mercredi 20 septembre 2017

La naissance du ministère des Colonies

La naissance du ministère des Colonies


Source Manioc

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La France a été une des premières grandes puissances européennes à se lancer dans la conquête coloniale, depuis la découverte du Nouveau Monde jusqu’au partage de l’Afrique, en passant par les appétits que suscitaient les richesses, réelles et supposées, de l'Asie. 


Le premier empire français colonial était bien plus vaste que le territoire métropolitain, quoique beaucoup plus faiblement peuplé. Assez vite, est apparu au pouvoir la nécessité de réglementer cet espace immense au sein d’officine centrale en vue d’en tirer le plus de profits. Richelieu organise les premières, en créant en 1626 la charge de « grand maître, chef et surintendant du commerce et de la navigation ». L’idée d’une spécificité coloniale se fait de plus en plus pressante, et dès Colbert, la question de la nécessité et de l’utilité de la création d’un ministère affilié, se pose. Pourtant, il faudra attendre la fin du XIXe siècle pour qu’un ministère des Colonies soit effectivement créé. Auparavant, il se greffe sporadiquement sous la forme d’un simple bureau ou d’une direction attribué au ministère de la Marine, du Commerce ou encore de l’Algérie (à partir de 1830). 

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C’est à Théophile Delcassé (1852-1923), alors sous-secrétaire aux Colonies (1893), que l’on doit l’appui à la Chambre des députés d’une proposition, dont il avait rédigé le rapport, tendant à transformer son sous-secrétariat en ministère et qui obtint un vote favorable. Le 2 mars 1895, son discours à la Chambre fit un large tour d'horizon des possessions françaises d'outre-mer et mit l'accent sur la répression de la piraterie au Tonkin ; sur les aspects financiers, économiques, humains et sociaux de l'administration de l'Indochine ; sur la situation au Congo ; sur la mise en valeur des territoires africains par l'octroi de concessions – combattues par Jaurès qui y voyait un moyen d'expansion du capitalisme – ; sur la formation, enfin, d'une colonne ayant pour mission de protéger le pays de Kong, en Côte-d'Ivoire, contre les incursions des bandes armées de Samory.


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Mais il faudra l’investiture d’André Lebon (1896-1898) pour qu’un ministre des Colonies visite officiellement l'une d'elles, le Sénégal. C’est aussi lui qui paracheva l’œuvre de Delcassé lorsqu'il partagea, contre l’avis de Pierre Savorgnan de Brazza, le Congo français (actuels Gabon, Congo-Brazzaville et Centrafrique) en 40 vastes concessions territoriales, totalisant quelque 700 000 km2 sur les 900 000 de l’ensemble, qui devaient permettre à des sociétés privées de mettre en valeur les ressources de la colonie. Ce régime de concession est une première dans l’histoire coloniale de la France qui, jusqu'ici, administrait directement les territoires coloniaux. Il est possible d’y voir une des premières causes de l’effondrement du second empire colonial français : renonçant à faire lui-même les investissements nécessaires, l’État espérait que l’initiative privée, sous l’aiguillon des bénéfices escomptés, mettrait d’elle-même le pays en valeur. La recherche des origines de cette politique en métropole suggère, outre la pression indéniable de certains milieux d’affaires spécialisés, la responsabilité majeure d’un gouvernement d’abord soucieux de faire des économies à court terme. 

Pour ses détracteurs, le mandat de M. Lebon est ainsi entaché des dérives de ce système où les populations locales, sous la coupe des premières entreprises capitalistes et transnationales, connaîtront une exploitation plus marquée que dans les territoires contrôler directement par la République — une vision toute subjective. On devait aussi vivement lui reprocher d'avoir pris inutilement, comme ministre, à l'encontre du capitaine Dreyfus, prisonnier à l'île du Diable, des mesures d'une rigueur exceptionnelle que l'on est allé jusqu'à qualifier de « tortures ». Après plusieurs échecs électoraux, M. Lebon s'adonne tout entier aux affaires et exerce les plus hautes fonctions dirigeantes de plusieurs compagnies financières ou industrielles.

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Du 22 juin 1899 au 3 juin 1902, Albert Decrais (1838-1915) fut ministre des Colonies dans le cabinet Waldeck-Rousseau et, à ce titre, eut à défendre le gouvernement contre l'assaut des interpellations de ses collègues de la Chambre ou des sénateurs, tant sur les grèves agricoles de la Martinique et sur leurs suites, que sur les événements du Soudan ou l'implantation française à Madagascar et, déjà, à justifier les budgets de son ministère.

De nos jours, le ministère des Outre-mer est l’héritier direct du ministère des Colonies.


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  • Caricatures de ministres : MM. Delcassé et Decrais [carte postale], [s.l.], [1894-1906 ca.], 2 documents iconographiques.


 X. H.

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