lundi 6 mars 2023

A quoi sert la Guyane ? Hervé Théry (1)

 

 

La question quelque peu provocatrice du titre est souvent posée tant par les voisins de la Guyane que par nombre de secteurs de l’opinion française métropolitaine, les uns faisant objection à cette « présence coloniale » en Amérique du Sud, les autres aux coûts des transferts financiers au bénéfice d’un peu plus de 250 000    habitants. Il est vrai que la présence d’un département d’outre-mer français sur ce continent il est le dernier territoire non indépendant est le résultat d’une histoire  déjà longue qui a commencé par une conquête engagée dans des conditions géopolitiques difficiles.



Elle a continué avec des conflits plus ou moins sérieux, allant de l’occupation de Cayenne à des incidents épisodiques, voire folkloriques, avec le grand voisin portugais puis brésilien, et connu une série d’échecs des tentatives de colonisation. Après avoir tenté d’exploiter ses forêts et ses terres cultivables, la France a préféré tirer parti de son insalubrité (avec le bagne), puis de sa biodiversité et finalement de la rotation de la terre qui y est plus rapide qu’ailleurs, mais sans jamais réellement arriver à un bilan convaincant en dehors des activités aérospatiales à l’essor desquelles sont liées 16 % du PIB guyanais et l’augmentation récente de  l’immigration.

 Bien que cette Amazonie française ait des atouts évidents en termes de milieux naturels, elle présente aussi des faiblesses non moins évidentes, démographiques et économiques principalement. Sa gouvernance est compliquée en raison du nombre des acteurs qui se la disputent (préfecture, région, département, centre spatial) et surtout la Guyane doit de plus en plus compter avec des forces qui l’intègrent, bon gré mal gré, au continent, que ce soit par la tension de conflits frontaliers ou par le développement de coopérations transfrontalières dont le pont sur l’Oyapock, qui   attend depuis bientôt quatre ans son inauguration, est le symbole le plus visible, et  le plus ambigu.

  

Carte 1 : Carte de la Guyane et du Parc amazonien de Guyane