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mercredi 1 août 2012

Rêveries nostalgiques de Zéphyrin

Suspense, intrigues instiguées et stupéfaction : c'est le moment feuilleton !

Ma quête d'harmonie me mène depuis des années aux détours des terres caribéennes ... 
Y trouverais-je enfin le Graal salvateur dont ma psyché torturée a tant besoin ?
Une fois de plus, je me remémore mes tribulations ...


De mes jeunes années à Saint-Pierre, j'avais conservé le souvenir de visites au Jardin des Plantes, où me calmait la sérénité d'une mare que je baptisais le Cercle d'Eau ... J'aimais alors m'imaginer de fantastiques êtres aquatiques virevoltant autour de ses cercles parfaits. L'eau claire se faisait l'écho subliminal des errances venteuses, berçant les palmes et les ravenalas en leurs postures solennelles. Mais plus je grandissais et plus une rage inexpliquée s'emparait de moi. La Martinique m'avait gâté par ses bienfaits, mais il me manquait le souffle irrationnel de l'inattendu. L'attrait des voyages m'avait toujours marqué, mais ne provenant pas d'une famille aisée, les délices du peuple de la Riviera m'étaient interdits. D'autre part, mon physique souffreteux ne me permettait pas non plus d'envisager la carrière de marin. Me restaient alors mes chères et saines études.

Autodidacte de la prose, j'avais pu compléter mon instruction grâce à l'amitié d'un sage libraire, et j'étais par la suite entré au service d'un riche ploutocrate. Le dit entrepreneur donnait dans le trafic de mabi à grande échelle, et fournissait cette substance revigorante à la population locale ainsi qu'à la plupart de nos voisins caribéens. Mon sérieux et ma discrétion m'ayant permis de gagner sa confiance, j'eus un jour l'heureuse surprise de recevoir une invitation à l'accompagner pour une tournée d'affaires. 

Nous débarquâmes d'abord à Bridgetown la britannique ...  Nul temps mort ne devant troubler le cours bouillonnant du fleuve financier, nous nous rendîmes immédiatement au riche bâtiment d'une guilde marchande situé aux abords du "Trafalgar Square". J'étais de prime abord curieux de découvrir les ficelles du métier, mais je dus déchanter car mon impitoyable patron passa des heures entières à discutailler les tarifs avec ses acheteurs. Évoquant pêle-mêle les dangers du voyage, la rareté du produit et son efficacité miraculeuse, il perdait le fil du temps et s'emportait en dithyrambiques clameurs tour à tour outrées et charmeuses afin de convaincre un auditoire écrasé de fatigue ... Ils auraient préféré boire du mabi, mais le fin négociateur qu'était mon supérieur hiérarchique avait réglé le problème en les conviant à un banquet conséquent mais implicitement consécutif à la réussite des transactions. Les pauvres hères en étaient donc réduits à boire de l'eau en rêvant de jus ... Ce supplice fit d'ailleurs l'objet d'une "private joke" entre deux barbadiens acerbes qui surnommèrent mon chef "Tantale". Impatients et déshydratés, nos hôtes n'en étaient pas moins d'âpres négociants, ce qui obligea mon patron à amplifier ses manœuvres manipulatoires !

Assistant de ses affaires mais peu partisan de ses exclamations, j'avais reçu de sa part la permission de quitter les lieux, après avoir prétexté la recherche hypothétique de débouchés commerciaux auprès des petites échoppes du bourg. Mais en réalité, je n'avais pas pris goût au commerce et l'illusion d'une carrière prometteuse dans ce secteur m'était devenue insupportable. Par facilité, je fus capté par la place de Trafalgar qui accueillit alors presque inévitablement mes pas. Ainsi, je tournais donc mes pouces le long des rives de la fontaine, en attendant l'issue de ces marchandages et en soupirant ma plainte au travers de chuchotements mélodiques désabusés ...

Oui, je voulais de l'aventure, du drame, du tragique, des rebondissements, du piment braisé ! Les échanges commerciaux traînant en longueur, je pris la liberté de m'éloigner hors des limites de la ville. Je n'admirais guère l'architecture à laquelle je n'étais que peu sensible. Quant à la végétation, elle ne changeait guère de mon île natale. En final de compte, Barbade était hélas trop flegmatique à mon goût, et j'étais quelque peu déçu que ma soif de dépaysement n'ait pas été désaltérée. Mais tandis que ma méditation tentait de couvrir le tumulte de mes démons intérieurs, j'entendis des éructations prononcées avec fureur et fermeté. A ma grande surprise, la nuit était tombée, et je ne m'en étais pas rendu compte. Aux portes d'un lieu consacré à notre Seigneur, un gentilhomme se faisait fort de faire fuir des bandits ! Alors que je m'approchais pour lui porter secours, une confusion s'opéra à cause de la lune soudainement masquée par de sombres nuages. Mon élan devait en théorie permettre à mes poings d'assommer les deux gredins, mais me trouvant désorienté, j'assénai un coup dangereux quoique non létal au pauvre homme que j'essayais de sauver. Choqué par cette méprise, je restai interdit, mon esprit ayant à peine assez de vivacité pour remarquer les malandrins prendre la fuite non sans avoir pris la peine de me remercier d'avoir étourdi leur cible, dont ils avaient profané l'intégrité en lui dérobant ses effets personnels ... Quel terrible concours de circonstances ! Je tentai de reprendre le contrôle, juste à temps pour voir la police arriver sur place et se saisir, sans nul remords aucun, de ma liberté chère à mon cœur.

Peu désireux d'écouter mes explications, ils me conduisirent aux abords d'une prison couplée d'un bar à rhumiers. Belle combinaison, s'il en est ... Je n'eus pas l'heur de m'arrêter auprès des joyeux soiffards bruyamment occupés à débattre de futilités. Juste avant de passer les portes de ce triste établissement pénitentiaire, j'entendis le sujet d'une dispute momentanée , quant à savoir quel était le meilleur rhum au monde. Quelle perte de temps, il n'était pourtant pas si difficile de s'accorder à ce sujet ... Tout le monde sait que le rhum m........... est sans nul doute le phénix de ces bois, le zénith des émois, le glouglou fondamental et d'ailleurs la presse internationale est unanime à ce sujet, n'est ce pas ! Mais trêve de controverses ... Après avoir passé quelques semaines dans un cachot, je commençais à désespérer car je n'avais reçu aucune nouvelle de mon patron, qui je l'espérais, serait venu me délivrer ! J'ignorais alors qu'il avait conclu l'affaire le jour même de ma petite expédition, et fâché de ne m'avoir point trouvé, et même rougeaud de m'avoir su emprisonné, il avait déclaré devant témoins que je n'étais qu'un vaurien indigne de sa confiance, et qu'il me laissait donc à mon vagabondage, pourvu que je ne remette jamais les pieds devant lui ! Cet épisode me fut raconté par un garde goguenard aux bajoues rosies par le grog, dont le beau-frère droguiste était un habitué du dragage des bas fonds, des commérages et des combats de dogues bon teint sans trucages ...

Seul dans ma cellule, je rêvais d'océan en buvant de l'eau croupie et en espérant un coup du sort qui me permettrait de sortir du marasme et de la mélancolie !

" Ô, Dieu machiniste, que me réserves-tu donc encore ? "

Mais seul le vacarme usuel de la chiourme ... et seule la déchéance criante ... et seules les âmes perdues rôdaient en ces lieux ...

A suivre ...


Note : ceci est bien entendu une fiction, n'engageant en rien la teneur du contenu initial et respectable de ces images anciennes. Ce n'est pas non plus une apologie du doudouisme honni, mais plutôt une approche ironique destinée à valoriser des images disparates. N'hésitez pas à consulter avidement les fonds numérisés de Manioc, qui recèlent de véritables trésors picturaux !


Ci-joints les liens des images employées, par ordre d'apparition :

In the Jardin des plantes, St. Pierre 

Grande allée du jardin des plantes de Saint-Pierre

Trafalgar Square, Bridgetown, Barbados

Arrière, misérables bandits !

Vente de liqueurs spiritueuses adossée à la prison



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Lien vers l'article : http://blog.manioc.org/2012/08/reveries-nostalgiques-de-zephyrin.html

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