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lundi 23 mai 2016

Focus Manioc : l'abbé Casimir Dugoujon

L'abbé Dugoujon, un prêtre antiesclavagiste



L'abbé Dugoujon

En ce mois des abolitions de l'esclavage, le blog Manioc vous propose de découvrir un homme qui a lutté contre l'esclavage : Casimir Dugoujon. Prêtre catholique de la Congrégation du Saint-Esprit, puis de la Congrégation de Notre-Dame de sainte-Croix du Mans, vicaire de la paroisse de Sainte-Anne en Guadeloupe en 1840, ses positions antiesclavagistes provoquèrent dès 1841 son rappel en France. Préfet apostolique de Guadeloupe en 1848 sur la recommandation de Victor Schœlcher, il est de nouveau renvoyé en France en 1849. Sa correspondance constitue un témoignage important pour la connaissance de l'esclavage en Guadeloupe dans les années qui précèdent l'abolition.


Sa naissance reste très mystérieuse. C'est un enfant trouvé dans le diocèse d'Auch dans le sud-ouest de la France un certain 04 mars 1810. Le nom de Dugoujon lui est attribué car il était porté par des familles de la localité de Codom, voisine d'Auch. Il entre dans les ordres puis est envoyé en Guadeloupe en 1840 comme vicaire de la paroisse de Sainte-Anne. Prenant des notes, écrivant de longues missives sur le régime esclavagiste, le regard critique qu’il porta sur l’esclavage provoqua son rappel en France en 1841 sur intervention du gouverneur et des planteurs de la paroisse. 

Sur les conseils de Victor Schoelcher, l'abbé Dugonjon publia ses Lettres sur l’esclavage dans les colonies françaises.  Une correspondance, entretenue de mars 1840 à juin 1843 avec des ecclésiastiques, dans laquelle, il témoigne des sévices infligés aux esclaves, du comportement des maîtres dans les plantations, des châtiments corporels, des abus, des emprisonnements, des humiliations et des suicides d'esclaves ...
"Après avoir été témoin de l’avilissement et des souffrances de nos frères noirs dans nos colonies [...] je me croirais coupable de sacrilège envers Dieu et l'humanité, envers mes semblables, si je ne protestais pas, de toute l'énergie de mon indignation, comme chrétien, comme prêtre, comme homme comme Français, contre le maintien d'un régime qui dégrade à la fois le maître et l'esclave". (Nelly Schmidt, Abolitionnistes de l'esclavage et réformateurs des colonies 1820-1851, Karthala, 2001, page 173). 
"En avril 1840, il rapporte qu'il s'est étonné de voir les dos des esclaves recouvert de "longues cicatrices". Son confrère l'abbé Lamache lui a alors expliqué que le fouet était partout en usage, et que de nombreux planteurs se rendaient coupables de "châtiments excessifs". Dès ce moment, l'abbé Dugoujon a commencé à nourrir de "graves soupçons" sur les théories qui tentaient de justifier la Traite des Noirs". (voir Philippe Delisle, Histoire religieuse des Antilles et de la Guyane françaises. Des chrétientés sous les tropiques ? 1815-1911, Karthala, 2000, page 96).

L'abbé Dugoujon ne rompt pas totalement avec l'idée d'une nécessaire moralisation des esclaves. Il demeure dans une logique reconnaissant un rôle civilisateur au catholicisme. De retour en France, il écrit à Victor Schœlcher en lui reprochant ses attaques contre l'Église. 

A la suite de l'abolition de l'esclavage en 1848, il est nécessaire d'avoir à la tête du clergé des hommes acquis à la cause abolitionniste. Recommandé par Schœlcher, il est nommé préfet apostolique de la Guadeloupe. 
Arrivé sur l'île le 12 août 1848, Casimir Dugoujon s'efforce de prolonger sur le plan religieux la politique abolitionniste en célébrant par exemple, les mariages religieux des nouveaux citoyens qui vivaient jusqu'alors en unions dites libres. Son refus de se soumettre aux injonctions du gouverneur lui vaudront à nouveau un renvoi en France en 1849. Le gouverneur de l'île, le colonel Fiéron, ordonna son renvoi de la colonie. Il embarque vers la France le 20 janvier 1849, pour "acte de rébellion ouverte à l’autorité ". D'après sa correspondance, il retourne à Paris puis Codom entre septembre et octobre 1849. On sait qu'il refuse le poste de curé de Chandernagor. Puis il disparait mystérieusement en Espagne en 1853.


Sur le Catalogue collectif des périodiques Caraïbe - Amazonie :

  • Jacques Adélaïde-Merlande, Lettres de l'Abbé Dugoujon, un prêtre anti-esclavagiste, Bulletin de la Société d'histoire de la Guadeloupe, n° 159, 01-05-2011, p. 53-59.
  • Gérard Lafleur, Religion des esclaves en Guadeloupe et dépendances de 1802 à 1848, Bulletin de la Société d'histoire de la Guadeloupe, n° 159, 01-05-2011, p. 29-52.
  • René Bélénus, L'apprentissage de la démocratie en Guadeloupe au lendemain de l'abolition de l'esclavage (1848-1850), Bulletin de la Société d'histoire de la Guadeloupe, n° 127 à 128, 01-01-2001, p. 5-12.
  • Raymond Boutin, Les esclaves du Moule au XIXe siècle (naissances, mariages et décès), Bulletin de la Société d'histoire de la Guadeloupe, n° 75 à 78, 01-01-1988, p. 17-26.

Sur Gallica :


Nous vous conseillons de visiter l'exposition virtuelle consacrée à la lutte contre l'esclavage sur le site lesabolitions.culture.fr, dans laquelle vous trouverez quelques passages des lettres de l'abbez Dugoujon ainsi que d'autres informations sur les abolitions dans la Caraïbe, en Amérique du Sud et aux Etats-Unis (chronologie, notices bibliographiques, glossaire ...).

Bonne lecture !
C.P.


Lien vers l'article : http://blog.manioc.org/2016/05/focus-manioc-labbe-casimir-dugoujon.html

1 commentaires:

le Blog Manioc a dit…

bravo ! gagne à etre plus connu...

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