Dessinons ensemble le futur de la bibliothèque numérique Manioc !

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mardi 19 décembre 2017

Planète Manioc

Les dessous de la numérisation...

Un membre de l'équipe Manioc raconte avec humour, en texte et en image, sa première expérience de préparation des ouvrages pour la numérisation.


Archives départementales de Guadeloupe, neuf heures du matin. Quatre individus, embarquant de larges malles étanches, grimpent rapidement les escaliers puis se faufilent dans le dédale de couloirs. Leur contact sur place les attend pour se mettre au travail. Les cinq silhouettes affairées offrent un spectacle à la chorégraphie bien huilée, et rien dans leurs mouvements ne laisse supposer la redondance et la rigueur du travail en cours : un fastidieux inventaire de ressources anciennes, pour envoi à la numérisation. Cette scène est l’aboutissement de plusieurs mois de travail, mais n’en est pas la conclusion.

En effet, il a d’abord été question de déterminer, chercher, sélectionner, justifier, rationaliser, préciser, vérifier et ordonner les « candidatures » d’ouvrages repérés, reconnus et constatés dans le noir et la poussière de salles oubliées. Puis il aura fallu se réunir, se concerter, échanger, questionner, expliquer, comprendre, ne pas comprendre, s’énerver, recommencer, sauvegarder, présenter, discuter, douter… Nécessaire aussi, de scruter en ligne si l’ouvrage n’est pas déjà présent, même partiellement, gratuitement, téléchargeable… et ce au bon vouloir de connections internet capricieuses afin qu’aboutisse un tableau de référence, des centaines de lignes, d’abord noircies puis amendées, surlignées, triées, copiées, collées sans relâche depuis six mois.

Même les ordinateurs semblent être épuisés par cet effort de longue durée : la clé USB vacille, se déconnecte. Les cinq silhouettes se figent. Lecteur détecté. Fichier intact. On respire… Une sauvegarde sur le bureau est décidée à l’unanimité.

Les ouvrages sont traités un à un. A chaque fois, on contrôle que l’exemplaire soit bien le bon puis on décrit son état. On note les éventuelles contraintes pour la numérisation : présence de tableaux, d’illustrations, de caractères spéciaux… Et bien sûr, on vérifie les informations liées à l’édition. La priorité : les ouvrages « originaires » des Antilles et avant tout les textes en langue créole. On prend soin de glisser le livre dans une enveloppe numérotée avant de le disposer dans la malle. Quatre heures ont failli ne pas suffire pour venir à bout de la liste de plus de cent titres à traiter en ce jour.
 Avant de sceller les malles, une ultime vérification s’est tout de même imposée : il s’agissait, les jours suivants, de compléter de la manière la plus exhaustive possible la description des ouvrages, de leurs illustrations, les qualifier de mots-clés, etc. De plus, il a aussi fallu une dernière fois veiller à ce qu’aucun des exemplaires n’ait pas été, entre temps, numérisé depuis une autre source. Puis les malles ont été refermées et pesées. Vingt-trois kilos chacune.

Leur but est de traverser l’atlantique, vers la société chargée de numériser leur contenu. Les fichiers seront ensuite transmis à d’autres professionnels pour les « OCR-iser », rendant ainsi possible l’usage de la fonction recherche dans le texte. Les ouvrages seront alors mis en ligne et pourront être consultés depuis n’importe quelle adresse IP.

D’ailleurs, un célèbre vulgarisateur les attend de pied ferme : au sein de la cargaison, plusieurs documents auxquels il n’a pas physiquement accès compte tenu de son éloignement. La majorité de ses recherches, il les effectue sur la toile et sur un réseau de bibliothèques numériques et de bases de données : c’est beaucoup plus pratique et bien moins onéreux que d’attendre une version physique du document ou de devoir/pouvoir se déplacer. De plus, une fois les fichiers téléchargés sur son ordinateur, il n’a pas de contrainte de temps pour les examiner et peut directement les annoter et les marquer à sa guise…

Mais aussi, avec l’augmentation du nombre et de l’intensité des risques naturels, la numérisation apparaît un bon moyen pour «sauvegarder » ce patrimoine parfois oublié. Il faut aussi noter la possibilité de l’intégrer, notamment les banques d’images anciennes, aux possibilités de la réalité augmentée afin de créer des visites touristiques d’un nouveau genre…


Bonne lecture !

Rédaction :A.S.
Dessins : A.S.

Lien vers l'article : http://blog.manioc.org/2017/12/planete-manioc.html

jeudi 14 décembre 2017

Le bagnard Auguste Liard-Courtois

La vie d'un bagnard ...



Source Manioc 
Peintre décorateur et militant anarchiste, Auguste Liard-Courtois (1862-1918) est condamné à cinq années de travaux forcés en 1894.
De retour en France, il écrit un ouvrage Souvenirs du bagne dans lequel il décrit les conditions du régime disciplinaire dans les pénitenciers de la Guyane Française, où il côtoie notamment Clément Duval, un anarchiste français, membre du groupe "La panthère des Batignolles". Un ouvrage intéressant sur la survie quotidienne au bagne, paru pour la première fois en 1903 et faisant ainsi le récit des innombrables humiliations et tortures infligées aux prisonniers, réduits à l’état d’esclaves, dont voici quelques extraits choisis :
"Il manque un homme à notre groupe ; il est mort pendant la nuit et son cadavre est resté dans un coin de la case [...] et sa dépouille sera jetée à la mer sans autre formalité. A l'appel de son nom ou de son numéro, chaque homme fait un pas à droite, et quand tout le peloton a suivi le mouvement, on forme les "chantiers" ou "corvées", qui vont se disperser sur les divers points de l'île, sous la surveillance des gardiens et des contremaîtres. L'opération de classement dure environs vingt minutes pendant lesquelles je puis observer les malheureux... [...] La plupart sont maigres et défaits ; leur visage hâve fait peine à voir, et leurs membres décharnés et grèles sembles inaptes à tout travail. Ils ne sont qu'à moitié vêtus et le peu de linge qu'ils portent est en loques" ; tous sont nu-pieds". (p. 141).
"[...] Si l'on revient de la visite du médecin avec un "non malade" en regard de son nom, cela vous expose à une peine variant, suivant l'humeur du commandant, de quinze à soixante jours de cellule. Et l'homme puni de cellule, privé de hamac, couche sur la planche, les pieds attachés, ne reçoit comme nourriture qu'une ration de pain, un demi-litre d'eau par jour et une soupe tous les quatre jours. Dans ces conditions, on comprend qu'il faille ne plus pouvoir tenir debout pour oser demander à voir le médecin." (p.142)

Ce récit est un des témoignages de transportés les plus complets : l’auteur aborde la majorité des aspects de la vie quotidienne du bagnard (la correspondance, les journaux...) et cite de nombreux textes légaux et documents officiels ; anecdotes et personnages, offrant un tableau saisissant du bagne guyanais.
 "La plupart des convois sont décimés dès leur arrivée dans la colonie. La fièvre, l'insolation, la dysenterie, la gangrène, l'insuffisance et la mauvaise qualité de l'alimentation sont les principaux agents de mortalité. la  nostalgie et l'hypocondrie font aussi de fréquentes victimes. [...] Ceux qui ont été assez robustes, assez résistants, pour supporter le premier choc, succombent parfois du fait de mauvais traitements ; d'autres s'éteignent à l’hôpital [...] Il y a enfin ceux qui tombent sous la matraque des contremaîtres ou le revolver des surveillants".  [...] Si l'on apportait un peu d'humanité dans le traitement et d'assiduité dans les soins médicaux, la mortalité serait enrayée dans de notables proportions. Mais le gibier de bagne n'est pas digne d'intérêt ; on le déporte pour qu'il meure. (p. 263-264)
"A Rémyr, la bête infernale était [..] Alari qu'on a surnommé "le Fléau". Voici l'un de ses exploits [...] : afin d'échapper aux persécutions incessantes dont ils étaient l'objet de la part de cet être féroce, cinq condamnés s'évadèrent un jour du chantier. Mais ils furent dès le lendemain reconduits au chantier par des noirs qui leur avaient barrés la route. Le Fléau fit d'abord attacher les cinq fugitifs, puis ayant fait venir des contremaîtres arabes, il ordonna la bastonnade. Quand un des ses aides barbares était fatigué, il était immédiatement remplacé par un autre. La chair des victimes se boursouflait sous la pluie de coups et le sang giclait de leurs blessures, éclaboussant les acteurs de cette scène de sauvagerie. Impatienté par les hurlements de douleur des martyrs et jugeant que la mort tardait à venir les délivrer, Alari prit son revolver et se mit en devoir de les achever." (p. 282)
"Las sans doute de tuer par le plomb et par le fer, ce surveillant avait découvert un autre genre de suppression. Un jour, sans que jamais personne sût pourquoi, il fit empoigner un condamné arabe par deux de ses compatriotes, et braquant sur eux son revolver, il ordonna aux trois hommes de marcher devant lui. Il les conduisit ainsi en forêt [...] et les ayant arrêtés, il tint sa victime en joug [...] et commanda aux deux autres de creuser un trou de 6 pieds de long sur une profondeur. Quand il jugea que la cavité était suffisamment grande, il invita l'arabe à s'y étendre. [...] Et comme le malheureux n'obéissait pas , il le fit jeter dans le trou par ses deux frères et... recouvrir de terre entièrement. Il l'enterrait vivant. (p. 282)

Cet ouvrage met en lumière les travers du système judiciaire français de l’époque et permet en outre d’entrevoir plusieurs personnages marquants, tels que les anarchistes Clément Duval et Auguste Vaillant, ou encore Alfred Dreyfus, incarcéré sur l’île du Diable.
Le cas de "Camille Condon, il avait été condamné en 1894, immédiatement après la mort de Carnot,  par la Cour d'Assise du Rhône et envoyé, comme anarchiste, aux îles du Salut. Or, dès la première année de sa peine, on eut la preuve évidente de son innocence, le véritable coupable s'étant lui-même dénoncé. Condon n'en est pas moins resté près de cinq années au bagne". (page 257)

Retrouvez sur Manioc les ouvrages liés à Auguste Liard-Courtois :

Bonne lecture !
C.P.

Lien vers l'article : http://blog.manioc.org/2017/12/le-bagnard-auguste-liard-courtois.html

lundi 11 décembre 2017

Les missionnaires aux Antilles : Pacifique de Provins

Le missionnaire Pacifique de Provins (1588-1648)


Source Gallica 

Les sources narratives du début de la colonisation française sont limitées : le travail des "chroniqueurs" a longtemps représenté la première et principale source de travail des historiens. Manioc vous propose de redécouvrir certains d’entre eux. Notre troisième focus se porte sur le missionnaire Pacifique de Provins.


Pacifique de Provins est un missionnaire Capucin né à Provins en 1588 sous le nom René de l’Escale. Après avoir rejoint les ordres en 1605 à Rouen, il participe à leur développement en France et affirme très tôt son désir de mission. 
Après plusieurs séjours en Orient, il obtient la préfecture des missions des capucins au Canada en 1641 et embarque en 1645 pour la Guadeloupe sur le navire du gouverneur de la Guadeloupe Charles Houel de Petit-Pré. Il accoste sur l'île le 15 mai 1645, et visite les îles de la Martinique, de la Dominique et Marie-Galante.

Il rentre en France en 1646 et prépare de nouveaux projets pour les îles dont l'éducation chrétienne des Indiens en créant des écoles. Cette même année, il publie une relation : Brève relation du voyage des îles de l’Amérique.
En décembre 1647, Pacifique de Provins est établit en tant que Préfet de l’Acadie, de la Dominique, de Marie-Galante, de Saint-Vincent et de la Grenade. 

Entre 1646 et 1647, il prépare avec le baron Dormeilles sa prochaine mission vers les colonies mais celle-ci est abandonnée. Le général de La Fontaine reprend l'expédition à son compte. Ils partent le 4 avril 1648. Mais le voyage est catastrophique : navire en mauvais état, mauvaise gestion, plusieurs fois ils se perdent pour arriver au final le 29 avril au Cap-Vert. Puis le 26 mai de la même année sur les côtes des Guyanes. Pensant être arrivé à l'embouchure du Berbiche, le capitaine souhaite descendre avec une partie de l’équipage faire une reconnaissance. Mais Pacifique de Provins veut l'en dissuader de peur de tomber sur des indiens anthropophages. Mais devant l'obstination du capitaine La Fontaine, il descend avec eux le 31 mai 1648. Après plusieurs jours sans nouvelles, le capitaine Maurice décide de lever l'encre et se rendre en Martinique. Le missionnaire et les reste de l’équipage ne réapparaîtront jamais ... Bien qu’officiellement décédé le 25 septembre 1649, les circonstances de sa mort aux Amériques restent floues.

Sur Gallica :

Pour aller plus loin :
  • Pacifique de Provins et Maurile de St Michel, Missionnaires capucins et carmes aux Antilles, L'Harmattan, 2013, 383 pages.


Bonne lecture !
A.S. et C.P.


Lien vers l'article : http://blog.manioc.org/2017/12/les-missionnaires-aux-antilles.html

vendredi 1 décembre 2017

Nouveautés Manioc

Manioc s’enrichit de jour en jour !



Toute l'équipe Manioc a le plaisir de vous annoncer qu'elle a intégré 29 ouvrages anciens provenant de la bibliothèque municipale de la ville de Bordeaux. Des ouvrages sur l'histoire des îles de la caraïbe comme la Jamaïque, Saint-Vincent, la Martinique mais aussi des pays comme le Brésil ou le Mexique. Des ouvrages anciens datant de la fin du XVIe au XVIIIe siècles sur les plantes médicinales, la navigation, la culture de l'indigo et plusieurs histoires de voyageurs venus découvrir les colonies ... 

Bonne découverte sur manioc.org !



Histoire de la Jamaïque :

Histoire de la Martinique :

Histoire de Saint-Vincent :

Histoire du Mexique :

Histoire du Brésil :

Voyages et découvertes :


L'indigo :

Flibuste et piraterie : 

Plantes médicinales :


Bonne lecture !
C.P.



Lien vers l'article : http://blog.manioc.org/2017/12/nouveautes-manioc.html

lundi 27 novembre 2017

Focus Manioc : le botaniste Antoine Duss

"Le père aux herbes"

Source Manioc

Manioc vous propose un petit focus sur un botaniste suisse qui a longtemps vécut aux Antilles Antoine Duss (1840-1924). 


Antoine Duss fait sa rhétorique à Fribourg puis son scolasticat à Paris avec le souhait de rejoindre les missions en Afrique. Mais souffrant de fortes migraines, il est envoyé aux Antilles (1865). C'est en Martinique qu'il se passionne pour la botanique en assurant le remplacement du professeur d'histoire naturelle au collège de Saint-Pierre. Ainsi, il commença à fréquenter le jardin botanique de Saint-Pierre, qui était alors dirigé par Charles Bélanger. A la mort de celui-ci, il fut pressenti pour le remplacer à la tête du jardin botanique. Malheureusement il ne fut pas nommé, mais il continua son travail de recensement de la flore aux Antilles.

En 1883, à l'exposition de Fort de France, il présente la collection la plus complète qui puisse exister de fougères du pays : 153 spécimens avec les graminées, les cypéracées, les commélynées et les lycopodiacées qu'il a recueillies.

En 1891, Antoine Duss est muté en Guadeloupe, affecté au collège de la Basse-Terre. Il continua son évaluation de la flore à la Soufrière notamment et dans les îles voisines. Il fut surnommé "le père aux herbes". En 1896, son ouvrage  Flore cryptogamique des Antilles françaises a un grand succès auprès des botanistes.

Une société botanique basée à Berlin sous la direction du docteur Hurban, l'aide à éditer en 1897: "Additamenta ad cognationem florae indiae occidentalis". Sa recherche le pousse à étudier l'utilité possible de certaines plantes pour la médecine et l'industrie. Il passe ensuite à des travaux sur les champignons, et fait publier une énumération méthodique des champignons recueillis à la Guadeloupe et à la Martinique, en 1903.
A la fermeture du collège de Basse-Terre en 1905, le père au herbes est nommé aumônier de l'hospice des pauvres à Tillac. En 1914, il crée un jardin botanique Le Castel sous l'égide de la Congrégation du Saint-Esprit. Il décède en 1924 (Guadeloupe), le jour où lui était décerné la croix de la légion d'honneur.


Retrouvez sur Manioc les ouvrages suivants : 


Bonne lecture !
C.P.


Lien vers l'article : http://blog.manioc.org/2017/11/focus-manioc-le-botaniste-antoine-duss.html

lundi 13 novembre 2017

Les missionnaires aux Antilles : Le révérend Père du Tertre

Le révérend Père du Tertre (1610-1687)


Source Gallica

Les sources narratives du début de la colonisation française sont limitées : le travail des "chroniqueurs" a longtemps représenté la première et principale source de travail des historiens. Manioc vous propose de redécouvrir certains d’entre eux. Notre deuxième focus se porte sur le révérend père Jean-Baptiste Du Tertre.


Né en 1610 à Calais, Jacques Du Tertre rejoint les ordres Dominicains à l'âge de 25 ans et y adopte le prénom de Jean-Baptiste après une vie déjà bien remplie : d’abord marin puis soldat avant de rejoindre les ordres et enfin botaniste, autant d’expériences utiles pour ses missions en tant que père. 
En 1640, il embarque pour la Guadeloupe pour succéder au père Raymond Breton. Arrivé sur l'île, il dut faire face aux nombreuses intrigues du gouverneur Houël, ainsi qu'aux maladies, à la famine qui sévissaient dans la colonie.
Après un court séjour en France, il repart vers la Guadeloupe pour fonder la paroisse de Capesterre où il résidera jusqu'en 1647.
Au milieu du XVIIe siècle, une autre aventure attendait Du tertre : la Grenade. En effet, en 1656, Du Tertre est contacté par M. de Cérillac pour aller négocier l'achat de l'île avec le gouverneur Du Parquet.
Malheureusement, Du Tertre est capturé par les Anglais au cours du voyage. Libéré, il finit par rejoindre la Martinique pour faire affaire avec Du Parquet (La Grenade sera bien vendue au comte Cérillac, qui ne paiera pas) et revient en France en 1657. Découragé par ses péripéties, Du Terte rentre en France définitivement où il meurt en 1687 à l'âge de 77 ans.


Sur Gallica :

Bonne lecture !
A.S. et C.P.



Lien vers l'article : http://blog.manioc.org/2017/11/les-missionnaires-aux-antilles-le.html

lundi 6 novembre 2017

A l'origine de Guantánamo...


A la faveur de l'attentat islamiste commis le 2 novembre sur le sol américain, voici que resurgissent, dans les tweets vengeurs de Donald Trump, le nom et la perspective de Guantánamo comme la destination punitive naturelle du  criminel appréhendé, étape ultime avant la peine de mort à laquelle le même Trump mais comment expliquer la séparation des pouvoirs en 140 signes ? n'a pas manqué de promettre à ce dernier.


Après le 11 Septembre, George Bush fit de cette enclave militaire américaine au Sud-Est de Cuba une prison hors la loi pour "combattants islamistes", c'est-à-dire un non-lieu juridique échappant au droit américain, placé hors de tout cadre légal et de toute procédure de jugement. A sa suite, empêché par une opposition hostile, et peut-être aussi par son manque de résolution sur ce dossier, Obama échoua à mener à bien son projet de fermeture du site et le maintint en activité, sans toutefois y expédier de nouveaux détenus.

Mais s'il évoque à nos mémoires saturées les épisodes les plus saillants et les plus saignants du chaos international en cours, le nom de Guantánamo renvoie avant tout à l'antagonisme plus que centenaire entre les États-Unis et Cuba, inscrit, à l'époque, dans une opposition commune et partagée à la présence espagnole.

Le portrait ci-contre est celui, peu connu, du "père" de GuantánamoTomàs Estrada Palma, noble figure de la guerre des Dix Ans premier acte de la révolution cubaine contre l'occupant espagnol, entre 1868 et 1878 , avant de s'illustrer comme l'hôte bienveillant d'un "grand frère américain" aux tendances interventionnistes naturelles et déjà soucieux de "liens spéciaux" avec son environnement immédiat.

En 1903, Tomàs Estrada Palma, en sa qualité de premier président de la République de Cuba, signa le Traité sur les relations entre les États-Unis d'Amérique et la République de Cuba. Plus qu'un traité, une liste de concessions et de renoncements ayant tous les dehors d'un chèque en blanc délivré aux USA. L'article VII dit ceci : "Pour établir les conditions qui permettront aux États-Unis de garantir l'indépendance de Cuba et de protéger son peuple, ainsi que pour sa propre défense, le Gouvernement de Cuba cédera ou louera aux États-Unis les terres nécessaires pour établir des bases navales ou charbonnières en certains points déterminés qui seront convenus avec le président des États-Unis." Si le nom de Guantánamo n''est pas cité explicitement, un accord ultérieur, en date 16/23 février 1903, le mentionne clairement. La prolongation des bases américaines sur l'île fut actée en 1934 par un second traité signé, côté américain, par l'ambassadeur Sterling (photo).
Mais, depuis 1959, pas plus facile pour l’État cubain de recouvrer cette partie perdue de son territoire que de tirer quelque profit pécuniaire de cette occupation : il se dit que Castro, en signe de protestation, refusa toujours d'encaisser les loyers afférents à cette location contrainte, comme l'explique cette source d'information. Cet autre site de presse revient sur le "trou noir juridique" que constitue Guantánamo, non pas tant du fait de l'existence du centre de détention mais en raison de l'occupation abusive, par les États-Unis, d'une portion de territoire étranger...


A lire :



P.OA

Lien vers l'article : http://blog.manioc.org/2017/11/a-lorigine-de-guantanamo.html