jeudi 23 mars 2017

Hommage à Derek Walcott

Le prix Nobel de la littérature de la Caraïbe s'en est allé ...


Derek Walcott

C'est avec une grande tristesse que nous avons appris vendredi dernier le décès du poète, et dramaturge Derek Walcott, qui s'est éteint à l'âge de 87 ans sur son île, Sainte-Lucie. Manioc vous propose un hommage au chantre de la Caraïbe.


Né le 23 janvier 1930 à Sainte-Lucie, orphelin de père à l'âge d'un an, Derek, son frère jumeau et sa sœur sont élevés par sa mère Alix.
Après une licence d'anglais, latin et français à l'University College de la Jamaïque, il bénéficie de la bourse Rockefeller (1958) qui lui permet d'aller à New York étudier le théâtre. Lors de son séjour, le jeune Derek découvre la comédie musicale, ainsi que les genres dramatiques chinois et japonais.
À son retour, il fonde en 1959, le Trinidad Theatre Workshop qu'il dirige jusqu'en 1976, dans le but de former des acteurs capables aussi bien de "jouer du Shakespeare que de chanter du calypso". Avec cette troupe, il met en scène les classiques mais aussi ses propres pièces comme Dream on Monkey Mountain (1970), Rêve sur la montagne au singe et Ti-Jean and his Brothers (1970). Dans ses pièces, il mélange le folklore et les contes populaires créoles.
En 1950, Derek Walcott crée sa première pièce Henri Christophe, qui met en scène le premier roi noir du Nouveau Monde. Le théâtre de Walcott trouve également sa source dans la comédie musicale avec The Joker of Seville (1978).
Parallèlement à sa production dramatique, Walcott a toujours écrit des poèmes. Dès l'âge de 19 ans, il se fait remarquer par ses recueils poétiques tels que : Poems et Epitaph for the Young (1948), 25 Poems (1949), In a Green Night (1962), The Castaway (1965) ou The Gulf (1969). Ses thèmes principaux sont la solitude, l'exclusion sociale, l'humain ainsi que la condition du poète dans le monde, les relations entre les Noirs et les Blancs, les colonisés et les colonisateurs ...
Depuis la fin des années 70, Walcott est professeur de littérature aux Etats-Unis. Il a enseigné à Yale, à Harvard et à la Boston University.
En 1990, il publie Omeros, un poème épique aux accents homériques, qu'on a souvent comparé à l'Iliade, traité à la manière Caraïbe. En 1992, Derek Walcott, reçoit le prix Nobel de littérature. Il fut le deuxième auteur noir, après le nigérian Wole Soyinka, à recevoir cette récompense.

"Break a vase, and the love that reassembles the fragments is stronger than that love which took its symmetry for granted when it was whole." 
Le célèbre discours du prix Nobel The Antilles: Fragments of Epic Memoryinvite, sur les ruines de l'esclavage et de la colonisation, à réinventer un imaginaire de la Caraïbe, autour de la capacité à "performer" ensemble, avec la diversité des mémoires sociales, avec un contexte, un environnement urbain, naturel (...), pleinement participant à l'oeuvre collective.
Rassembler les fragments, créer pour réhabiliter les connexions passées et présentes... 
Ce discours, comme l'ensemble de son oeuvre, inspire l'action de nombreux intellectuels, artistes et professionnels de la Caraïbe. On peut l'associer à la genèse de la bibliothèque numérique Manioc, que nous avons d'ailleurs eu la chance de présenter à Sainte-Lucie, en sa présence en janvier 2016

Lien vers l'article : http://blog.manioc.org/2017/03/hommage-derek-walcott.html

mercredi 22 mars 2017

Villes d’Art et d’Histoire en Guadeloupe : XVIIIe - XIXe siècles

Deux rivages dérivants…

"Plan de Pointe-à-Pitre"
Source Gallica


Le blog Manioc vous propose de suivre deux exemples notoires d’implantations urbaines en  Guadeloupe : Basse-Terre et Pointe à Pitre. D’abord forts, puis paroisses, découvrez une histoire de leur expansion et de leur patrimoine…



Depuis 1766, il existe une route clairement tracée et fiable reliant Pointe-à-Pitre à Basse-Terre. Pourtant, les deux villes se développent l’une sans l’autre et ce dès l’éclatement de la Révolution… mais pas sans similarités : villes coloniales au XIXe siècle, elles subissent de multiples destructions et épidémies.

Ainsi, les révoltes d’esclaves au début des années 1790 et la prise de l’île par les Anglais en 1794 laissent les deux villes presque entièrement détruites à cause des incendies et de l’entretien négligé des lignes et postes de défense. Victor Hugues réussit à la reprendre cette même année et cette reconquête est aussi économique : l’abandon de l’exclusif est acté tant pour Basse-Terre que Pointe-à-Pitre. De par son activité commerciale revigorée et son rôle dans la préparation et l’armement des navires pour la reconquête des petites Antilles, le port de Pointe-à-Pitre prend alors son envol définitif, le plaçant au centre de la colonie en voie vers la prospérité !

Après la création du statut de commune sous la Révolution, la stabilité administrative retrouvée et améliorée par la création d’un préfet colonial en 1801, de grands travaux s’entament avec notamment un plan directeur pour Pointe-à-Pitre en 1806. Les guerres Napoléoniennes  y mettent un terme, drainant les moyens financiers… N’ayant pas eu le temps de renforcer les défenses de l’île, les Anglais en reprennent possession pendant les années 1810 et poursuivent les travaux de rénovation planifiés avant leur arrivée.

A leur départ définitif en 1816, on prévoit plusieurs accroissements vers les faubourgs pour une Pointe-à-Pitre presque entièrement rebâtie par l’occupant, afin qu’elle s’étende non plus vers les Abymes au nord mais vers l’ouest. En 1830 alors que s’achève la construction des quais, on creuse le canal Vatable et des efforts sont faits sur la voirie durant toute la décennie, aidant à l’assainissement du centre-ville qui finit alors presque de prendre le visage qu’on lui connait. Du côté basse terrien, également bien reconstruit sous l’occupation, le gouverneur Lardenoy décide d’établir un hôpital au carmel en 1819 et quatre casernes un peu plus loin en 1921.

Touchée par 3 violents cyclones en 4 ans la ville n’est plus qu’une ruine en 1925. L’administration se réfugie sur les hauteurs de Saint-Claude, loin du chaos et des épidémies. Dès 1828 des travaux sont entrepris pour reloger le gouvernement, malheureusement sans fonds… En 1844, un grand incendie ravage le cours Nolivos. Afin de garantir un meilleur accès à la mer (autant pour prévenir les incidents que pour le commerce), on crée alors la place Nolivos. Il faut attendre presque 30 ans avant que la Municipalité se lance dans des travaux de canalisation afin de séparer l’eau propre et les eaux usées. La situation du côté pointois n’est pas meilleure : là où Basse-Terre en souffre peu, le séisme de 1843 révèle la précarité des faubourgs insalubres : en 1865 y prend naissance une des plus importantes épidémies de choléra des Antilles françaises, conduisant au décès de plus de 1300 personnes en quelques mois !

Contrairement aux habitations de Basse-Terre, Les maisons y sont basses et mal aérées, au même niveau que le sol boueux, à l’exception de l’hospice civil Saint-Jules (actuel centre Rémy Nainsouta), achevé en 1847, telle une lueur d’espoir à la veille de l’abolition …


Sur Manioc
Ouvrages anciens:

Vidéos : 

Sur le catalogue collectif des périodiques Caraïbe - Amazonie :
  • Yves Bénot, Documents concernant Victor Hugues en 1795, Bulletin de la société d'histoire de la Guadeloupe, n° 130, 01-10-2001, p. 47-62.
  • Léon Rameau DANQUIN, Chronologie indicative des évènements de la période 1794-1802, Études guadeloupéennes (Abymes), n° 8, 01-08-2003, p. 19-32.
  • Max  CHARTOL , La Guadeloupe au milieu du XIXe siècle. Problèmes économiques et sociaux, Bulletin de la Société d'histoire de la Guadeloupe, n° 19 à 20, 01-01-1973, p. 7-117. 
  • Gérard Lafleur, Basse-Terre et la mer, Bulletin de la Société d'histoire de la Guadeloupe, n° 160, 01-09-2011, p. 67-91.
  • Lucien Abénon, En marge du siège de 1759 en Guadeloupe : les mémoires du Gouverneur Nadau Du Treil, Bulletin de la Société d'histoire de la Guadeloupe, n° 27, 01-01-1976.
  • Marcel Chatillon, Trahison des royalistes guadeloupéens par les anglais, Bulletin de la Société d'histoire de la Guadeloupe, n° 106, 01-10-1995, p. 100-117.
  • Anne Pérotin-Dumon, La ville aux îles, la ville dans l'île Basse-Terre et Pointe-à-Pitre, Guadeloupe, 1650-1820, Karthala, 2001.
  • Bruno Kissoun (dir.), Pointe à Pitre, urbanisme, et architecture religieuse, publique et militaire, XVIIIe-XIXe siècles, (par le service patrimonial de la ville de Pointe-à-Pitre), Jasor, 2008.
  • Maison architecture Guadeloupe, Regards sur la ville, art architecture et citoyenneté dans la Caraïbe, PLB Editions, 2013.
  • R. Bélénus, Le Carmel, berceau de l’histoire de la Guadeloupe, Editions du signe, 2012.
  • M-E. Desmoulins (dir.), Basse-Terre, patrimoine d’une ville antillaise, (par le service régional de l’Inventaire général de la DRAC Guadeloupe), Jasor, 2006. 

Bonne lecture ! 
A.S.

Lien vers l'article : http://blog.manioc.org/2017/03/villes-dart-et-dhistoire-en-guadeloupe_22.html

mardi 21 mars 2017

Centenaire de la naissance de Guy Tirolien (1917-2017)

"Prière d’un grand poète nègre"


A l'occasion du Printemps des poètes, la bibliothèque numérique Manioc vous propose de découvrir la biographie du poète guadeloupéen Guy Tirolien, pionnier de la négritude.



Né en 1917 à Pointe-à-Pitre, Guy Tirolien passe une partie de son enfance à Marie-Galante, à côtoyer les pêcheurs et les anciens qui lui racontent l’île de ses ancêtres. Il passe son baccalauréat au lycée Carnot où il rencontre Albert Béville. En 1936 , il part pour la métropole et décroche en 1939 le concours de l’Ecole nationale de la France d’outre-mer (ENFOM). Mobilisé l’année suivante, il est aussitôt fait prisonnier de même que Léopold Sédar Senghor avec lequel il se lie d’amitié. Ils sont libérés en 1942.

"Mais moi je ne veux pas 
Devenir comme ils disent 
Un monsieur de la ville 
Un monsieur comme il faut"

Il s’oriente vers l’Afrique et particulièrement la Guinée en 1944, s’initiant aux mœurs et langues africaines. Administrateur pour la France au Niger, au Soudan Français, à la Côte-d’Ivoire, puis Représentant Résident des Nations Unies au Mali et au Gabon, il rentre à Paris en 1974. Il aide alors Alioune Diop à l’organisation d’un Festival des arts nègres au Nigéria, puis rentre définitivement à Marie-Galante en 1977. Lors de ce long périple, Guy Tirolien a également rencontré son épouse, Thérèse, qui lui a donné trois enfants.

"Ta voix qui se souvient
Vibre et pleure ce soir 
L’âme du noir pays où dorment les anciens"


Ses parents meurent au début des années 80 alors qu’il tombe lui-même gravement malade. Son père Furcie Tirolien, instituteur puis maire de Grand-Bourg dès 1925, conseiller général, puis député en 1951 a sans doute eu une grande  influence dans l’engagement politique de son fils.
Membre du GEC (Groupe d’Etudes Communistes), le jeune Guy Tirolien est en effet très actif auprès de L’étudiant noir aux côtés de Césaire, Damas et Senghor, participant à l’ébullition de la Négritude. Avec Alioune Diop, il crée la revue Présence Africaine et les éditions du même nom. Haut fonctionnaire en Afrique, il rencontre les grands noms du panafricanisme et de l’émancipation noire (dont Haïlé Sélassié et Houphouët-Boigny) et côtoie Sékou Touré,  autre membre fondateur du RDA (Rassemblement Démocratique Africain) en Guinée. Guy Tirolien est aussi le père fondateur du GRA (Groupe de Réflexion et d’Action) à Marie-Galante et tente même l’aventure législative, sans succès.
"Non 
Ne fermez pas l’oreille 
Aux hoquets aux sanglots aux subtils glissandos 
A la stridence à l’insistance à la cadence des blues 
Swingués oh ! 
Par la trompette de Satchmo"


C’est en tant que poète qu’il laisse une plus large empreinte. Écrivant dès 1936, il est publié par Damas en 1947, puis par Senghor en 1948. Son premier recueil Balles d’or est publié en 1961, suivi en 1977 de Feuilles vivantes au matin. Optimiste jusqu’au bout, il s’éteint le 3 août 1988 sur l’île qu’il n’a cessé de porter dans son cœur : Marie-Galante. 


Œuvres
Par Guy Tirolien
  • Balles d'or, éd. Présence Africaine, 1961, rééd. 1995.
  • Feuilles vivantes au matin, Présence Africaine, 1977.

Anthologies
  • Damas, L-G., Poètes d’expression française 1900-1945, Le Seuil, 1947.
  • Senghor, L-S., Anthologie de la nouvelle Poésie Nègre et Malgache de langue française, PUF, 1948.

Entretiens
  • Guy Tirolien, De Marie-Galante à une poétique afro-antillaise, L'Harmattan, coll. Monde Caraïbe, 1990.

Etudes
  • Alante-Lima, W., Clefs pour Guy, CRDP Antilles-Guyanes, 1990.
  • Alante-Lima, W., Guy Tirolien : l’homme et l’œuvre, Présence Africaine, 2001.
  • Condé, M. et Rutil, A., Bouquet de voix pour Guy Tirolien, Jasor, 1990.
  • Coudoux , L., Guy Tirolien : poète et prosateur, [s.n.], 2000.
  • Donnio, S. ? Guy Tirolien ou l'harmonie des mots, 2001.
  • GEREF (Groupe d'études et de recherches sur la francophonie), Guy Tirolien de Marie-Galante à une poétique.
  • Magda, I., "Prière d’un petit enfant nègre" de Guy Tirolien, un manifeste de la négritude, l’Harmattan, 2013.
  • Pépin, E., Pour Guy Tirolien, Babil du Songer : Poésie, Ibis Rouge, 1997.
Revues 
  • Racines n°17, Réédition numéro spécial centenaire Guy Tirolien 1917-2017, 2008.
  • Guy Tirolien, Identité culturelle et statut politique à la Guadeloupe, Études guadeloupéennes (Abymes), n° 1, 01-05-1989, p. 48-61.

Bonne lecture ! 
S.R.

Lien vers l'article : http://blog.manioc.org/2017/03/centenaire-de-la-naissance-de-guy.html