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lundi 23 mai 2016

Focus Manioc : l'abbé Casimir Dugoujon

L'abbé Dugoujon, un prêtre antiesclavagiste



L'abbé Dugoujon

En ce mois des abolitions de l'esclavage, le blog Manioc vous propose de découvrir un homme qui a lutté contre l'esclavage : Casimir Dugoujon. Prêtre catholique de la Congrégation du Saint-Esprit, puis de la Congrégation de Notre-Dame de sainte-Croix du Mans, vicaire de la paroisse de Sainte-Anne en Guadeloupe en 1840, ses positions antiesclavagistes provoquèrent dès 1841 son rappel en France. Préfet apostolique de Guadeloupe en 1848 sur la recommandation de Victor Schœlcher, il est de nouveau renvoyé en France en 1849. Sa correspondance constitue un témoignage important pour la connaissance de l'esclavage en Guadeloupe dans les années qui précèdent l'abolition.


Sa naissance reste très mystérieuse. C'est un enfant trouvé dans le diocèse d'Auch dans le sud-ouest de la France un certain 04 mars 1810. Le nom de Dugoujon lui est attribué car il était porté par des familles de la localité de Codom, voisine d'Auch. Il entre dans les ordres puis est envoyé en Guadeloupe en 1840 comme vicaire de la paroisse de Sainte-Anne. Prenant des notes, écrivant de longues missives sur le régime esclavagiste, le regard critique qu’il porta sur l’esclavage provoqua son rappel en France en 1841 sur intervention du gouverneur et des planteurs de la paroisse. 

Sur les conseils de Victor Schoelcher, l'abbé Dugonjon publia ses Lettres sur l’esclavage dans les colonies françaises.  Une correspondance, entretenue de mars 1840 à juin 1843 avec des ecclésiastiques, dans laquelle, il témoigne des sévices infligés aux esclaves, du comportement des maîtres dans les plantations, des châtiments corporels, des abus, des emprisonnements, des humiliations et des suicides d'esclaves ...
"Après avoir été témoin de l’avilissement et des souffrances de nos frères noirs dans nos colonies [...] je me croirais coupable de sacrilège envers Dieu et l'humanité, envers mes semblables, si je ne protestais pas, de toute l'énergie de mon indignation, comme chrétien, comme prêtre, comme homme comme Français, contre le maintien d'un régime qui dégrade à la fois le maître et l'esclave". (Nelly Schmidt, Abolitionnistes de l'esclavage et réformateurs des colonies 1820-1851, Karthala, 2001, page 173). 
"En avril 1840, il rapporte qu'il s'est étonné de voir les dos des esclaves recouvert de "longues cicatrices". Son confrère l'abbé Lamache lui a alors expliqué que le fouet était partout en usage, et que de nombreux planteurs se rendaient coupables de "châtiments excessifs". Dès ce moment, l'abbé Dugoujon a commencé à nourrir de "graves soupçons" sur les théories qui tentaient de justifier la Traite des Noirs". (voir Philippe Delisle, Histoire religieuse des Antilles et de la Guyane françaises. Des chrétientés sous les tropiques ? 1815-1911, Karthala, 2000, page 96).

L'abbé Dugoujon ne rompt pas totalement avec l'idée d'une nécessaire moralisation des esclaves. Il demeure dans une logique reconnaissant un rôle civilisateur au catholicisme. De retour en France, il écrit à Victor Schœlcher en lui reprochant ses attaques contre l'Église. 

A la suite de l'abolition de l'esclavage en 1848, il est nécessaire d'avoir à la tête du clergé des hommes acquis à la cause abolitionniste. Recommandé par Schœlcher, il est nommé préfet apostolique de la Guadeloupe. 
Arrivé sur l'île le 12 août 1848, Casimir Dugoujon s'efforce de prolonger sur le plan religieux la politique abolitionniste en célébrant par exemple, les mariages religieux des nouveaux citoyens qui vivaient jusqu'alors en unions dites libres. Son refus de se soumettre aux injonctions du gouverneur lui vaudront à nouveau un renvoi en France en 1849. Le gouverneur de l'île, le colonel Fiéron, ordonna son renvoi de la colonie. Il embarque vers la France le 20 janvier 1849, pour "acte de rébellion ouverte à l’autorité ". D'après sa correspondance, il retourne à Paris puis Codom entre septembre et octobre 1849. On sait qu'il refuse le poste de curé de Chandernagor. Puis il disparait mystérieusement en Espagne en 1853.


Sur le Catalogue collectif des périodiques Caraïbe - Amazonie :

  • Jacques Adélaïde-Merlande, Lettres de l'Abbé Dugoujon, un prêtre anti-esclavagiste, Bulletin de la Société d'histoire de la Guadeloupe, n° 159, 01-05-2011, p. 53-59.
  • Gérard Lafleur, Religion des esclaves en Guadeloupe et dépendances de 1802 à 1848, Bulletin de la Société d'histoire de la Guadeloupe, n° 159, 01-05-2011, p. 29-52.
  • René Bélénus, L'apprentissage de la démocratie en Guadeloupe au lendemain de l'abolition de l'esclavage (1848-1850), Bulletin de la Société d'histoire de la Guadeloupe, n° 127 à 128, 01-01-2001, p. 5-12.
  • Raymond Boutin, Les esclaves du Moule au XIXe siècle (naissances, mariages et décès), Bulletin de la Société d'histoire de la Guadeloupe, n° 75 à 78, 01-01-1988, p. 17-26.

Sur Gallica :


Nous vous conseillons de visiter l'exposition virtuelle consacrée à la lutte contre l'esclavage sur le site lesabolitions.culture.fr, dans laquelle vous trouverez quelques passages des lettres de l'abbez Dugoujon ainsi que d'autres informations sur les abolitions dans la Caraïbe, en Amérique du Sud et aux Etats-Unis (chronologie, notices bibliographiques, glossaire ...).

Bonne lecture !
C.P.


Lien vers l'article : http://blog.manioc.org/2016/05/focus-manioc-labbe-casimir-dugoujon.html

mardi 17 mai 2016

Xavier Tanc, Adolphe Juston : des magistrats engagés

Des magistrats engagés contre l'esclavage



"Châtiments affligés aux esclaves"

A l'occasion du mois des abolitions, le Blog Manioc vous propose un focus spécial sur des personnes qui se sont engagés à dénoncer l'esclavage et ses abus. Parmi eux se trouvent plusieurs magistrats. En effet, en février 1829, de nouveaux magistrats arrivent dans les colonies de Guadeloupe et Martinique pour appliquer la réforme judiciaire des colonies en vigueur depuis les ordonnances royales de septembre 1828. Ceux-ci se heurteront à la méfiance, la jalousie des colons, d'un système judiciaire colonial fermé, le tout dans un contexte colonial tendu.



Xavier Tanc


Originaire des Hautes-Halpes Xavier Tanc est né le 17 septembre 1800 à Remollon. A l'âge de 27 ans, il s'inscrit au barreau de Paris. A 30 ans, le jeune Tanc débarque en Guadeloupe comme juge de paix à Capesterre.
En 1831, un congé lui sera accordé et il ne reviendra plus jamais sur l'île. C'est en Ardèche où il a obtenu un poste de substitut du procureur qu'il écrit son ouvrage. En effet, durant son mandant de trois ans sur l'île, il retranscrit ses observations et ses réflexions sur le caractère inhumain du régime de l'esclavage, et la façon dont il faudrait réformer l'organisation coloniale et abolir l'esclavage.
Ainsi parait en 1832 son ouvrage : De l'esclavage aux colonies françaises, et spécialement à la Guadeloupe dans lequel il fait part de la Traite négrière, des esclaves qui composent les habitations, la composition d'une habitation, les lois et règlements qui établissent l'autorité des maîtres, de l'abus d'autorité des maîtres et les sévisses subis par les esclaves.
"Juge de paix à la Guadeloupe pendant près de trois ans, je ne raconte que ce que j'ai vu ou appris de source certaine, en parcourant moi-même les habitations. J'arrive sur cette terre de douleurs pour dire tous leurs maux à la France qui les oublie. Témoin oculaire, je viens déposer dans ce grand procès de l'humanité contre l'esclavage" (p. 10). 
Divers chapitres seront repris dans la Revue des Colonies dirigée par Bissette et le Cabinet de lecture. Face à son impuissance devant les châtiments affligés aux esclaves, Xavier Tanc jura de défendre les opprimés face à la tyrannie des esclavagistes. Mais également d'informer aux plus grands nombres des réalités coloniales.
"[...] je jurai de ne point borner ma compassion à des larmes stériles, mais de venir élever une voix courageuse contre la tyrannie [...]. Qui refusera de m'écouter avec bienveillance  et de s'attendrir en faveur de cette classe d'infortunés, qu'une insatiable cupidité va ravir sur le sol africain, pour les transporter dans les colonies, et les y assujettir aux plus rudes travaux et à toutes les souffrances morales et physiques" (p.10).
En 1834, Xavier Tanc est destitué pour "des opinions trop avancées et pour l'opposition qu'il fit au candidat ministériel". Il s'inscrit alors comme avocat au barreau de Paris. A cette même époque, il devra se défendre face aux accusations de personnes le traitant de mauvais républicain. Pour cela, il demande l'aide de Victor Schœlcher qui était alors sous-secrétaire d'état à la Marine. Celui-ci ne lui était plus très favorable en raison de son rapprochement avec Bissette. Tanc se défendit donc seul, et obtient sa nomination comme procureur de la République au tribunal de Saint-Pierre en Martinique le 2 avril 1848, avec la lourde mission de rétablir l'ordre dans une ville agitée par les haines raciales. Nommé conseiller auprès de la cour d'appel de Fort-de-France, ses rapports avec le procureur général se dégradent et est remplacé en juin 1850.
En février 1852, il est nommé en Guyane où il restera jusqu'en 1853, encore jugé indésirable à cause de nouvelles querelles politiques. Par la suite, nous n'avons plus d'informations le concernant.  




Adolphe Juston 


Adolphe Juston est né à Rennes le 24 Mars 1804. Le 5 octobre 1828, il est nommé juge auditeur à Saint-Pierre, puis substitut du procureur du roi au tribunal de première instance de Saint-Pierre (20 mai 1830). Le 29 mars 1831, il est nommé conseiller auditeur à la Guadeloupe et juge auditeur au tribunal de première instance à Basse-Terre. 
Accusé de révolutionnaire, receleur, menteur, d'abus de pouvoir etc.,  Adolphe Juston exprima ses griefs au Ministre de la Marine et des colonies à l'égard de l'administration judiciaire coloniale par l’intermédiaire d'une lettre intitulée : "Lettre d'un magistrat de la Guadeloupe, pour rendre compte de sa conduite" (1832). Des passages sur les châtiments infligés aux esclaves sont mentionnés par Juston, par exemple : 
"Un nègre, après avoir reçu deux cents coups de fouet, en punition de je ne sais quelle faute assez légère, fut abandonné pendant vingt heures sur la plage. Quand on le releva, il avait les parties génitales rongées par les crabes... Une négresse fut enfermée pendant trois jours dans un cachot dont on avait muré l'entrée. Le troisième jour, on entendit des soupirs étouffés : l'infortunée périssait au milieu des convulsions et des vomissements de sang. (p.19)"
Il rentre à Paris rendre compte de sa conduite devant une commission. Celle-ci estima qu'il n'y avait pas eu d'excès de pouvoir de la part du gouverneur et que les faits reprochés ne justifiait pas une révocation. Elle suggéra qu'on l'envoie dans une autre colonie. Toutefois on ne lui pardonnera pas la publication de sa lettre. A la fin de sa lettre, Juston annonçait qu'il était en mesure divulguer des fautes commises dans la colonie. Un mémoire relate plusieurs faits d'inégalités mettant en accusation le procureur général Bernard dans des affaires d'affranchissements et de traite. A la suite de cette publication, Juston préféra envoyer sa lettre de démission. Il meurt en 1858.





Xavier Tanc et Adolphe Juston ne sont que 2 exemples de magistrats qui ont voulu combattre un système judiciaire colonial corrompu pendant l'esclavage et après l'abolition. D'autres hommes comme Auger, Hardouin-Chérest, Justin Joyau ou Lemeneur ont tentés d'exercer une justice la plus juste possible.


Ouvrages numérisés


Sur le catalogue collectif des périodiques Caraïbe-Amazonie : 

  • Daniel-Edouard Marie-Sainte, Les annales criminelles de la Guadeloupe de 1829 à 1848, cour d'assises et cour criminelle, Bulletin de la Société d'histoire de la Guadeloupe, n° 123, 01-01-2000, p. 3-52.
  • Caroline Oudin-Bastide, Pouvoir du maître et pouvoir judiciaire : opposition, collusion et confusion (Guadeloupe, Martinique, XVIIème - XIXème siècles), Recherches Haïtiano-antillaises, n° 4, 2006, p. 77-101.
  • Max Chartol, La Guadeloupe au milieu du XIXe siècle. Problèmes économiques et sociaux, Bulletin de la Société d'histoire de la Guadeloupe, n° 19 à 20, 01-01-1973, p. 7-117.
  • Josette Fallope, Résistance d'esclaves et ajustement au système. Le cas de la Guadeloupe dans la première moitié du XIXe siècle, Bulletin de la Société d'histoire de la Guadeloupe, n° 67 à 68, 01-01-1986, p. 31-52.


Bonne lecture sur www.manioc.org !
C.P.


Lien vers l'article : http://blog.manioc.org/2016/05/xavier-tanc-adolphe-juston-des.html

vendredi 6 mai 2016

L'immigration indienne dans les colonies françaises

Focus Manioc : l'immigration indienne 


"Coolie woman"

Des populations originaires d'Inde sont arrivées dans la seconde moitié du XIXe siècle pour remplacer la main-d’œuvre perdue après l'abolition de l'esclavage de 1848. Cette immigration fut organisée par les pouvoirs publics entre 1854 et 1885. Manioc vous propose de découvrir des documents sur l'immigration indienne aux Antilles-Guyane.


Le premier convoi d'immigrants Indiens arrivait en Martinique le 6 mai 1853. A l'inverse en Guadeloupe, il fallut attendre 1854 pour voir débarquer les premiers immigrants. En effet, peu de colons s'étaient portés acquéreurs d'engagés Indiens. Ajoutons à cela l’indécision du gouverneur de l'époque qui redoutait les incidences sur les finances de l'île et sur l'emploi des noirs libres. Ainsi, les premiers immigrants arrivèrent grâce à une aide financière supplémentaire de l’administration. 
En Guyane, il manquait également de la main-d'oeuvre au lendemain de l'abolition. Aussi le gouvernement organisa, comme aux Antilles françaises, l'immigration d'Indiens et d'Africains libres. Un premier convoi de Tamouls arriva en 1855 à Cayenne. 


Les causes du départ 

Les causes sont nombreuses : régions surpeuplées, disettes, famines, sécheresses, exode rural, montée du chômage, recherche de meilleurs salaires. Prenons l'exemple de la région de Pondichéry touchée par une sécheresse entre 1853-1871 : endettées, ruinées, sans travail et/ou poussées par la famine, toutes les castes de la société rurale (artisans, agriculteurs, tisserands...) sont tentées par cette proposition de travailler aux colonies françaises. 


La réglementation de l'immigration indienne 

2 possibilités d'immigration s'offrent aux engagés Indiens :
  • L'immigration libre effectuée à titre individuel par les planteurs. Mais rares furent ces initiatives des colons. Ceux-ci préféraient une intervention des pouvoirs publics car ruinés ou en grandes difficultés après l’abolition, il préféraient compter sur l'aide financière de l'administration. 
  • L'immigration massive sous le contrôle gouvernemental, accompagnée d'une aide substantielle
Le Ministère de la Marine et des colonies signe avec les armateurs et les compagnies maritimes des traités prévoyant le transport des contingents indiens. Le premier fut conclu en 1852 pour le transport vers les Antilles françaises de 4000 indiens en 6 ans. L’État s'engageait à payer 250 F par adulte et 150 F pour un non-adulte. D'autres contrats suivront celui-ci en 1854, 1855, 1858 ... Le 25 avril 1855 fut créé à Pondichéry la Société d'immigration de l'Inde française pour organiser le recrutement et l'expédition des Indiens vers les colonies françaises. En 1861, un contrat est signé avec la Grande-Bretagne permettant une plus grande aire de recrutement très réglementée.

Qui sont-ils ? 

L'origine des immigrants Indiens est diverse. Jusqu'en 1861, l'essentiel de cette main-d'oeuvre provenait de l'Inde méridionale : les Tamouls, originaires de la Présidence de Madras.  De 1873 à 1875, ils étaient recrutés à Calcutta.
"Presqu'île de l'Inde"
La majorité de cette main-d'oeuvre était issue des provinces du Sud de l'Inde : les Dravidiens. D'autres de la partie centrale de la plaine du Gange et du Bengale.

L'arrivée 

A son arrivée l'immigré était titulaire d'un contrat d'engagement, d'un livret et d'un passeport intérieur. Le livret était obligatoire pour tout travailleur âgé de plus de 10 ans. Ce livret servait de carte d'identité et/ou de moyen de contrôle sous peine d'amende ou de journées de travail supplémentaires. Quant au passeport, il était obligatoire pour tout adulte de plus de 16 ans sous réserve de payer l'impôt. Avant de partir vers les habitations, ils étaient mis en observation jusqu'à décision favorable de l'autorité. Et s'il n'y avait lieu d'être mis en quarantaine, les nouveaux arrivant étaient mis en isolement dans des baraques pendant 3 jours (visite du médecin, vaccination...).
Après la signature de leur contrat d'engagement, en présence d'un interprète, ils étaient répartis sur les habitations en fonction de la demande des propriétaires.
Le contrat d'engagement avait une durée de 5 ans. Au terme du contrat, il pouvait user de leur droit de rapatriement, signer un nouveau contrat de travail, s'engager comme travailleur libre ayant renoncé à son droit de rapatriement, travailler avec un permis de résidence libre sous le régime de droit commun. A noter que selon l'article 2 du décret du 13 février 1852, qu'à l'expiration du contrat d'engagement de l'immigré, son rapatriement gratuit vers l'Inde était aux frais de L’État ou de la colonie, s'il n'avait pas encouru de condamnation correctionnelle ou criminelle.


Mais quelle était leur vie quotidienne ? 
"Coolie servant"

L'engagé était tenu de fournir aux immigrants Indiens nourriture, vêtements, un logement et les soins. Peu de sources le notifient. Néanmoins quelques témoignages font part d'une vie difficile : pénibilité du travail, conflit avec les gérants d'habitations. 
Ils étaient envoyés sur les habitations, où des cases étaient construites à leur intention, parfois même de véritables villages étaient construits (ex: l'habitation Saint-James en Martinique). Ils travaillaient 26 jours par mois selon le contrat mais tout retard était pénalisé. Leur adaptation n'était pas facile : la barrière de la langue, le calendrier des fêtes religieuses n'était pas respecté et la cohabitation avec les créoles n'était pas toujours facileAinsi, on notait de nombreuses désertions d'engagés dans les plantations ce qui engendrait beaucoup de vagabondage, d'errance, de vols ...


La fin de l'immigration

Les raisons de l'arrêt brutal de l'immigration indienne étaient essentiellement d'ordre économique : la crise sucrière est l'une des causes principales. En effet, à partir de 1862, la crise économique entraîne un ralentissement de la production. Les propriétaires ont de plus en plus de difficultés à payer un salaire régulier. L'industrie et le commerce sont dans la même situation. Le prix du sucre baisse sur les marchés.
En Martinique, le conseil général se prononce le 18 décembre 1884 pour stopper et non renouveler les contrats arrivés à expiration ainsi que la suppression de la prime de réengagement. Au total, 25 509 immigrants indiens sont arrivés en Martinique sur 55 convois. Tous ne furent pas rapatriés en Inde comme le prévoyait leur contrat d'engagement. 13 271 immigrants demeurèrent sur l'île.
En Guadeloupe, le conseil général proclame le 18 décembre 1884 que "le travail réglementé est aboli" et le dernier convoi d'immigrants arrive en janvier 1889.
En Guyane, l'immigration cessa officiellement en 1877.


En ligne sur Manioc 

  • Singaravélou, Les migrations indiennes comme réseaux inter-caribéens, Annales des pays d'Amérique centrale et des Caraïbes, n° 5, 1985, p. 157-173.
  • Jack Caïlachon, Notes sur Karikal à l'époque de l'arrivée de l'Aurélie en Guadeloupe, Bulletin de la Société d'histoire de la Guadeloupe, n° 164, 01-2013, p. 77-84.
  • Juliette Smeralda-Amon, L'immigration en Martinique de 1845 à 1885, Les Cahiers d'Eghin : revue de l'Association des enseignants de géographie et d'instruction civique de la Martinique, n° 2, 05-1990, p. 3-6.
  • Juliette Smeralda-Amon, L'immigration indienne de 1845 à 1885 (suite), Les Cahiers d'Eghin : revue de l'Association des enseignants de géographie et d'instruction civique de la Martinique, n° 3, 11-1990, p. 2-7.
  • Jude Sahai, De l'immigration tamoule à la Guyane, Carbet : revue martiniquaise de sciences sociales, n° 9, 1989, p. 101-108.
  • Christian Schnakenbourg, Note sur le rapatriement des indiens de la Guadeloupe, Bulletin de la Société d'histoire de la Guadeloupe, n° 160, , p. 29-37.
  • Gilbert Krishna Ponaman, Etat sanitaire d'un convoi d'émigrants de l'Inde vers la Guadeloupe, Carbet : revue martiniquaise de sciences sociales, n° 9, 1989, p. 59-67.

Bonne lecture !
C.P.


Lien vers l'article : http://blog.manioc.org/2016/05/limmigration-indienne-dans-les-colonies.html

lundi 2 mai 2016

Le mois des Abolitions

Manioc, raconte-moi l'abolition de l'esclavage ...

 

En ce mois de mai, Manioc vous propose de consulter des documents liés à l'Abolition de l'esclavage à partir des ouvrages numérisés et d'articles provenant du Catalogue collectif des périodiques Caraïbe-Amazonie



Ouvrages numérisés :



    • L'utilisation de l'histoire de l'esclavage antique en France lors de la seconde abolition
      Christian Bouchet, Bulletin de la Société d'histoire de la Guadeloupe, n° 116 à 118, 01-04-1998, p. 65-74.
    • L'abolition de l'esclavage : question sans réponse pour la révolution de 1789
      Babatoundé L. G. Lawson-Body, Bulletin de la Société d'histoire de la Guadeloupe, n° 75 à 78, 01-01-1988, p. 27-49.
    • L'Église catholique en Guadeloupe après l'abolition de l'esclavage : une société sous tutelle cléricale ? (1848-1870)
      Agnès Thibault-Bourrel, Bulletin de la Société d'histoire de la Guadeloupe, n° 112 à 113, 01-04-1997, p. 55-109.
    • La création des usines en Guadeloupe (1843-1884). Recherche sur la modernisation de l'industrie sucrière antillaise après l'abolition de l'esclavage
      Christian Schakenbourg, Bulletin de la Société d'histoire de la Guadeloupe, n° 124 à 125, 01-04-2000, p. 20-115.
    • L'apprentissage de la démocratie en Guadeloupe au lendemain de l'abolition de l'esclavage (1848-1850)René Bélénus, Bulletin de la Société d'histoire de la Guadeloupe, n° 127 à 128, 01-01-2001, p. 5-12.
    • La commission d'abolition de l'esclavage
      Jacques Adélaïde-Merlande, Bulletin de la Société d'histoire de la Guadeloupe, n° 53 à 54, 01-07-1982, p. 3-34.
    • Problématique d'une histoire de l'esclavage urbain. Guadeloupe - Guyane - Martinique (vers 1815-1848)
      Jacques Adélaïde-Merlande, Bulletin de la Société d'histoire de la Guadeloupe, n° 65 à 66, 01-07-1985, p. 3-23
    • Les esclaves africains à la Guadeloupe en 1848 d'après les registres d'état civil des nouveaux citoyens conservés aux Archives de la GuadeloupeJosette Fallope, Bulletin de la Société d'histoire de la Guadeloupe, n° 57 à 58, 01-07-1983, p. 3-25.
    • L'indemnisation des planteurs après l'abolition de l'esclavage
      Alain Buffon, Bulletin de la Société d'histoire de la Guadeloupe, n° 67 à 68, 01-01-1986, p. 53-73.
    • La Guadeloupe au milieu du XIXe siècle. Problèmes économiques et sociaux
      Max Chartol, Bulletin de la Société d'histoire de la Guadeloupe, n° 19 à 20, 01-01-1973, p. 7-117.
    • Pétition des Dames de Paris en faveur de l'abolition de l'esclavage (Août 1847 dans la Revue L'abolitionniste français)
      Fernand Sainte-Rose et Daniel Reivax, Mofwaz, n° 6, 10-2004, p. 113-124.
    • Un clergé catholique au service de l'économie de plantation ? Le cas de la Guyane après l'abolition de l'esclavage (1848-1854)
      Philippe Delisle, Outre-mers : revue d'histoire, n° 380-381, 01-09-2013, p. 91-104.
    • Contribution de l'abbé Grégoire à la lutte contre l'esclavageMaurice Ezran, Portulan : littératures, sociétés, cultures des Caraïbes et des Amériques noires, n° 2, 01-04-1998, p. 57-70.
    • Documents concernant Victor Hugues en 1795
      Yves Bénot, Bulletin de la Société d'histoire de la Guadeloupe, n° 130, 01-10-2001, p. 47-62.
    • Franc-maçonnerie, libres de couleur et abolitionnisme à la Martinique (1738-1848)
      Abel Louis, Bulletin de la Société d'histoire de la Guadeloupe, n° 132, , p. 13-30.
    • L'indemnité coloniale de 1849, logique de solidarité ou logique coloniale ?Cécile Ernatus, Bulletin de la Société d'histoire de la Guadeloupe, n° 152, 01-01-2009, p. 61-77.
    • Le préjugé de couleur dans la pratique sociale, au XVIIIe et XIXe siècleCaroline Oudin-Bastide, Caré, n° 3, 03-1979, p. 107-110.
    • Souveraineté et indépendance économique, l'indemnisation haïtienne de 1825
      Gusti Klara Gaillard-Pourchet, Bulletin de la Société d'histoire de la Guadeloupe, n° spécial, 01-01-2006, p. 105-109.
    • Lecture guidée de : Pétition des Dames de Paris en faveur de l'abolition de l'esclavage (Août 1847 dans la Revue L'abolitionniste français)
      Fernand Sainte-Rose et Daniel Reivax, Mofwaz, n° 6, 10-2004, p. 113-124.

    Bonne lecture !
    C. P. 


    Lien vers l'article : http://blog.manioc.org/2016/05/le-mois-des-abolitions.html