelques-uns bâtis en pierres noires, en moellons, en briques, offrent une certaine analogie avec les maisons de Fort-de-France. Seraient-ce là les derniers vestiges de l'occupation française? Car Saint Vincent, comme les autres Antilles d'ailleurs, nous appartint pendant un long temps. » p. 76 

    PL. XIII Kingstown harbor, St. Vincent, looking west.

    Pour enrichir cette première description de Kingstown, tournous-nous vers Henry Nelson Coleridge et son récit de voyage Six months in the West Indies. L'homme avait décidé d'entreprendre un voyage aux Antilles pour chercher dans le climat tropical une possible guérison à ses rhumatismes. Le ton est différent, les considérations personnelles de l’auteur sont partout et souvent, il divague largement sur nombre de frivolités. On est loin des descriptions minutieuses du Père Labat ou de J. Anthony Froude ; malgré tout, il livre un témoignage sur la situation sociale des possessions anglaises des Caraïbes au début du XIXe siècle. On y découvre d'excellentes descriptions de paysages et nombreuses réflexions sur les coutumes appliquées dans les différents îles. Un exemple : l’extrait suivant, tiré du chapitre dédié à Saint-Vincent. On y trouve une description de la ville et de la pratique cruelle réservée aux prisonniers, enchaînés dans les lieux publics, exposés aux regard de tous, chose pourtant interdite dans l'Angleterre du XIXe siècle.
    Kingstown lies in a long and narrow line upon the edge of the water; on the eastern end is a substantial and somewhat handsome edifice containing two spacious apartments, wherein the council and Assembly debate in the morning, and the ladies and gentlemen dance in the evening; towards the western extremity is also a substantial and ugly building (…)” p. 101“One thing disgusted me much; I allude to the practice of working runaway, riotous, or convict slaves in chains in the public street of Kingstown.” p. 105




    Saint-George, capitale de la Grenade.

    Encore quelques mots venant de l'ouvrage d'Henry Nelson Coleridge Six months in the West Indies, cette fois ci pour la ville de Saint-GeorgeIl nous indique dans l'introduction, qu'il a voyagé non seulement dans les Antilles, mais aussi en Europe, et qu'en décrivant la pittoresque Saint-George il à l'impression de se retrouver en Italie. Voir les passages qui suivent... 

    “Early the next day we made Grenada, and came into the bay by twelve o'clock.If Trinidad is sublime, Grenada is lovely. I do not know why it should have put me in mind of Madeira, but it did so continually. The harbour is one of the finest in the West Indies, and the hurricanes have not ranged so far(…) The town covers a peninsula which projects into the bay; Fort George stands on the point, the spired church on the isthmus; within is the Carenage full of ships and the wharfs of the merchants surrounding it; beyond it lie three or four beautiful creeks indenting the cane fields, an aqueduct at which the boats water, the mangroves growing out of the sea, the great Lagoon, and Point Salines shooting out a long and broken horn to the south west. Over all, and commanding every thing in the vicinity, tower the Richmond Heights, which are crested with fortifications of prodigious extent, from which the Bocas of Trinidad have been seen on a clear afternoon. The rest of the prospect is delightful; in every direction the eye wanders over richly cultivated valleys with streams of water running through them, orchards of shaddocks and oranges, houses with gardens, negro huts embowered in plantain leaves, mountains and little hills romantically mixed and variegated with verdant coppices of shrubs and trees.” pp.  94-95
    Saint George's
    “My stay in this island was short, but I was much delighted with all that I saw. Grenada is perhaps the most beautiful of the Antilles, meaning by this that her features are soft and noble without being great and awful. There is an Italian look in the country which is very distinct from the usual character of the intertropical regions, and is peculiar to this colony. (...)
    St. George's is a large town and picturesquely placed on a peninsula and the sides of a hill, but the consequence of this situation is that the streets are all so steep that the inhabitants consider it unsafe to use any sort of carriages on them. However they certainly make more of this than is necessary. I would engage to drive a tandem with perfect security from the landing place in the Carenage to Government House.” p. 96
    “We left Grenada after dinner on the evening of Friday the 8th of April, passed at some distance to leeward of the long line of islands and islets called Grenadines, which are equally distributed between the two governments of St. Vincent's and Grenada, and after beating up for nearly twenty-four hours in sight of land, came to anchor in Kingstown Bay at five in the morning of Sunday the 10th. The view of the town and surrounding country is thought by many to be the most beautiful thing in the Antilles; it is indeed a delightful prospect, but, according to my taste, not within ken of the surpassing loveliness of the approach to Grenada. Trinidad is South American, but St. George's, the Lagoon, and Point Salines are perfect Italy.” p. 101 

    Port-of-Spain, capitale de Trinidad-and-Tobago:

    Aujourd’hui cette ville est un des principaux moteurs économiques des West Indies,  autrefois considérée comme une ville exemplaire en termes d’aménagement urbain, comme le témoigne le document suivant des archives de la ville de Fort-de-France :
    Rapport [de la] commission municipale chargée d'examiner à Port-of-Spain (Trinidad) le mode de rechargement et d'entretien des rues, le fonctionnement des abattoirs, les services de propreté, des eaux, des pompes funèbres, et en général toutes les méthodes de voirie urbaine, d'assainissement et d'hygiène appliquées et d'examiner le moyen de les adapter à la ville de Fort-de-France. En effet, une commission ad hoc fut constituée par la Ville de Fort-de-France en 1920, pour mener à bien une mission de reconnaissance à Port-of-Spain. L'objectif était d'appréhender comment cette ville, considérée comme  exemplaire dans l'aménagement urbain, faisait face aux problématiques de la ville, telles vécues dans les îles de la Caraïbe. On le voit bien, l'étude comparée n'est pas une nouveauté des temps présents.


    « La Commission nommée par le Conseil municipal à l'effet de se transporter à Trinidad (…) composée de :MM. I. Tarquin, 2ème adjoint au Maire, Délégué à la Voirie,O. Mosole, Conseiller Municipal,P. Nays, Agent-Voyer,a laissé la Martinique par le steamer faisant le service intercolonial des Antilles, le 27 février dernier ; elle a débarqué à Port-of-Spain le 29, y a séjourné jusqu'au 14 mars et est rentrée à Fort-de-France le 16 mars.Dès son arrivée dans la Colonie anglaise elle s'est présentée, avec une lettre de recommandation de M. le Gouverneur de la Martinique, à M. le Consul français. Celui-ci lui a remis aussitôt des lettres d'introduction pour M. le Secrétaire Colonial du Gouvernement de Trinidad qui a, lui-même, demandé aux autorités municipales de la localité de favoriser toutes les investigations auxquelles la Commission désirait se livrer. Avec l'obligeant concours de l'Ingénieur municipal et du chef du Service de prophylaxie, les délégués de la Ville de Fort-de-France ont pu procéder au Chef-lieu de la Trinidad et aux environs à toutes les observations ci-dessous développées qui leur ont paru devoir se rattacher à leur mission. » p.1 



    St. James avenue, Port-of-Spain, Trinidad
    «  ETABLISSEMENT et ENTRETIEN des RUES et CHAUSSÉES. — Sans aucune exagération l'on peut dire que la viabilité urbaine est excellente à Port-of-Spain. Les voies suburbaines, dans le rayon très étendu que nous avons pu visiter, sont dans le même état. L'aspect que présentent les chaussées, surtout celles des rues, est celui d'un glacis bétonné et enduit, de dix à douze mètres de largeur ». p. 1. 


    « PROPRETÉ. — ENLÈVEMENT des IMMONDICES 
    La propreté de Port-of-Spain fait l'admiration de ses visiteurs. Elle est poussée aux limites du possible. A toute heure du jour, l'étranger ressent la même impression favorable en parcourant les rues : celle d'une ville toujours parée sans que l'on se rende compte de l'heure à laquelle s'effectue sa toilette. C'est que le balayage des chaussées se fait de nuit, entre une et quatre heures du matin, que l'enlèvement des ordures ménagères commence à partir de 5 heures et se poursuit simultanément par une trentaine de grandes charrettes. L'atelier préposé seulement au balayage comprend cent vingt unités. Enfin Port-of-Spain possède un réseau d'égoûts desservant la plus grande partie, de la Ville. Les eaux usées et les vidanges des maisons vont à l'égoût. Pour les quartiers non munis d'égoùt l'installation d'un châlet de nécessité, dans la cour de l'immeuble, est obligatoire. Le service est assuré par la voirie qui procède sans transvasement ; à l'aide d'une pompe, les récipients, en béton armé, de ces châlets, (coquets pavillons bien aérés et ventilés) sont vidés, puis lavés et désinfectés : les matières sont recueillies dans des tonneaux à fermeture hermétique (couvercles à vis) et rendues à une bouche d’égout dans le voisinage de l'usine qui les refoule en mer». 
    La propreté de Port-of-Spain fait l'admiration de ses visiteurs. Elle est poussée aux limites du possible. A toute heure du jour, l'étranger ressent la même impression favorable en parcourant les rues : celle d'une ville toujours parée sans que l'on se rende compte de l'heure à laquelle s'effectue sa toilette. C'est que le balayage des chaussées se fait de nuit, entre une et quatre heures du matin, que l'enlèvement des ordures ménagères commence à partir de 5 heures et se poursuit simultanément par une trentaine de grandes charrettes. L'atelier préposé seulement au balayage comprend cent vingt unités. Enfin Port-of-Spain possède un réseau d'égoûts desservant la plus grande partie, de la Ville. Les eaux usées et les vidanges des maisons vont à l'égoût. Pour les quartiers non munis d'égoùt l'installation d'un châlet de nécessité, dans la cour de l'immeuble, est obligatoire. Le service est assuré par la voirie qui procède sans transvasement ; à l'aide d'une pompe, les récipients, en béton armé, de ces châlets, (coquets pavillons bien aérés et ventilés) sont vidés, puis lavés et désinfectés : les matières sont recueillies dans des tonneaux à fermeture hermétique (couvercles à vis) et rendues à une bouche d’égout dans le voisinage de l'usine qui les refoule en mer». La propreté de Port-of-Spain fait l'admiration de ses visiteurs. Elle est poussée aux limites du possible. A toute heure du jour, l'étranger ressent la même impression favorable en parcourant les rues : celle d'une ville toujours parée sans que l'on se rende compte de l'heure à laquelle s'effectue sa toilette. C'est que le balayage des chaussées se fait de nuit, entre une et quatre heures du matin, que l'enlèvement des ordures ménagères commence à partir de 5 heures et se poursuit simultanément par une trentaine de grandes charrettes. L'atelier préposé seulement au balayage comprend cent vingt unités. Enfin Port-of-Spain possède un réseau d'égoûts desservant la plus grande partie, de la Ville. Les eaux usées et les vidanges des maisons vont à l'égoût. Pour les quartiers non munis d'égoùt l'installation d'un châlet de nécessité, dans la cour de l'immeuble, est obligatoire. Le service est assuré par la voirie qui procède sans transvasement ; à l'aide d'une pompe, les récipients, en béton armé, de ces châlets, (coquets pavillons bien aérés et ventilés) sont vidés, puis lavés et désinfectés : les matières sont recueillies dans des tonneaux à fermeture hermétique (couvercles à vis) et rendues à une bouche d’égout dans le voisinage de l'usine qui les refoule en mer». pp. 4 et 5.Le mode de vidanges est sans contredit la plaie de notre ville ; il a été et est souvent très sévèrement critiqué par nos visiteurs. A la vérité, tandis qu'en France, dans les colonies anglaises voisines, dans le monde entier, les progrès de l'hygiène et de l'assainissement se sont réalisés dans des villes beaucoup moins importantes que la nôtre, nous avons, au contraire, sinon régressé du moins marqué le pas. » p. 7 L'intensité de l'éclairage public n'est pas, proportionnellement, moindre à Fort-de-France qu'à Port-of-Spain ; mais en revanche l'éclairage électrique privé est beaucoup plus développé dans celte dernière ville dont la Compagnie de l'électricité possède une usine, d'une puissance considérable, qui fournit non seulement la lumière publique et privée mais aussi la torce motrice nécessaire à l'exploitation d'une ligne de tramways électriques desservant Port-of-Spain et ses environs. Le nombre de voitures omnibus circulant simultanément est de vingt-quatre réparties sur quatre lignes. L'usine est actionnée par des générateurs à vapeur ».p.  12
    « VIDANGES 
    Le mode de vidanges est sans contredit la plaie de notre ville ; il a été et est souvent très sévèrement critiqué par nos visiteurs. A la vérité, tandis qu'en France, dans les colonies anglaises voisines, dans le monde entier, les progrès de l'hygiène et de l'assainissement se sont réalisés dans des villes beaucoup moins importantes que la nôtre, nous avons, au contraire, sinon régressé du moins marqué le pas ». p. 7
     « SERVICE des EAUX
    Ce qui fait la caractéristique du service des eaux de Port-of-Spain c'est sa réglementation… La réglementation du service des eaux permet à la population d'en avoir en tout temps. Elle consiste surtout dans la répression du gaspillage. Il est formellement interdit, sous peine d'amendes, de laisser ouvert le robinet de puisage en dehors des besoins ; la consommation particulière est ainsi réduite au minimum. Les abonnements sont proportionnels pour les maisons d'habitation ordinaires ; ils sont de quatre pour cent (4 o/o,) de la valeur locative brute. Dans les établissements le compteur est exigible. Il nous manque, certes, à Fort-de-France, une réglementation des eaux. Le débit de notre eau d'alimentation pourrait largement suffire à tous les besoins si un réglage convenable était opéré et si surtout il était mis un frein à la dépense plus qu'excessive des concessionnaires de la route de Didier ». p. 1
    « ECLAIRAGE ÉLECTRIQUE  
    L'intensité de l'éclairage public n'est pas, proportionnellement, moindre à Fort-de-France qu'à Port-of-Spain ; mais en revanche l'éclairage électrique privé est beaucoup plus développé dans celte dernière ville dont la Compagnie de l'électricité possède une usine, d'une puissance considérable, qui fournit non seulement la lumière publique et privée mais aussi la torce motrice nécessaire à l'exploitation d'une ligne de tramways électriques desservant Port-of-Spain et ses environs. Le nombre de voitures omnibus circulant simultanément est de vingt-quatre réparties sur quatre lignes. L'usine est actionnée par des générateurs à vapeur ». p. 12

    Port of Spain, capitale de la Trinidad


    « CONCLUSIONS L'impression générale que la mission rapporte de Port-of-Spain est en tous points excellente. Au point de vue matériel : une grande et belle ville, active, bâtie dans des conditions hygiéniques des plus favorables avec des maisons spacieuses, hautes de plafond dont beaucoup entre cour et jardin. Des voies de communication larges, solides, bien entretenues, d'une propreté admirable ; les établissements publics installés avec le maximum de confort ; les moyens de locomotions nombreux et faciles, (lignes de tramways électriques, divers établissements de location de voitures et automobiles) contrôlés et tarifés d'ailleurs par les autorités municipales pour la sauvegarde des intérêts du public qu'elles n'ont pas voulu laisser livrés à l'arbitraire des intérêts privés. En un mot, ville de progrès moderne ». pp. 14-15


    Comme nous l'avons annoncé, Port-of-Spain était la dernière étape du voyage. Nous espérons que cette incursion dans les villes de la Caraïbe à travers différents siècles a su capter votre attention.

    Livres anciens sur Manioc :

    -Aux Antilles : hommes et choses, Huchard, Robert, Paris : Librairie Académique D. Perrin. 1906, Récit journalier d'un voyage effectué aux Antilles au début du 20e siècle, rythmé par les petites anecdotes vécues par l'auteur et ponctué de commentaires.

    -Six months in the West Indies, in 1825, Coleridge, Henry Nelson (1798-1843), 1832.


    Lien vers l'article : http://blog.manioc.org/2019/02/les-villes-des-petites-antilles-4.html