mercredi 26 décembre 2018

Les villes des Petites Antilles #2 : Pointe-à-Pitre, Roseau

Le voyage commence...

L'équipe Manioc a décidé de découvrir les villes des Petites Antilles en exploitant les différents matériaux présents dans Manioc.org. Dans le précédent épisode, Manioc vous proposait de commencer ce voyage avec quelques extraits de l’ouvrage Historia de las Antillas. Mais il n’y a pas que des livres d’histoire, nous vous présenterons aussi des extraits tirés de romans, de récits de voyage et d'archives des administrations des villes. Le point de départ de ce voyage à l'intérieur de l’arc antillais est Pointe-à-Pitre. 


Pointe-à-Pitre

Pointe-à-Pitre

Nous avons choisi de présenter des extraits du roman Mimi : mœurs guadeloupéennesL'auteur du roman est le Guadeloupéen Léon Belmont ; de cela lui vient cette écriture capable d' immerger le lecteur dans la Pointe-à-Pitre du début du XXe siècle. À travers le récit de vie d'une jeune créole et de ses premières expériences amoureuses (avec le bel Haïtien Armand et avec Julien, un membre éloigné de sa famille), le lecteur est plongé dans une réalité aujourd'hui oubliée. Les deux extraits qui suivent donnent ainsi l'impression d'une promenade dans la Pointe-à-Pitre d'autrefois...


 « Mimi vint s'asseoir sur le petit mur qui entourait la maison et, là, rêveuse, se mit à contempler la Pointe-à-Pitre endormie. On n'entendait plus les cris des vendeurs de pistaches, ni ceux des marchandes de sorbet. Dans les rues, les réverbères
brillaient ainsi que des charbons allumés. Les maisons, enveloppées des ombres de la nuit, surgissaient çà et là, pareilles à de grands fantômes. Un souffle frais, caressant, presque embaumé, passait sur la ville. Au ciel, pur de tout nuage, brillaient des millions et des millions d'étoiles… » 
pp. 21-22



Place de la Victoire

« Il (Julien) voyait, de ses yeux perçants de marin, la belle Pointe-à-Pitre avec ses maisons à un étage, blanches dans le lointain, groupées par carrées ou se confondant pêle-mêle, son église où dominait la croix, son hôpital où peut-être agonisaient des malades qui souffraient du même mal que lui, sa rade couverte de navires dont il pouvait dire à coup sûr la nationalité, ses merveilleux îlets qui la couronnaient de verdure comme une reine, la passe où l'on voyait des bâtiments sortir du port ou y entrer doucement, les voiles à demi déployées, bercées par la brise, semblables à de grands oiseaux fatigués qui sont heureux de reposer leurs ailes dans un port d'atterrissage, les feux de Monroux et de l'Ilet à Cochons, placés l'un en face de l'autre ainsi que les deux yeux de la rade, le phare de l'îlet Gosier, la côte de la Grande-Terre, paraissant tantôt blanche, tantôt couverte d'arbres, de buissons touffus ou rabougris, au loin la Désirade qui ne se laissait deviner que comme un point minuscule posé sur la mer, Marie-Galante, la Dominique en partie et une pointe des Saintes. Entre les îlets qui enferment ainsi que le ferait une coquette ceinture, la rade de la Pointe-à-Pitre, ceux à l'Anglais et les côtes de la Guadeloupe, il voyait le « Mazarin », dont les vagues se heurtant venaient mourir insensiblement à la « Source »; dans « l'anse d'Onze Heures », il distinguait les îlets la Brèche, le Grand Ilet, le Harpon, la Hache, à Cabris et, surgissant brusquement devant eux, les deux Frégates, celles d'en haut et d'en bas; il apercevait les canots revenant de la pêche, les pirogues, les barges, toutes voiles dehors, s'en piquaient vers la Pointe; les grands pélicans qui vont par bandes, à droite, à gauche, d'un vol lourd et nonchalant, s'abattant tout à coup dans la mer qui rejaillissait en gerbes irisées par le soleil; à droite, la Soufrière, en partie cachée par les nuages, les grands mornes du Petit Bourg, projections secondaires des Deux-Mamelles, les forêts, les champs de cannes, les sucreries révélées de ci de là par la fumée qui se déroulait de leurs hautes cheminées et, plus loin, perdues à l'horizon, à demi-enfouies sous un amas de verdure, le toit de chaume des cases des petits propriétaires planteurs »pp. 119-121

Roseau au XIXe siècle

Roseau 
Descendons maintenant dans l’arc antillais, à la découverte de la capitale de la Dominique, à travers le récit de voyage de James Anthony Froude, écrivain et historien anglais reconnu de son vivant The English in the West Indies or the bow of Ulysses .

Cet ouvrage permet de suivre le grand parcours de l'auteur au sein des nombreuses possessions anglaises de l'époque (Barbade, Trinidad, Grenade, Dominique, Jamaïque) et de Cuba, de décembre 1886 à juillet 1887. Ses observations sur les conditions de vie, les mœurs et la pensée des habitants de ces îles en font un témoignage d'exception. 
Notons que la perspective est celle d'un homme du XIXe siècle, avec tous les préjugés que cela comporte souvent. 
Le premier passage comporte un bref rappel sur la formation géologique de l'arc antillais, ainsi qu'une description détaillée du panorama offert par la baie Roseau, qui semble magnifique aux yeux du voyageur.

“Grenada, St. Vincent, St. Lucia, Martinique are all volcanic, with lofty peaks and ridges; hut Dominica was at the centre of the force which lifted the Antilles out of the ocean, and the features which are common to all are there in a magnified form…The volcanic forces are still active there. There are sulphur springs and boiling water fountains, and in a central crater there is a boiling lake. …
Roseau, the principal or only town, stands midway along the western shore. The roadstead is open, but as the prevailing winds are from the east the island itself forms a breakwater. Except on the rarest occasions there is neither surf nor swell there. The land shelves off rapidly, and a gunshot from shore no cable can find the bottom, but there is an anchorage in front of the town...
The situation of Roseau is exceedingly beautiful. The sea is, if possible, a deeper azure even than at St. Lucia; the air more transparent; the forests of a lovelier green than I ever saw in any other country. Even the rain, which falls in such abundance, falls often out of a clear sky as if not to interrupt the sunshine, and a rainbow almost perpetually hangs its arch over the island. Roseau itself stands on a shallow promontory. A long terrace of tolerable-looking houses faces the landing place. At right angles to the terrace, straight streets strike backwards at intervals, palms and bananas breaking the lines of roof. At a little distance, you see the towers of the old French Catholic cathedral, a smaller but not ungraceful-looking Anglican church, and to the right a fort, or the ruins of one, now used as a police barrack, over which flies the English flag as the symbol of our titular dominion. Beyond the fort is a public garden with pretty trees in it along the brow of a precipitous cliff…” pp. 141 et 142


La description de Roseau se poursuit dans le passage ci-après, J. Anthony Froude y décrit l’atmosphère pacifique qui régnait dans la ville, mais aussi les batailles qui y ont été menées entre Anglais et Français pour la possession de l'île.


Roseau, Capitale de la Dominique
“It seemed an attractive, innocent, sunny sort of place, very pleasant to spend a few days in, if the inner side of things corresponded to the appearance. To a looker-on at that calm scene it was not easy to realise the desperate battles which had been fought for the possession of it, the gallant lives which had been laid down under the walls of that crumbling castle. These cliffs had echoed the roar of Rodney's guns on the day which saved the British Empire…
The population… was only 30,000 ; of these 30,000 only a hundred were English. The remaining whites, and those in scanty numbers, were French and Catholics. The soil was as rich as the richest in the world. The cultivation was growing annually less… except close to the town there were no roads at all on which anything with wheels could travel, the old roads made by the French having dropped into horse tracks, and the horse tracks into the beds of torrents…” pp. 142 et 143

Plus bas, l'auteur explique le lien existant entre les habitants de la Dominique de la fin du XIXe siècle et la précédente domination française. La population noire parlait le créole français et les prêtres catholiques présents sur l'île, quasiment tous Français, étaient davantage estimés et obéis que les autorités anglaises.


I had been warned beforehand that there was no hotel in Roseau where an Englishman with a susceptible skin and palate could survive more than a week… Captain Churchill, the administrator of the island, had heard that I was coming there, and I was met on the landing stage by a message from him inviting me to be his guest during my stay… His situation is the more difficult because the European element in Roseau, small as it is at best, is more French than English. The priests, the sisterhoods, are French or French-speaking. A French patois is the language of the blacks… Not a black in the whole island would draw a trigger in defence of English authority… The administrator can do nothing to improve this state of things… The administrator can do nothing to improve this state of things…” pp.144 et145

“The only really powerful Europeans are the Catholic bishop and the priests and sisterhoods. They are looked up to with genuine respect. They are reaping the harvest of the long and honourable efforts of the French clergy in all their West Indian possessions to make the blacks into Catholic Christians.  p. 146


D'après le voyageur, dans une époque antérieure à la sienne, la Dominique était considérée comme étant un lieu de choix, une perle dans l'arc antillais. Il écrit que les efforts faits pour enrichir l’architecture de la ville paraissaient encore considérables au XIXe siècle ; cependant, l'état des routes et des maisons semblait être fort négligé par l'administration anglaise, la ville commençait à se dégrader, à tomber en ruine

Une scène de marché fait suite ; nous renvoyons le lecteur aux pages indiquées de l'ouvrage de J. Anthony Froude pour la lire en entier.  Ce court passage permet de comprendre la mentalité de la population de la Dominique de l'époque.


From the cathedral I wandered through the streets of Roseau; they had been well laid out; the streets themselves, and the roads leading to them from the country, had been carefully paved, and spoke of a time when the town had been full of life and vigour. But the grass was growing between the stones, and the houses generally were dilapidated and dirty… The English hand had struck the island with paralysis. The British flag was flying over the fort, but for once I had no pride in looking at it. The fort itself was falling to pieces…
Dominica had then been regarded as the choicest jewel in the necklace of the Antilles. For the last half-century we have left it to desolation… In Roseau, as in most other towns, the most interesting spot is the market… The market place at Roseau is a large square court close to the sea, well paved, surrounded by warehouses, and luxuriantly shaded by large overhanging trees…
Under these trees were hundreds of black women, young and old, with their fish and fowls, and fruit and bread, their yams and sweet potatoes, their oranges and limes and plantains. They had walked in from the country five or ten miles before sunrise with their loaded baskets on their heads. They would walk back at night with flour or salt fish, or oil, or whatever they happened to want.” pp.153 et 154 

Livres anciens sur Manioc



      G.B.

Lien vers l'article : http://blog.manioc.org/2018/12/les-villes-des-petites-antilles-2.html

mercredi 19 décembre 2018

Manioc fête ses 9 ans !

Retour sur l'histoire de Manioc, du projet de "bibliothèque virtuelle" à la bibliothèque numérique d'aujourd'hui


À l'occasion des 9 ans de la bibliothèque numérique Manioc, nous vous proposons un retour sur son histoire, de sa genèse à aujourd'hui...

2005-2009: la naissance d'un projet de bibliothèque virtuelle


          En 2005, dans la continuité des fonds régionaux existants déjà physiquement dans les bibliothèques, et huit ans après la naissance de Gallica, naît l'idée de créer une bibliothèque numérique pour valoriser le patrimoine de la Caraïbe et de l'Amazonie, dans le but de permettre une meilleure accessibilité à des fonds spécialisés en leur donnant davantage de visibilité. Dès le départ en effet, Manioc se veut accessible non seulement par les universitaires et les chercheurs, mais aussi par le grand public, et ce toujours gratuitement.

          De nombreux passionnés, chercheurs et personnels de la documentation, ont contribué à la préparation et à la mise en œuvre de Manioc. Par exemple, les premiers livres numérisés ont été rendus accessibles grâce à M. Batrosse, un libraire guyanais qui a prêté sa collection personnelle de documents anciens pour la numérisation.

Décembre 2009 : le lancement de Manioc


          En juin 2009, la version bêta de Manioc est inaugurée au Congrès de l'association des bibliothèques de la Caraïbe, ACURIL, qui se tient en Guadeloupe. En décembre, Manioc ouvre officiellement au grand public. Si la base est à l'époque loin d'être aussi fournie qu'aujourd'hui (elle proposait au total une quarantaine de documents environ !), les fondamentaux sont là. En effet, dès l'origine, Manioc propose une diversité de supports : des livres anciens, des images, mais aussi des thèses, des audio-vidéos, un catalogue collectif de périodiques sur la Caraïbe et l'Amazonie. Manioc accompagne aussi la naissance de la revue Études Caribéennes ; ainsi, Manioc n'est pas seulement une bibliothèque numérique : c'est aussi un portail qui ouvre vers d'autres ressources spécialisées.



Page d'accueil de Manioc 2009


De 2009 à aujourd'hui : une base qui s'enrichit...


          Depuis 2009, la bibliothèque Manioc s'est largement enrichie et étoffée. Les collections existantes à l'ouverture se sont bien développées : aujourd'hui, Manioc permet ainsi l'accès à 2 287 livres anciens, 15 063 images, 209 documents dans la rubrique "Études et Recherche", 2 527 audio-vidéos, et plus de 30 000 documents de bibliothèques numériques partenaires, comme la B.N.P.M. ou Gallica. De plus, de nouvelles ressources ont également vu le jour : on peut par exemple citer "Tramil", un programme de recherche appliquée à l'usage populaire des plantes médicinales dans la Caraïbe, la base "Esclaves de Guyane", qui retranscrit des registres d'état civil d'esclaves et d'affranchis de Guyane ou la plateforme "Mémoires et Créations", qui donne à voir la perception de photographes contemporains sur le patrimoine culturel immatériel.

http://memoiresetcreations.manioc.org/

            Manioc comporte également un volet médiation afin de mieux valoriser ses collections. Ainsi, l'équipe anime un blog depuis novembre 2010, une page Facebook depuis 2013, et apporte également des contributions sur Wikipédia.
      
Publications Facebook

Manioc demain


        De nouveaux projets sont en cours, dans le but de garantir une meilleure accessibilité aux contenus de la bibliothèque numérique, et de proposer aussi des ressources nouvelles pour mieux répondre aux attentes des utilisateurs.

          Ainsi, une nouvelle plateforme intitulée "Écritures contemporaines Caraïbes-Amazonie" (E.C.C.A.), qui a pour but de valoriser les écrivains et les écrivaines de nos territoires, sera accessible prochainement. E.C.C.A. ouvrira une collection dédiée à Maryse Condé, qui a fait don d'archives littéraires à l'Université des Antilles. Vous pourrez découvrir des tapuscrits inédits, qui permettront notamment de comprendre le cheminement et l'évolution de la production intellectuelle de l'écrivaine.
             Enfin, l'équipe de Manioc prépare également une refonte totale du site internet, en se basant sur les résultats d'une étude qui a été réalisée au préalable auprès des usagers.



Pour aller plus loin :

Rétroblog Manioc
Philippe Batrosse: transmettre, partager, dans la discrétion... (article de 2017)
Manioc : 1 an ! (article de 2010)
Les dessous de la numérisation... (article de 2017)

Vidéo Manioc
Inauguration de la bibliothèque numérique Manioc (vidéo de lancement, 2009)


M.G.




Lien vers l'article : http://blog.manioc.org/2018/11/manioc-fete-ses-9-ans.html

dimanche 9 décembre 2018

Manioc à Curaçao

Les bibliothécaires de la Caraïbe accueillis par la Bibliothèque nationale de Curaçao


La réunion du comité exécutif de l'association des bibliothèques de la Caraïbe, ACURIL, se tenait les 6 et 7 décembre à Curaçao. Une belle opportunité pour faire
La réunion d'ACURIL à Curaçao relayée par le journal national
Réunion  des membres du comité exécutif d'ACURIL à Curaçao
Article du quotidien Djasabra (en "papiamentu")
découvrir aux lecteurs de Manioc cette île de la Caraïbe Néerlandaise souvent peu connue des francophones.



La réunion du comité exécutif d'ACURIL à Curaçao


Une quinzaine de professionnels des bibliothèques venus des quatre coins de la Caraïbe (Aruba, Porto Rico, Trinidad et Tobago, Jamaïque, Haïti, Martinique-Guadeloupe*, Suriname, République dominicaine, Bahamas, Curaçao) se sont réunis, sous la houlette de la Présidente de l'association, Monique Alberts, à la bibliothèque nationale de Curaçao, avec pour principal objectif la préparation du Congrès ACURIL 2019 qui se tiendra à Aruba. Nous reviendrons très prochainement sur cet événement professionnel incontournable de la coopération caribéenne, avec tous les détails pour y participer. 
Les sessions de travail à la Bibliothèque nationale de Curaçao ont été clôturées par des événements destinés à découvrir le patrimoine de Curaçao : bibliothèques et collections, musique, littérature, pratiques culturelles... Dans cette île de la Caraïbe néerlandaise, les professionnels des bibliothèques auront pu s'initier au "papiamentu" (graphie Curaçao), fascinant créole aux sonorités latines, et mettre au jour de nombreuses connexions culturelles. Ces actions s'inscrivent pleinement dans le renforcement du rôle des bibliothèques pour la préservation, la connaissance et la transmission du patrimoine des territoires, la valorisation des langues et cultures et la promotion de l'intercompréhension dans la Caraïbe.
Carte de Curaçao
Extrait de : Voyage aux trois Guyanes et aux Antilles

Curaçao

L'île de Curaçao,  Kòrsou en papiamento (graphie internationale), fait partie des îles ABC (Aruba, Curaçao, Bonaire) situées au large des côtes vénézueliennes. C'est un Etat autonome du Royaume des Pays-Bas. La capitale, Willemstad, a conservé un magnifique patrimoine architectural caribéen teinté d'une touche nordique. Le centre ville et le port de Willemstad sont inscrits au patrimoine mondial de l'Unesco depuis 2009. La population, environ 150 000 habitants, est d'origine extrêmement diverse et les migrations continuent d'alimenter cette diversité. Dans cette île dont la population est particulièrement polyglotte, les conversations se déroulent en papiamento mais également en espagnol, en néerlandais, en anglais... 

Les collections de Manioc sur Curaçao
Illustrations anciennes, ouvrages numérisés, conférences filmées : plus d'un millier de documents traitant de Curaçao sont accessibles depuis la recherche fédérée de Manioc ; de quoi initier un voyage intellectuel en traversant diverses époques... Voici une petite sélection :

Ouvrages anciens numérisés :
Curaçao. Le Pont 
Extrait de : Voyage aux trois Guyanes et aux Antilles

  • L'île de CuraçaoAuteur : Verschuur, Gerrit (1840-1906). Édition : Paris, Hachette, 1893. Extrait de la revue "Le tour du monde", T. LXVI, n°6 août 1893. Provenance de l'exemplaire numérisé : Réseau des bibliothèques de la Ville de Pointe-à-Pitre
  • Voyage aux trois Guyanes et aux Antilles. Auteur : Verschuur, Gerrit (1840-1906). Éditeur : Paris, Hachette, 1894. Provenance : Collectivité territoriale de Martinique. Bibliothèque Schoelcher. [L'ouvrage comporte notamment de nombreuses illustrations sur Curaçao].


Conférences filmées :


* Les Bibliothèques de l'Université des Antilles (Service commun de la documentation) sont représentées au comité exécutif d'ACURIL par la coordination interrégionale de la bibliothèque numérique Manioc. 

Mashi Danki (Merci beaucoup en "papiamentu") aux collègues de la Bibliothèque nationale de Curaçao pour leur accueil.

AP


Lien vers l'article : http://blog.manioc.org/2018/12/manioc-curacao.html

lundi 3 décembre 2018

Les villes des Petites Antilles #1

Voyager dans Manioc


A map of the Caribee Islands in the West Indies
Quelle meilleure façon de voyager, dans le temps et entre les îles, de la Guadeloupe à Trinidad, que de surfer sur Manioc ? Cette semaine, nous avons sélectionné plusieurs passages tirés des ouvrages de la rubrique « livres anciens », ainsi qu’une série de photos de la rubrique « images », pour guider le lecteur dans un voyage en étapes vers la découverte du passé des villes des Petites Antilles.

Nous allons présenter à travers une série d’articles : Pointe à Pitre et sa baie, collier de perles des Antilles ; Roseau et les traces de son passé français ; la mythique Saint-Pierre, la Pompéi de la Caraïbe ; Castries, forteresse naturelle, entre beauté et serpents ; Bridgetown, carrefour du monde à l’époque du Père Labat ; Kingstown parmi les plus beaux coins des Antilles, mais capable de susciter l’inquiétude des voyageurs ; Saint-George qui selon Henry Nelson évoquait au XIXe siècle une atmosphère d’Italie et pour terminer Port of Spain, gloire de l’architecture caribéenne, ornée de pierres venues d’Angleterre et de marbres italiens.

Afin de donner un aperçu de la diversité de l’espace caribéen et des documents disponibles sur Manioc, nous avons choisi des extraits d’ouvrages en français, anglais et espagnol.

Avant de partir, un peu d’histoire

Nous proposons de commencer ce voyage avec quelques extraits de l’ouvrage Historia de las Antillas. Cet ouvrage historique en Espagnol, publié en 1846, est constitué de deux parties : la première dédiée à l’histoire des Antilles (jusqu'à la page 174) retiendra notre attention ; la deuxième partie concerne l’histoire du Rio de la plata.

Le tracé historique de chaque île de la Caraïbe y est présenté de façon autonome mais à des degrés différents. L’auteur choisit de consacrer la majeure partie de son livre à l’histoire d’Hispaniola (une bonne centaine de pages et 7 chapitres) et des colonies espagnoles (Cuba et Porto Rico) ; le reste de l’ouvrage est dédié aux colonies anglaises, suédoises, néerlandaises et françaises. L’intérêt de cet ouvrage est notamment qu'il livre une perspective historique, un regard du XIXe siècle, sur l’histoire des Antilles. Il nous permet de mesurer le changement qui s'est opéré entre le XIXe et le XXIe siècle dans le regard sur le passé des Antilles.

Venons maintenant aux extraits tirés du livre. La première série présente de façon succincte la caractéristique historique de ces îles, qui d’après l’auteur, C. Famin, ont été des terres de conquête pour les grandes puissances, théâtre d’un conflit toujours renouvelé en vue d’étendre le pouvoir.

p. 5Las Antillas no tienen historia que les sea propia: sus anales se hallan confundidos con las empresas y guerras de los Europeos. Tan solo Haití, que goza ya cuarenta años de independencia, puede ofrecer durante este periodo una verdadera historia nacional. Las playas de estas islas, vasallas del antiguo hemisferio, sirven de exceso á lejanas querellas, cambian de dueño según los azares de la guerra, y están destinadas en los tratados de paz para formar la balanza de las pérdidas y el premio de las victorias.

Así es que vemos flotar en el archipiélago los pabellones de las principales potencias. Cada una tiene su presa, porque cada una ha alcanzado un día de victoria; y de todas estas islas, de las cuales Cristóbal Colon tomó posesión en nombre del rey de España, tan solo nueve pertenecen á sus primeros dominadores: la Inglaterra posee diez y ocho, Holanda seis, Francia cinco, Dinamarca tres y Suecia una. Preciso es pues, para la mayor parte de las Antillas, limitarse en marcar las épocas en (que han pasado de un dueño á otro, y seguir con largos intervalos la suerte que les ha cabido, cuando han llegado a ser el teatro de algún accidente notable en medio de las guerras motivadas por las disensiones del continente europeo.

Algunas sin embargo, entre ellas Santo-Domingo y Cuba, han presenciado sucesos demasiado importantes, paraqué dejemos de consagrarles una listona especial, y todas en general merecen una mención particular, tanto con respecto á la historia de su descubrimiento, como á la del esclavo que las puebla; sorprendente fenómeno social en nuestro siglo…”

Les deux extraits suivants évoquent le deuxième et le troisième voyage de Christophe Colomb dans le « Nouveau Monde », pendant lesquels il rencontre les îles des Petites Antilles.

p. 6La Ilota compuesta de tres grandes embarcaciones y de catorce carabelas, partió de Cádiz el 25 de setiembre de 1493. Este viaje no debía llenar las locas esperanzas de los aventureros; pero no debía ser sin fruto para la ciencia geográfica. Colon, dirigiendo su rumbo mucho más al sur de lo que hizo en su primer viaje, descubrió después de veinte y cinco días de navegación, la Dominica, María-Galante y la Guadalupe…”

p. 7 “En su tercer viaje partió de Europa el 30 de mayo de 1498, descubrió la Trinidad el 31 de julio, y algunos días después Tobago, la Granada y Santa-Margarita…


Livres anciens sur Manioc

-Historia de las Antillas, [suivi de] Historia de las Provincias Unidas del Río de la Plata (Buenos Aires, Paraguay, Uruguay), Famin, César (1799-1853) Regnault, Elias.  Barcelone : Fomento, 1846.


Tous les autres épisodes de cette série sur les villes des Petites Antilles

Les villes des Petites Antilles #2 : Pointe-à-Pitre, Roseau
Les villes des Petites Antilles #3 : Saint-Pierre, Castries, Bridgetown

         G.B.


Lien vers l'article : http://blog.manioc.org/2018/12/les-villes-des-petites-antilles-1.html

lundi 19 novembre 2018

14-18 : le soldat méconnu...

Première Guerre et outre-mer : regard sur le commandant Mortenol

Plus que quelques semaines avant la forclusion du délai octroyé aux commémorations du centenaire de 14-18. Avant que le rideau de l’oubli ne s’abatte à nouveau sur les mémoires pour quelques décennies supplémentaires, intéressons-nous in extremis au contexte et à la portée de ce conflit dans nos territoires.


Créée en 2012 pour les besoins de la cause, la Mission du Centenaire, à travers son site Internet, nous fournit à cet égard une source d’informations et de contenus documentaires de première utilité. Contributeurs parmi d’autres, le réseau académique Canopé propose ainsi un article rappelant les enjeux du moment dans ce que l'on n'appelait pas encore les DOM-TOM : "« Soixante-six ans après l’abolition de l’esclavage (1848), les citoyens des Outre-Mer souhaitent apporter leur contribution à la patrie, en étant intégrés et reconnus par celle-ci. Cette citoyenneté ne leur permet pourtant pas de contribuer à la conscription qui n’intervient qu’en 1889. Il faut attendre la loi du 7 août 1913, qui modifie les lois de conscription de 1889 et 1905, et rend obligatoire la conscription. En outre, cette loi répond aux revendications de certains hommes politiques, qui souhaitent ardemment voir les colonies des Antilles, de la Guyane et de la Réunion assimilées, et qu’au même titre que les Français, ces citoyens puissent participer à l’impôt du sang. Ce n’est qu’en 1913 que le service militaire est instauré dans les quatre colonies, et l’entrée de la France dans le premier conflit mondial, ne fait que confirmer cela ».


Soulignons également, sur ce même site web, l’article de l’historien Jacques Dumont (Université des Antilles) : « La figure de l’ennemi : les Antilles et la Première Guerre Mondiale », ou encore une série d’archives photos et cinématographiques émanant de l’ECPAD.

Une figure, parmi tant d’anonymes, symbolise au plus haut degré la part qui fut celles des combattants antillais dans cette bataille. Une figure de haut gradé, de surcroît. Natif de Pointe-à-Pitre, où une rue porte son nom, le commandant Camille Mortenol appartient aussi depuis 1984, à la toponymie parisienne : une rue du 10ème arrondissement lui est ainsi dédiée.

C'est bien le moins quand on songe que, de 1915 à 1917, l’officier supérieur mit son savoir-faire au service de la défense anti-aérienne de Paris pour parer les attaques de l’ennemi. Entre autres moyens, une technique, inédite à l’époque, consista en l’utilisation de projecteurs de très forte puissance propres à décourager les bombardements aéroportés allemands. De l'avis unanime, la contribution de Mortenol fut décisive dans la sauvegarde de Paris. Dans cette page dédiée au parcours brillant de son ancien élève, l'Ecole Polytechnique (appelée aussi l'X) évoque comment la présence de Mortenol au sein de l'état-major parisien durant la Première Guerre fut perçue par l’un de ses collègues de travail : « Le successeur du commandant Prère, le capitaine de vaisseau Mortenol, est arrivé aujourd’hui pour prendre le commandement de la DCA ; c’est un nègre. On est plutôt surpris de voir ce noir pourvu de cinq galons et officier de la Légion d’Honneur ; il paraît qu’il est très intelligent ; c’est un ancien polytechnicien. »

Selon les sources, ce dernier élément du CV de Mortenol est sujet à des différences d’interprétation - et de formulation : ici, il est décrit comme "le premier noir" à intégrer, en 1880, la prestigieuse école, ailleurs il ne serait que le 3ème « homme de couleur » à pouvoir se prévaloir de cet insigne honneur. Le site de l’X, plus précis encore, évoque pour sa part le « troisième élève aux origines africaines » à être admis en son sein, les deux premiers étant d’ailleurs des martiniquais : F.-A. Périnon (promotion 1832) et C.-A. J.  Wilkinson (1849)…» . Décédé en 1930, Mortenol est enterré à Paris.


Lire sur Manioc
Hildevert-Adolphe, Lara, Contribution de la Guadeloupe à la pensée française :1635-1935Paris : Jean Crès,1936.
[photo tirée du livre]


Vidéos Manioc
La figure de l'ennemi : les Antilles et la Première Guerre mondiale. Intervention filmée du professeur Jacques Dumont, extrait du "46ème colloque annuel de l'Association des historiens de la Caraïbe", Université des Antilles et de la Guyane, 15 mai 2014. 2014.


Les soldats antillo-guyanais dans la Grande Guerre. Intervention filmée de l'historienne Sandrine Andrivon-Milton, extrait de "Les soldats antillo-guyanais dans la Grande Guerre", Conférence,  Université des Antilles, 2 mai 2016.


POA

Lien vers l'article : http://blog.manioc.org/2018/11/14-18-le-soldat-meconnu_19.html